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BOSSUET

Un jeune amant des arts, Vamoiir de ses parents, l'espoir de la peinture. Brûlait de visiter cette demeure obscure. De notre antique foi vénérable berceau. (Delille.)

Vous voyez que l'article n'est pas toujours supprimé.

l'anacoluthe.

1. Explication de l'anacoluthe. — 2. Effet qu'elle produit. — 3. A quelles conditions ce latinisme est admissible en français.

\S anacoluthe (a priv. et acolouthô, suivre) est une construction brisée ou interrompue. Les membres ne~sê~sûivênt pas, La proposition commencée fait place à une autre qui se lie

logiquement, mais non grammaticalement, à la première. Ce

désordre apparent est un effet d'art qui atteint d'autant plus

sûrement son but qu'il semble naître de lui-même dans

l'abandon de la phrase improvisée. Le tour est plus vif et

semble plus naturel.

Abner apostrophe ainsi Mathan, donnant à Athalie un conseil

cruel :

Et vous, qui lui devez des entrailles de père,

Vous, ministre de paix dans les temps décolère,

Couvrant d'un zèle faux votre ressentiment,

Le sa7ig à votre gré coule trop lentement.

C'est la substitution d'un sujet à un autre.

Dans le récit de la mort d'Hippolyte, Théramène, faisant le portrait du monstre vomi par les flots, s'exprime ainsi par anacoluthe :

Indomplabie taureau, dragon impétueux, Sa croupe se recourbe en replis tortueux!

On attendait il après l'apposition. D'Aguesseau, dans son Discou7^s sur V EsprHt et la Science, dit avec beaucoup d'art :

E<:prit plus brillant que solide, lumière souvent trompeuse et infidèle, L'attention le fatigue, la raison le contraint, l'autorité le révolte; incapable de persévérance dans la recherche de la vérité, elle échappe encore plus à son inconstance qu'à sa paresse.

Par elle (la science), l'homme ose franchir les bornes étroites dans lesquelles il semble que la nature l'ait renfermé : citoyen de toutes les républiques, habitant de tous les empires, le monde entier est sa patrie.

Buffon, décrivant les mouvements du cygne, s'exprime avec grâce en disant .

Soit que voguant en troupe, on voie au loin, au milieu des grandes eaux, cingler la flotte ailée.

Autre exemple :

Qui demanderait à tous les hommes où ils vont, ils répondraient tous qu'ils vont à la mort ou à l'éternité. (Nicole.)

En voici deux d'une sinsfulièi^e hardiesse sframmaticale :

Ne sait-il pas qu'en toute langue, mettez un car mal à propos, il n'y a point de raisonnement qui ne devienne absurde? (Boileau.)

Votez donc ce subside extraordinaire, qui puisse-t-il être suffisant!

Cette incorrection échappée à Mirabeau, dans l'improvisation du célèbre discours sur la Banqueroute, n'est justifiable à aucun point de vue.

L'anacoluthe est un latinisme importé dans notre langue par les grands maîtres des xvii® et xviii® siècles. C'est une irrégularité grammaticale en français, non en latin où les mots qui commencent la phrase sont un complément par inversion du substantif ou du verbe, complément dont le rapport est marqué par la désinence.

Ainsi, dans cette phrase : ^ Esprit plus brillant que solide, l'attention le fatigue, etc., " les latins mettraient espynt à l'accusatif pour marquer qu'il est le complément direct de fatigue. L'attention fatigue leur esprit, etc. — " Qui demanderait à tous les hommes où ils vont, ils répondraient, etc. « Ils répondraient à celui qui leur demanderait, etc. Qui en latin serait au datif, complément du verbe répondre. La clarté de la phrase latine n'avait jamais à souffrir de ces constructions parfaitement régulières.

En français, on ne peut les admettre qu'à la condition d'introduire une beauté littéraire qui ne puisse prêter à l'équivoque.

Quand, sans rien perdre de sa clarté, la phrase y gagne en hberté, en souplesse, en vivacité, en naturel même, la grammaire serait mal venue à protester.

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