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FIGURES DE CONSTRUCTION

Les figures de construction sont au nombre de huit : Vellipse, la syllepse, Vinversion ou Yhyperbate, la parenthèse, Vanacoluthe, qui sont une dérogation aux règles de la grammaire; le pléonasme, la répétitio7i et V opposition ({m n'offrent point d'irrégularité syntaxique.

Bien que l'enseignement grammatical s'occupe de la plupart de ces figures, parce que la construction régulière de la phrase relève de la syntaxe, elle comptent parmi les ornements parfois les plus indispensables du style et les marques les plus saillantes du talent. Il ne convient pas, pour s'en faire une juste idée, de se borner à en citer quelques exemples. Il faut indiquer l'effet qu'elles produisent, quand l'écrivain en sait faire un emploi judicieux, ou quand son inspiration les lui fait trouver naturellement sous la main. C'est ce que nous allons montrer dans chacune de ces figures.

l'ellipse.

1. En quoi consiste l'ellipse et quel en est l'effet. — 2. Sur quels mots elle porte. — 3. Ce qu'exigent la grammaire et le goût. — 4. La disjonction. — 5. Suppression de la copulative dans la triade. — 6. Ellipse dans la forme dialogique.

Vellipse consiste à supprimer certains mots exigés par la construction grammaticale. Toutes les langues ont leurs ellipses dans la prose comme dans les vers, mais surtout dans les vers : les nécessités de la mesure et du trait en font une loi. L'effet qui en résulte est la rapidité ou l'énergie, l'harmonie et la noblesse. C'est par l'ellipse que s'obtient la concision. L'hébreu, le grec, le latin, et particulièrement le premier et le dernier, abondent en ellipses. Le français est moins hardi : il aime les

constructions régulières. L'hébreu et le latin ont l'avantage de n'avoir pas d'articles; ce qui rend ces langues naturellement plus concises. Le grec sait aussi se passer de cette particule alourdissante et vulgaire. Eschyle, décrivant par la bouche d'un messager la destruction de la flotte persane à Salamine, s'écrie : Naès anaès, vaisseaux, plus vaisseaux. Pindare^ montrant le néant de la vie, la compare à une ombre qui passe. Skia 'parodos o bios êmôn, passage d'une ombre, notre vie. Il y a dans ces exemples tout à la fois suppression de l'article et du verbe être. C'est le procédé ordinaire. En général, l'ellipseporte sur les particules de détermination, les noms, les pronoms, les verbes, ceux-là surtout qui ont l'infinitif pour complément. Les exemples sont nombreux. Citons-en quelques-uns :

Ainsi dit le renard, et flatteurs d'applaudir.

Pour exprimer la pensée contenue dans le second hémistiche,, il faudrait dire : et les flatteurs ne manquèrent pas d'applaudir,, vous le pensez bien.

En parlant de la laitière, La Fontaine s'exprime ainsi :

Ayant mis ce jour-là, pour être plus agile, Cotillon simple et souliers plats.

L'ellipse ici est plus qu'utile, elle est nécessaire. Si elle n'y était pas, la phrase serait d'une outrageuse banalité.

Les formules exclamatives, interrogatives et optatives souvent^ en le sait, sont elliptiques. Quoi de plus? — Vaines précautions! — Vai7i espoir!

Double virginité! corps où rien n'est immonde,

Ame où rien n'est impur. V. HUGO.

Ah! puisse, puisse alors sur ma funèbre couche, Triste et calme à la fois, comme un ange éploré, Une figure en deuil recueillir sur ma bouche

L'héritage sacré. Lamartine.

Je plie et ne romps pas.

La Fontaine.

Dieu veut-il qu'à toute heure on prie, on le contemple?

(Racine.)

Delille a dit

Un précepte est aride, il le faut embellir; Ennuyeux, L'égayer; vulgaire, L'ennoblir.

Certaines ellipses, celles où Ton supprime les phrases incidentes, semblent vouloir braver les lois grammaticales. Corneille a dit :

Qui m'aima généreux me haïrait infâme,

c'est-à-dire quand f étais et si fêtais.

Racine, dans kndromaque, a été plus loin :

Je t'aimais inconstant, qu'eussé-je fait fidèle?

C'est à dire quoique tu fusses inconstant et si tu avais été fidèle. Ce sont là d'heureuses hardiesses. Mais elles ne peuvent être admises qu'à la condition de ne nuire en rien à la clarté. Si l'on retranche un mot nécessaire à l'inteUigence de la pensée, comme il arrive par excès de concision, c'est un défaut que rien ne justifie.

Corneille est suffisamment clair dans ce beau vers sentencieux :

Le crime fait la honte, et non pas récliafaud.

On comprend en effet que l'échafaud est sujet et non complément du verbe faire. C'est comme si l'on disait : ce n'est pas l'échafaud qui fait la honte, c'est le crime, car, ainsi que l'a dit Lamartine,

L'échafaud pour le juste est le lit de sa gloire.

Mais si, en changeant le temps d'un verbe, vous dites avec

Voltaire :

J'eusse été près du Gange esclave des faux dieux. Chrétienne dans Paris, musulmane en ces lieux,

la Grammaire exige que le même verbe soit sous-entendu devant chaque terme de l'énumération. Cependant la pensée est celle-ci : Je suis 'inusulynane. Voilà comment l'incorrection conduit à l'obscurité.

Toutefois quand la pensée est claire et que l'ellipse donne au

style quelque qualité supérieure, le goût impose silence à la grammaire. Qui n'approuverait ces vers de Corneille :

Comme on voit l'Océan recevoir cent rivières Sans être plus enflé ni ses ondes plus fières.

Grammaticalement, il faudrait dire : sans qu'il soit plus enflé et sans que ses ondes soient plus fières. Jugez de la différence!

On permet à la poésie de sous-entendre au pluriel un verbe exprimé antérieurement au singulier et vice ve^^sa :

Le cœur est pour Pyrrhus, et les vœux pour Oreste.

Mais, dit-on, c'est un défaut en prose. Il serait plus juste de dire : cela peut être un défaut. Ce qui arriverait, si l'on pouvait s'exprimer autrement sans désavantage. On peut approuver Montesquieu disant : " Le peuple jouit des refus du prince, et les courtisans de ses grâces. ^

Ce qui est défectueux, c'est l'emploi de l'actif dans un premier membre de la suppression du passif être dans le second. Les meilleurs écrivains n'ont pas évité ce défaut assez choquant.

Qui ne sait point aimer n'est point digne de VêLre.

Ne croirait-on pas qu'il soit ici question de l'existence? Racine a dit :

Elle fit fermer de bonnes murailles son abbaye, qui ne l'était auparavant que d'une méchante clôture de terre.

Et Fénelon :

Vous flattiez César, votre tyran, plus bassement que César ne Vêlait par ses esclaves.

Ce sont des fautes si faciles à éviter. Ainsi pourquoi ne pas dire : César, votre tyran, était flatté par vous, etc.

Il y a une espèce d'ellipse qu'on a tort de considérer comme une figure à part : c'est la disjonction.

On aime à citer ces vers de Voltaire :

Français, Anglais, Lorrains, que la fureur rassemble Avançaient, combattaient, frappaient, mouraient ensemble.

Il y a ici double ellipse : celle de l'article et celle de la copulative et, devant le dernier mot de Taccumulation. La disjonction alors est indispensable.

Une observation importante à faire est celle-ci : deux substantifs, deux adjectifs, deux verbes ou deux adverbes marchant ensemble doivent être unis par la copulative; trois substantifs, trois adjectifs, trois verbes ou adverbes demandent l'ellipse de la conjonction.

Prenez le commencement du passage de Buffbn sur La nature et l'homme, vous y trouverez le chardon et la ronce, le raisin et la rose; mais quand, usant de la triade, l'auteur dit que l'homme établit dans la nature Vordre, la subordination, V harmonie, la copulative disparaît et doit disparaître.

Boileau, dans sa neuvième épître, a dit :

Il n'est pas sans esprit; mais, né triste et pesant, 11 veut être folâtre, évaporé, plaisant.

Et plus loin :

Le faux est toujours fade, ennuyeux, languissant.

Rien de plus commun que l'ellipse dans toutes les relations de la vie et dans le langage des arts et métiers. Elle est née du besoin d'économiser le temps. En littérature, c'est la rapidité du sentiment et de la passion qui l'amène. Voilà pourquoi elle est fréquente dans l'éloquence et dans la poésie, dans la poésie lyrique surtout, dont un des privilèges est la hardiesse des ellipses.

Une des ellipses les plus littéraires est la suppression de dit-il et répondit-il dans la prose dialogique. On ne peut, en un récit où l'on fait parler ensemble divers personnages, répéter sans cesse dit-il et répondit-il, avec leurs variantes deynanda-t-il, 'reprit-il, etc. C'est alourdir le dialogue.

Voyez quel tour heureux, et vif surtout, l'ellipse donne à ces vers du Meunier Sans-Souci :

Il nous faut ton moulin, que veux-tu qu'on t'en donne? Rien du tout, car j'entends ne le vendre à personne, etc.

L'auteur a supprimé dit-il.

Puis dans ces vers du Crucifix :

Je n'osais!... Mais le prêtre entendit mon silence; Et, de ses doigts glacés prenant le crucifix : Voilà le souvenir, et voilà l'espérance; Emporlez-les, mon fils.

Ce dernier exemple est le plus remarquable, car ici ce n'est pas un dialogue. Le poète ne fait que rapporter les paroles sous forme directe.

SYLLEI'SE.

1. En quoi consiste la syllepse. — 2. Emploi de la syllepse. — 3. Syllepses de nombre. — 4. Syllepses de genre. — 5. Les syllepses formant des idiotismes.

La syllepse détruit l'accord grammatical au profit de l'accord logique. Elle consiste essentiellement à faire accorder un mot au pluriel (nom, pronom ou verbe), non avec le singulier auquel grammaticalement il se rapporte, mais avec l'idée de pluralité contenue dans ce terme pris collectivement ou par synecdoque.

On en cite deux exemples empruntés à Racine :

Entre le pauvre et vous, vous prendrez Dieu pour juge; Vous souvenant, mon fils, que, caché sous ce lin, Gomme eux vous fûtes pauvre, et comme eux orphelin.

(AtliaLie.)

On ne voit point le peuple à mon nom s'alarmer. Le ciel dans tous leurs pleurs ne m'entend point nommer.

(Britannicus.)

Cette figure, qui semble un privilège des vers, se rencontre pai^fois aussi dans la prose. Bossuet a dit :

Quand le peuple hébreu entra dans la terre promise, tout y célébrait leurs ancêtres.

Mais, dans cette phrase, il n'y avait pas de raison de dire le peuple héh^eii plutôt que les Hébreux.

Avec les locutions collectives : la plupart des hommes ou le

reste des hommes, une foule de gens, un grand nombre de personnes, etc., la syllepse est naturellement entrée dans la langue usuelle. Il n'en est pas tout à fait de même quand le singulier est employé seul. La plupart et un grand noynbre se construisent avec le pluriel, mais une foule et le reste admettent préférablement le singulier, même en vers. Racine a employé les deux nombres dans ce passage d' A ^/ia^/é':

Le reste pour son Dieu montre un oubli fatal, Ou même, s'empressant aux autels de Baal, Se fait initier à ses honteux mystères, Et blasphème le nom qu'ont invoqué leurs pères.

C'était pour éviter l'équivoque de deux ses se rapportant à deux noms différents : le reste et Baal. Bel exemple, fourni par un grand maître, de la subordination des lois du langage à cette qualité souveraine : la clarté.

Il y a, outre les syllepses de nombre, des syllepses de genre. C'est ainsi qu'une femme, en parlant des personnes de son sexe, peut dire : on est assujettie, ou même assujetties au pluriel, bien que on soit du masculin singulier.

Toutes les langues ont leurs syllepses. On n'a pas à s'arrêter ici à celles qui forment des idiotismes, exceptions aux règles de la syntaxe. En littérature; le goût de l'écrivain et le tour particulier de sa phrase, déterminent ces infractions grammaticales qui seraient injustifiables, si elles n'étaient autorisées par une raison supérieure.

Les Grecs et les Latins, parfois ti^ès hardis en poésie dans leurs syllepses, appelaient cette construction, les premiers cata sunesin, les seconds secundum intellectum, c'est-à-dire construction selon le sens.

l'inversion ou hyperbate.

1. L'hyperbate dans la poésie classique. — 2. Qu'elle est favorable à l'élégance et à l'harmonie du vers, mais à la condition de n'être jamais forcée. — 3. Que l'inversion forcée est surtout désagréable en prose.

Nous n'avons pas à signaler comme figures des inversions usuelles du genre de celle-ci :

Tout vous est aquilon; tout me semble zéphyr.

Mais chaque fois que le complément précède le sujet ou l'attribut et que le verbe marche en première ligne, ce renversement constitue en français la figure de construction qu'on a surnommée hyperbate.

Les exemples en vers sont très nombreux, dans la poésie classique surtout. Le plus remarquable peut-être est celui-ci, dans la première scène à'Athalie :

Que les temps sont changés ! sitôt que de ce jour La trompette sacrée annonçait le retour, Du temple, orné partout de festons magnifiques. Le peuple saint en foule inondait les portiques.

Et plus loin dans la même pièce :

J'ai senti tout à coup un homicide acier

Que le traître en mon sein a plongé tout entier.

Et encore : .

Viens-tu du Dieu vivant braver la majesté?

Voici une autre inversion bien hardie, dans Andromaque :

Déjà, contre tes Grecs plein d'un noble courroux, Le soin de votre fils le touche autant que vous.

La construction grammaticale serait celle-ci :

Le soin de votre fils touche déjà, autant que vous, Pyrrhus, plein d'un noble courroux contre les Grecs.

Il faut se garder de toute inversion forcée, et ne pas dire avec Voltaire :

Je n'ai pu de mon fils consentir h la mort.

Le complément d'un régime indirect ne se prête pas à l'inversion. N'imitez pas Boileau lorsqu'il dit :

Pour oui tient Apollon tous ses trésors ouverts.

Les deux premiers vers de VAri poétique présentent une autre particularité dans l'inversion.

C'est en vain qn'au Parnasse un téméraire auteur Pense de L'art des vers atteindre la hauteur.

L'oreille est satisfaite, mais essayez de mettre ces vers en prose, vous ne saurez que faire de ces mots : au Parnasse. Et puis on se demande si l'art des vers est perché au sommet de la montagne.

Les modernistes essaient de bannir l'inversion du langage des vers. Mais c'est en vain qu'ils cheixhent à convertir en loi cette suppression. On peut faire sans inversion les plus beaux vers du monde, à condition qu'ils se présentent sous cette forme à la pensée; mais le vers alexandrin à cadence symétiique, au contour harmonieux, ne peut toujours se passer d'inversion.

Pour l'harmonie comme poui^ le mouvement et la peintui^e en action, Thyperbate restera un des plus beaux privilèges de la poésie. Remarquez-le : chaque fois que l'inversion est amenée par raison d'harmonie et de relief, si vous la supprimez en faveur de l'ordre grammatical et logique, il ne reste plus qu'une prose lourde, banale, incolore.

Nous avons parlé plus haut des inversions forcées. Il en est qui bouleversent tous les rapports syntaxiques et qui altèrent le sens, au point de rendre la pensée non seulement obscure, mais inintelligible. C'est là surtout ce qu'il faut éviter : sur cette pente on aboutirait diW galimatias. Les grandes difficultés d'interprétation des langues anciennes et les nébulosités de la langue allemande proviennent précisément des fantaisies de construction favorables sans doute à l'originalité des écrivains^ mais préjudiciables à la clarté, à la netteté, à la précision de la pensée. Sous ce rapport, la langue française a d'heureuses entraves qu'on ne méconnaît pas en vain. On s'expose à ia

vulgarité, mais on ne laisse pas impunément l'esprit dans les ténèbres. L'embarras des constructions est toujours facile à éviter en prose. Il n'en est pas de même dans la versification dont le manque d'élasticité conduit parfois à des constructions incorrectes, même sous la plume des maîtres. Molière lui-même n'a-t-il pas dit :

La curiosité qui vous presse est bien forte, Ma mie, à nous venir écouter de la sorte.

S'il avait dit :

Pour nous venir, ma mie, écouter de la sorte,

il eût évité les protestations de la grammaire.

Crébillon est parfois ti^ès malheureux dans ses constructions. Voici des vers qu'à première vue, personne ne peut comprendre. Ils sont tirés de la tragédie d'Idoménée :

Je me défiais peu de la main qui m'enchaîne, Ayant tant de sujets de vengeance et de haine; Ni qu'Idamante en dût interrompre le cours, Avec tant de raison de Le haïr toujours.

L'auteur se comprenait lui-même; mais en déplaçant le complément du siijet dans les deux parties de la phrase, il jette une telle confusion dans l'esprit du lecteur que l'on se demande si le second et le quatrième vers se rapportent au complément ou au sujet du verbe. C'est au sujet qu'il faut rattacher ces vers, mais la construction senrble indiquer le contraire.

On cite un autre exemple de Bourdaloue où la phrase est tellement embarrassée qu'elle en devient inintelligible. Il s'agit du prince de Condé en qui l'orateur veut louer

Cet inflexible oubli de sa personne qui n'écouta jamais la remontrance, ei, auquel constamment déterminé, il se fit toujours un devoir de prodiguer sa vie, et un jeu de braver la mort.

Poser de telles énigmes en pi^ose dans le siècle de Bossuet, c'est une anomalie fort étrange. Encore si la phrase en ellemême avait quelque beauté! Mais conçoit-on rien de plus antifi^ançais que cet oubli de la personne qui 7î écouta jamais la

remontrance, et surtout ce auquel, qui semble le complément indirect du verbe "prodiguer, tandis qu'il est le complément du participe déterminé.

Cependant la réputation oratoire de Bourdaloue balançait celle de Bossuet lui-même. Que dis-je? On préférait le premier au second. Vous connaissez ce mot de W^^ de Sévigné : '^ Nous allons en Bourdaloue. " Cela prouve combien les goûts étaient sérieux à cette grande époque, car ce puissant dialecticien de la chaire est loin d'avoir eu le don du style dans sa prose oratoire.

LA PARENTHKSK.

1. A quoi sert la parenthèse. — 2. Qu'il en faut user rarement. — 3. Qu'elle n'est légitime que quand elle est nécessaire. — 4. Par quel signe on l'indique aujourd'hui. — 5. Éviter surtout les parenthèses successives.

La parenthèse (para, auprès, en, dedans, tithèmi, placer) est une phrase qu'on insère dans une autre à laquelle elle se rattache par le sens et non par le rapport syntaxique. C'est une sorte d'opposition, non d'un substantif, mais d'une proposition explicative ou exclamative dont on ne veut point faire une phrase à part, pour ne pas interrompre le cours de la pensée principale et la suite des idées. Ce temps d'arrêt qui interrompt momentanément la construction grammaticale pour jeter dans la phrase une proposition qui devrait venir après, c'est une inversion d'une espèce particulière qui a pour but d'éclaircir la pensée, mais dont il faut user bien rarement, car cette figure brise l'unité de la phrase dont elle disjoint les membres par l'intercalation d'une pensée explicative. On peut dire que la parenthèse n'est légitime que pour autant qu'elle soit nécessaire. Quand elle est courte, on peut l'indiquer par des virgules. Le plus souvent, elle est mise entre deux crochets auxquels on a donné le nom de la figure elle-même. Aujourd'hui on préfère la marquer par des traits horizontaux qui blessent moins l'œil que la ligne courbe.

En voici des exemples dans Racine et La Fontaine :

Un songe {me devrais-je inquiéter d'un songe?) Entretient dans mon cœur un chagrin qui le ronge.

— Mais un fripon d'enfant (cet âge est sans pitié!) Prit sa fronde

Il est évident qu'une parenthèse faite pour expliquer un mot doit être placée après ce mot comme une sorte d'apposition. Ce qui serait un vice à peine supportable dans le négligé d'une conversation, c'est une succession de parenthèses où des idées accessoires font perdre de vue l'idée principale. Il y a de ces esprits qui ne peuvent suivre la génération logique des idées et qui intercalent les réflexions dans les réflexions et les faits dans les faits par une sorte de papillonnement continu qui les fait sauter d'une branche sur l'autre comme ce personnage de la comédie des Oisifs de Picard, qui s'écrie :

Vous ici, mon cher Duchemin! Ah! mais en effet vous habitez cette maison, j'y suis venu si souvent du temps de l'ancienne propriétaire, la veuve d'un capitaine de cavalerie, un très bel homme : je dis beau, il avait une balafre sur la figure : la faute d'un postillon qui le versa dans un voyage qu'il fit à Genève au bord du lac d'oii viennent ces bonnes truites : c'est un mets délicieux, moi je préfère les carpes du Rhin.

l'apposition.

1. Caractère de l'apposition. — 2. Heureux effet de cette figure voisine de la parenthèse.

L'apposition (ponere, poser, ad, auprès) est un substantif auquel on fait jouer le rôle d'adjectif ou d'épithète, en le joignant à l'un des termes de la proposition, ordinairement au sujet, nom ou pronom. L'article déterminatif est le plus souvent effacé devant le substantif mis en apposition. C'est en vertu d'une ellipse que se fait l'apposition. Ainsi, dans ce versde Segrais : .

Sa beauté méprisée, impardonnable offense!

le second hémistiche équivaut à dire : ce qui est une impardonnable offense. On voit que Tgpposition ressemble à la parenthèse : on peut également détacher l'apposition sans nuire à la construction de la phrase.

Cette figure peut trouver sa place dans tous les genres de style, même dans le style le plus familier ou le plus trivial.

Nous avons cité déjà ce vers de La Fontaine :

Va-t-en, chétif insecte, excrément de la terre.

Cette espèce d'apposition se rencontre assez souvent dans la bouche du peuple, quand il se fâche. Mais le plus souvent l'apposition appartient au style soutenu, par cela même qu'elle ■est un effet d'art, un effet cherché.

Au banquet de la vie, infortuné convive. J'apparus un jour, et je meurs!

Ciel, pavillon de l'homme, etc.

Un jeune lis, Vamour de la nature.

(Gilbert.

(Racine.) Cette Grèce polie, la mère des philosophes et des orateurs.

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