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LE PARALLÈLE

1. Ce qui constitue le parallèle. — 2. Quels sont les plus beaux parallèles en français. — 3. Pourquoi il n'est pas aisé d'y réussir.

On donne le nom de parallèle à une espèce particulière de comparaison et de contraste qui met en regard deux objets ou deux personnages ayant vécu à la même époque et exercé le même art ou la même profession, mais se distinguant par des qualités ou des défauts différents ou opposés.

C'est une métaphore empruntée aux mathématiques : deux lignes allant dans le même sens, sans se rencontrer jamais. Le

parallèle littéraire repose donc sur une série de similitudes et de dissemblances qu'il s'agit de faire ressortir d'une façon aussi précise et aussi exacte que possible. Le double procédé de la synthèse et de l'analyse est nécessaire pour y réussir. Il faut saisir les grandes lignes ou traits caractéristiques des personnages, les traits qui constituent leur physionomie propre et déterminent le rôle qu'ils ont joué dans l'art ou dans la vie publique.

Les plus beaux parallèles en français sont ceux de Condé et de Turenne par Bossuet, de Corneille et de Racine par La Bruyère, de Charles XII et de Pierre le Grand, de Guillaume III et de Louis XIV, de Richelieu et de Mazarin par Voltaire. Citons encore les parallèles de Descartes et de Newton par Fontenelle, de Bossuet et de Corneille par D'Alembert, de Molière et de La Fontaine par Champfort, de Bossuet et de Fénelon par D'Aguesseau. Les parallèles littéraires de La Harpe sont aussi très ingénieux, de même que les parallèles de Buffon entre les animaux.

Bien des écrivains se sont essayés dans le parallèle. Peu y ont réussi complètement. La symétrie des rapports de similitude et de dissimilitude conduit trop souvent à des recherches de détails et d'antithèses qui peuvent être ingénieuses, mais qui ont plus de finesse que de profondeur, plus d'éclat que de vérité. On s'égare aisément, quand on sort des grandes lignes qui marquent les différences foncières entre les hommes et les choses.

Il est plus aisé d'établir un parallèle entre deux caractères généraux qu'entre deux hommes. Là, on peut se dispenser de détails; ici, en effaçant les nuances, on risque de méconnaître le mérite des hommes par la nécessité où l'on est de marquer les traits qui les différencient et les séparent. En sorte que, pour être juste, on se voit forcé de faire ses réserves et de reprendre les analogies, après avoir établi les contrastes. Les poètes et les artistes sont ceux qui se prêtent le moins à une démarcation rigoureuse. On ne peut réussir à les mettre en parallèle, portrait contre portrait, que s'ils diff'èrent essentielle ment de génie, bien qu'égaux par la transcendance de l'art et de l'inspiration.

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