‹ Traité de littératureChapitre 47 sur 84 · LA SUBJECTION · texte numérisé non relu

LA SUBJECTION

1. But de la subjection. — 2. En quoi elle diffère de l'interrogation proprement dite. — 3. Sub- ^ jection où l'on se répond à soi-même. — 4. La suijection, tour interrogatif.

La subjection est une interrogation où l'on fait soi-même la réponse que l'auditeur ou le lecteur cherche et devine. C'est souvent un moyen de réfutation anticipée, comme dans la prolepse. Mirabeau, dans son célèbre discours sur la Banqueroute, pose cette question à la Constituante :

Avons-nous un plan à substituer à celui qu'on nous propose? — Oui, a «rié quelqu'un dans l'assemblée. — Je conjure celui qui répond oui de considérer....

On conçoit la différence qui sépare la subjection de l'interrogation proprement dite. Ici la réponse est toujours simple; là elle demande plus de réflexion : une part est faite à l'inattendu, puisque la réponse à la question est donnée par celui qui la pose. Là où la réponse est clairement prévue, l'interrogation suffit.

J.-B. Rousseau a usé de la subjection avec beaucoup d'habi- I leté dans cette épigramme :

Est-on héros pour avoir mis aux chaînes Un peuple ou deux? Tibère eut cet honneur. Est-on héros en signalant ses haines Par la vengeance? Octave eut ce bonheur. Est-on héros en régnant par la peur?

Séjan fit tout trembler, jusqu'à son maître. Mais de son ire éteindre le salpêtre, Savoir se vaincre et réprimer les flots De son orgueil, c'est ce que j'appelle être Grand par soi-même, voilà mon héros.

Il en est peu qui aient réussi aussi bien que Massillon dans l'emploi de cette figure :

Je veux que vous prolongiez vos jours au delà même de vos espérances : hélas! mes frères, ce qui doit finir doit-il vous paraître long? Que laissentelles de réel dans votre souvenir? pas plus qu'un songe de la nuit. Vous rêvez que vous avez vécu ; voilà tout ce qui vous en reste.

Fléchier, dans loraison funèbre de Turenne, a fait un heureux emploi de la subjection. Seulement ici nous avons un tour interrogatif plutôt qu'une interrogation.

Dans la fable des Animaux malades de la peste, La Fontaine fait dire au renard :

Eh bien! Manger moutons, canaille, sotte espèce, V Q\>W^^ JSst-ce lin péché? Non, non. Vous leur fîtes, seig

yr Est-ce un péché? Non, non. Vous leur fîtes, seigneur. En les croquant, beaucoup d'honneur.

Ceci est une subjection où le malin orateur, dans la réponse qu'il fait à son interrogation, est sûr d'être l'écho de tous les flatteur s., \

Il y a une manière particulière de subjection où l'on se répond à soi-même.

Citons comme exemple le monologue d'Auguste :

Rentre en toi-même, Octave, et cesse de te plaindre. '/ Quoi! tu veux qu'on t'épargne et n'as rien épargné! Songe aux fleuves de sang où ton bras s'est baigné.

Remets dans ton esprit, après tant de carnages,

De tes proscriptions les sanglantes images,

Où toi-même, des tiens devenu le bourreau,

Au sein de ton tuteur enfonças le couteau ;

Et puis ose accuser le destin d'injustice,

Quand tu vois que les tiens s'arment pour ton supplice.

Souvent la subjection n'est qu'un tour interrogatif, comme dans les passages suivants de Boileau :

^ Voulez- vous du public mériter les amours? Sans cesse en écrivant variez vos discours. — Craignez-vous pour vos vers la censure publique? Soyez-vous à vous-même un sévère critique.

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