V. — MÉTONYMIE DE CAUSALITE ET d'aNTÉCEDENCE. — Cette
sorte de métonymie que d'autres ont nommée métalepse emploie la cause pour l'effet ou l'effet pour la cause; le moyen pour le but ou le but pour le moyen; l'antécédent pour le conséquent, ou le conséquent pour l'antécédent.
1° La cause pour V effet.
Vivre de son travail, au lieu du fruit de son travail. Etre visité par la muse, au lieu de dire par V inspiration.
Ne dis plus, ô Jacob, que ton Seigneur sommeille.
(Racine, Atliaiie.)
Jacob, père du peuple juif, pour le peuple lui-même.
2° n effet pour la cause.
Pélion n'a plus d'o?nbre, c'est-à-dire plus d'arbres.
Boire la mort dans la coupe sacrée. — L'airain vomit la rnort, c'est-à-dire le poison et la 7nitraille qui donnent la mort.
Un jeune prince du sang qui portait la victoire dans ses yeux,
c'est-à-dire la confiance qui assure la victoire.
Ces mots ont fait monter la rougeur sur son front.
(Racine, Athalie.)
La rougeur, effet de la honte.
Je tremble, hâtez-vous d'éclaircir votre mère.
(ID-
Je tremble, effet de la crainte.
La triste vieillesse. Vieillesse qui rend triste.
D'un tyran soupçonneux pâles adulateurs.
(BoiLEAU, Art poét.)
Adulateurs qui tremblent, même en flattant la tyrannie. 8^ Le moijen pour le but.
Le ciel nous le fait voir un poignard à la main.
(Racine, Athalie.) Un poignard à la main, l'implacable Athalie.
(ID
Le poignard, moyen ou instrument du crime.
N'êtes-vous pas ici sur la montagne sainte Où le père des Juifs, sur son fils innocent. Leva, sans murmurer, un bras obéissant, Et mit sur le bûcher ce fruit de sa vieillesse.
(ID
Le bras et le bûcher, moyens ou instruments du sacrifice. 4° Le but pour le moyen.
Déjà même au secours toute voie est fermée.
(Racine, Athalie.)
Au secours, c'est-à-dire aux ynoyens de secours. Galéron qui signale ces exemples en cite un autre bien gracieux de C. Delavigne dans une pièce à son fils '•
Mieux te plaît, cher démon, quand des papillons bleus, Nacrés, dorés, l'essaim brillant l'appelle, Sur les roses de mai te jouer avec eux, Dans les rayons où leur voi étincelle.
Le vol est pour les ailes qui servent à voler.
S'' IJ antécédent pour le conséquent.
Il a vécu, c'est-à-dire il nest plus.
6"^ Le conséquent pour V antécédent .
Nous le pleurons, c'est-à-dire il est mort. En voici un exemple tiré de l'opéra des Huguenots, dans la scène du massacre de la Saint-Barthélémy. Ils chantent encore, c'est-à-dire ils ne sont pas morts : L'antécédent pour le conséquent. Ils ne chantent "plus : Le conséquent pour l'antécédent.
A la métonymie de causalité se rattache ce trope où l'auteur est donné comme produisant lui-même l'action qu'il représente.
Boileau, dans Y Art poétique, après avoir cité Théocrite et Virgile comme les modèles de la pastorale, dit ceci :
Seuls, dans leurs doctes vers, ils pourront vous apprendre Par quel art sans bassesse un auteur peut descendre;
Changer Narcisse en fleur, couvrir Dapliné cl'écorce.
Ce n'est pas l'auteur qui change Narcisse en fleur et qui couvre Daphné d'écorce; il se borne à raconter et à décrire la métamorphose.
Plus loin, en caractérisant l'Ode, le législateur du Parnasse français, dit qu'elle
Mène Achille sanglant au bord du Simoïs.
L'Ode personnifiée semble produire elle-même l'action qu'elle chante.
Il n'est nullement nécessaire d'appeler cette figure métalejose, ce n'est qu'une variété de la cause pour U effet.