‹ Traité de littératureChapitre 21 sur 84 · I. — MÉTONYMIE DE CONTENANCE · texte numérisé non relu

I. — MÉTONYMIE DE CONTENANCE

1^ Le contenant pour le contenu. C'est la rapidité du langage qui a créé cette ellipse par laquelle on prend dans un objet la partie qui renferme pour celle qui est renfermée. Le verre qui contient le liquide est substitué au liquide lui-même, quand on dit, comme on le fait tous les jours, d'une manière générale : hoire un verre, ou, en spécifiant le liquide : boire un verre de liqueur ou boire un verre de vin. Boire la bouteille ou boire une bouteille de vin. Si on ajoute à la bouteille le lieu de provenance en disant une bouteille de bordeaux ou de bourgogne, ou simplement du bordeaux , du bourgogne^ on fait une double métonymie : métonymie de contenance et métonymie de lieu. Ceci est du langage familier.

Le contenant pour le contenu se prête à la noblesse solennelle du langage poétique, mais alors le contenant est personnifié et touche à la métaphore par cette assimilation de la chose à la personne : La ville est en émoi, pour les habitants de la ville. Une ville peut être sans habitants comme un verre sans liquide ; mais, quand on applique au contenant ce qui doit s'appliquer au contenu, tous comprennent la substitution, et l'esprit est charmé de cette rapidité et de cette hardiesse qui, dans le style noble, semble donner la vie aux choses inanimées.

Mal que le ciel, en sa fureur, Inventa pour punir les crimes de la terre.

Le ciel pour Dieu, la terre pour ses habitants.

La terre se lut devant Alexandre. — Tout Paris assistait à ce spectacle.

Ici la synecdoque est mêlée à la métonymie. Le pensionnat est en promenade. Une illustre 7naison, la maison de France, etc., pour désigner la famille royale ou une grande famille. On pourrait multiplier indéfiniment les exemples.

2^ Le contenu pour le co7itenant.

Exprimer la partie contenue pour celle qui contient est d'un emploi assez rare.

Quand Virgile dit : Ucalegon est en flammes,

Jam proximus ardet Ucalegon

il désigne l'habitant pour la maison. On dit de même en termes familiers : le voisin bride, menace ruine ou va être démoli.

II. — MÉTONYMIE DE TEMPS — Le temps où une chose se fait pour la chose elle-même :

Je vous paîrai, lui (lit-elle, Avant l'oût, foi d'animal.

\Joût pour la moisson.

Perse a dit : " La fureur de la canicule brûle depuis longtemps les moissons desséchées. ^ La canicule désigne le temps des grandes chaleurs.

On emploie aussi la chose pour le temps où elle s'accomplit.

Je vous payerai à la moisson, à la vendange, aux semailles, pour désigner les mois d'août, de septembre ou d'octobre.

III. — MÉTONYMIE DE LIEU. — Le lieu où une chose se passe pour la chose elle-même.

Pharsale tua la liberté romaine; Waterloo et Sedan ont tué deux empires.

C'est le théâtre de l'action pour l'action elle-même.

Il faut que le cœur seul parle dans l'élégie.

(BoiLEAU, Art poét.)

Le cœur, siège du sentiment, pour le sentiment lui-même.

La Reine alors sur lui jetant un œil farouche.

(Racine, Atfialie.)

L'œil, organe de la vue, pour le regard qui en est l'exercice, le mouvement l'action.

La métonymie de lieu a fait entrer dans la langue par catlachrèse des mots qui désignent les fonctions ou attributions gouvernementales, comme la cour, le cabinet, la chambre, et même la Porte pour le gouvernement turc; puis encore le parquet pour le ministère public, dans Tordre judiciaire, et le barreau, la tribune, la chaiî'e pour les différentes sortes d'éloquence. Enfin le lieu de production pour la production elle-même. Un caudebec, pour les chapeaux fabriqués dans cette ville. Un damas, pour un sabre de Damas. Du damas, pour une étoffe de soie fabriquée dans la même ville.

Nous avons parlé plus haut du bordeaux, du bourgogne et du Champagne. Quand on dit du Champagne de Saumur ou de Huy, c'est par catachrèse de métonymie.

IV. — MÉTONYMIE DE LA PERSONNE. — Cette espèce de métonymie comme celle du lieu de production se rattache à la cause pour l'effet dont nous allons parler. Un gibus, un quinquet, sont des noms de producteurs de chapeaux et de lampes.

Prenez votre auteur, lisez Boileau, étudiez Racine .. Q' es,i l'auteur pour son œuvre, le producteur pour ses productions. Posséder un Rubens, un Rembrandt, un Raphaël. Exécuter du Mozart, du Rossini, du Meyerbeer.

La langue, organe de la parole, pour la parole elle-même, et, par catachrèse, pour l'idiome d'un peuple.

Dans toutes les langues, la clarté est considérée comme la qualité maîtresse.

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