CHAPITRE XIV
ZlNCOGIUPHIE.
Avant d'entamer cette matière, je dois avouer que, de toutes les parties de Ja Lithographie, la zincographie est celle qui m'est la moins familière et dont je me suis le moins occupé. Aussi ce chapitre sera-t-il fort court et fort incomplet, et je prie le lecteur de ne pas perdre de vue que l'art d'imprimer sur planches de zinc n'a encore acquis en Lithographie qu'une très-faible importance.
Il parait que c'est à l'ingénieux Senefelder lui-même qu'on doit la première idée de l'application de planches métalliques à F impression chimique , comme s'appela d'abord la Lithographie. Tl dit dans son ouvrage publié en 1818, qu'il a observé que tous les métaux sont susceptibles de retenir des traces graisseuses, et de pouvoir être disposés à repousser l'encre d'impression, lorsque sur les parties Jbien dégraissées on applique des acides, de la gomme, de la décoction de noix de galles, etc. 11 n'avait encore lait que peu d'expériences dans cette partie à cette époque; mais il se proposait, aussitôt son ouvrage terminé, de s'en occuper plus sérieusement.
En 1823, son établissement à Paris présenta à l'exposition des produits de l'industrie, de petites presses portatives sur lesquelles il tirait des épreuves de planches d'étain, et dont j'ai déjà parlé.
Cependant ces essais n'eurent pas de suite, et pendant nombre d'années il ne fut plus question de l'impression de planches métalliques, sur le même principe qu'on emploie sur les pierres lithographiques.
En 1829, M. Brcgnot fit des essais pour imprimer au moyen de planches de zinc, de grandes cartes qu'il appelait géoramas. Il prit un brevet pour cette invention en 1834. A l'exposition de cette même année, il obtint une médaille de
bronze. M. Bregnot céda son brevet à M. Carcenac, et il parait que c'est vers cette époque que la zincographie commença à se répandre en Angleterre. M. Car- * cenac étant mort, son brevet a passé entre les mains de M. Kneppelin qui paraît avoir apporté quelques améliorations^ cette partie de l'art.
J'ai déjà eu occasion de dire qu'ayant fait un voyage à Berlin en 1831, j'y trouvai la zincographie en pleine activité dans la lithographie royale où on employait des planches de zinc au lieu de pierres, pour le tirags des, autographies. Ce procédé paraissait assez bien réussir, et je sais que depuis cette époque on a continué ces travaux; mais plutôt dans le but d'avoir sous la main une lithographie portative qui puisse suivre l'année en cas de guerre, que comme moyen avantageux de remplacer les pierres; car le directeur de cet établissement, M. le major Kurts, m'a assuré ne trouver aucun avantage dans l'emploi de ces planches de zinc.
Depuis quelques années, on s'occupe en Angleterre de tirages au moven de planches de zinc, et je possède de fort jolis dessins au crayon produits de cette manière.
Lorsqu'on opère avec le zinc, il arrive l'inverse de ce qu'on voit avec les pierres. Les dessins au crayon sont ceux qui viennent le mieux, et c'est sans doute au grain qu'on donne au métal pour recevoir ces dessins, qu'il faut attribuer cette circonstance. Il est probable que la surface rude du zinc retient mieux et les traces graisseuses et la préparation gommeuse, que lorsqu'il est poli. J'ai essayé moi-même des dessins au crayon sur zinc, qui ont assez bien réussi; mais je n'y ai point trouvé d'avantage sur la pierre; ce qui m'a peu encouragé à continuer. Le grainage de ces planches est fort long et bien plus difficile que celui des pierres; et la couleur noirâtre du métal est désagréable pour le dessinateur, qui ne voit pas aussi bien l'effet de son dessin que sur le gris si doux et si agréable de la pierre.
Lorsque le dessin était achevé, nous y passions une décoction de noix de galles, mêlée d'un peu d'acide muriatique. Pour tirer les planches, nous posions sur une pierre une feuille de papier mouillé, et nous y placions la planche de zinc. Cette disposition l'empêchait de glisser ou de se déranger lorsqu'on y passait l'éponge et le rouleau d'encrage. Mais malgré ces précautions elle ne tenait pas toujours bien en place; il suffisait du moindre grain saillant dans le papier, ou de la moindre impureté qui se logeait entre la pierre et la planche mince de zinc, pour y produire une bosse qui prenait alors l'encre d'impression. En un mot, jusqu'ici c'est une opération qui a paru présenter peu d'avantage.
Les contre-épreuves viennent assez bien sur le zinc; mais il est fort difficile d'y faire des écritures directes. Le métal est trop mou et la plume d'acier s'y trouve arrêtée à chaque instant.
II est cependant à désirer qu'on ne se busse pas décourager par les difficultés qu'on éprouve dans ce genre d'impression. Peut-être qu'elles finiront par s'applanir à force d'essais et de persévérance, et il viendra sans doute un jour où on imprimera au* moyeu de planches de métal, aussi facilement qu'on le fait maintenant au moyen de pierres.
Depuis que ce qui précède a été écrit (i), M. Poirier, ingénieur-mécanicien à Paris, s'est fait breveter pour un procédé de zincographie de son invention. Ne connaissant pas ce procédé, qui est la propriété de l'inventeur, il ne m'est pas |>ossible d'en parler ici. Au dire de M. Poirier, au moyen de son appareil, qu'il appelle presse aulo-zmco-graphique , chacun peut aisément reproduire jusqu'à mille copies d'un écrit tracé à la plume.
J'apprends, pendant l'impression de ce chapitre, que M. Ka-ppelin, dont il a déjà été parlé plus haut, a présenté à la dernière exposition des produits de l'industrie, des lames de zinc préparées et dessinées, propres à l'impression. J'ai vu quelques-unes de ces lames, ainsi que plusieurs épreuves qu'on disait en avoir été obtenues, et qui m'ont paru aussi bien que sur pierre. Toutefois, ne pouvant me permettre de juger un procédé que je ne connais pas, j'userai de la même réserve que j'ai mise déjà à annoncer d'autres découvertes, me bornant à rappeler ce qu'en dit l'auteur.
Voici comment s'exprime M. Karppclin :
« Une importante découverte, la Zincographie ou impression sur zinc pur, « ouvre une ère nouvelle à l'imprimerie lithographique.
« La Lithographie au berceau ne fut d'abord qu'un essai, plus tard elle devint c un art; aujourd'hui c'est une puissance.
« ftos plus grands artistes l'ont appelée à leur aide pour la reproduction de « leurs ouvrages les plus spirituels. Chaque jour de nouveaux progrès justi- « fièrent cette faveur et lui permirent enfin de rivaliser avec la gravure.
« Mais si la Lithographie donnait les plus beaux résultats, la matière première « était loin de cette ]>erleclion désirable que trois années d'études et d'essais « viennent enfin de conquérir dans la nouvelle découverte que nous annon- « çons au public.
i i j J'ai ajouté ta suile de ce chapitre aux notes de M. Engeltnann. P.
a La pierre lithographique présentait de graves et insurmontables obstacles à ■< cette perfection. Cassante par sa nature, peu maniable par son poids, difficile « à loger convenablement, d'un prix d'acquisition très-élevé, quoique sans va- « leur intrinsèque, nous sommes parvenus à la remplacer par le line pur, et à « donner à ce métal toutes les applications de la pierre.
n Nous avons dénommé ce procédé Zincograpbie.
« Quelques détails suffiront pour faire apprécier les immenses avantages de « cette découverte pour les artistes et pour les imprimeurs.
« Le commerce du zinc s'étend à peu prés dans tous les pays, la pierre litho- « graphique ne s'exploite en bonne qualité qu'en Bavière.
« Le zinc ne peut, en aucune circonstance, se casser; les pierres, au premier « coup do pression, peuvent se briser, et faire perdre ainsi non-seulement la va- « leur de la pierre, mais encore celle du dessin, qui souvent est d'un grandprix. »
tt Le zinc coûte, prix moyen , le quart de la pierre litbograpbique, et conserve « toujours une valeur réelle. Ilest coté en bourse régulièrement comme tous les cf métaux, circonstance qui n'a jamais pu exister pour les pierres lithographiques « dont la valeur est fictive.
« On peut loger une quantité considérable de planches de zinc dans un local « où il serait difficile de caser quelques pierres, ce qui, dans Paris surtout, pré- « sente une grande économie.
« Un setd exemple va faire comprendre 1 immense économie que notre pro- « cédé présente aux éditeurs.
« Un ouvrage de 50 planches de zinc du n° t, c'est-à-dire de la plus forte di- « mension, comportant deux lignes d'épaisseur, coûtera à raison de 2 fr. 20 c. par « planche, 1 10 fr.
« Les mêmes quantité et dimensions en pierre lithographique coûteront à rai- « son de 9 fr. par pierre, 450 fr.
« Les 50 planches de zinc auront l'épaisseur de 8 pouces, tandis que les 50 « pierres réunies forment un diamètre de X^tO pouces.
« On juge donc par là de l'importance des logemens nécessaires, et de toutes « les difficultés qui doivent accompagner une pierre dans toutes ses périodes.
« Pour les objets de grandes dimensions, tels que cartes géographiques, de- « vants de cheminées, etc., etc., etc., la pierre ne peut supporter un instant la « comparaison, pour le haut prix qu'il faudrait la payer; il serait d'ailleurs iiu- « possible de s'en procurer d'aussi grandes. On a tiré d'un seul jet , par une « planche de zinc, une carte de quatre pieds sursis. Où trouverait-on une pierre
« de cette dimension, et quel est l'artiste qui oserait l'employer en pensant aux « dangers de la voir se briser?
« L'éditeur aura la satisfaction d'avoir ses planches chez lui, qu'il pourra court server dans ses portefeuilles , et ne les livrer à l'imprimerie que lorsqu'il vou- « dra en faire un tirage; tandis que les pierres restent chez l'imprimeur,. vu l'em- « placement immense qu'elles nécessitent, et que les éditeurs ne sont pas jaloux « de fournir.
« Sans nous arrêter à tous les avantages de détaU qu'il serait trop long d enu- « mérer ici, et que les éditeurs et les artistes pourront apprécier en visitant nos « ateliers, qu'il nous soit permis de faire remarquer que les planches de zinc, « très-portatives, permettront aux artistes de dessiner de suite, d'après nature, » et de rapporter leurs planches dans leur carton comme ils eussent rapporté « leurs croquis sur papier, ce qui leur épargnera un double travail. Ajoutons cn- « core que le zinc mettant le dessin à l'abri de tout danger, les artistes pourront « envoyer de quelque point que ce soit leur ouvrage sans aucune crainte et à « frais minimes.
« Les avantages et l'économie de travail et d'argent que nous annonçons pour « tous, ne promettent-ils pas de nouveaux et immenses développemens aux arts a et à l'imprimerie?
« Nos travaux sont aussi parfaits que les plus belles lithographies; le public « pourra s'en convaincre en venant visiter notre établissement. »