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IV. —CONCEPTS CLAIRS, OBSCURS; DISTINCTS, CONFUS

61. — L'idée à' idée claire ne peut pas être une idée claire si l'on ne fait attention aux jugements virtuels impliqués dans le concept. Les explications des Cartésiens à cet égard sont assez embarrassées ; Leibniz est un peu plus heureux parce que, sans les désigner explicitement, il considère les jugements virtuels ^ Il définit l'idée claire celle qui permet de reconnaître son objet lorsqu'on le rencontre, « comme, lorsque j'ai une idée bien claire d'une couleur, je ne prendrai pas une autre couleur pour celle que je demande; et si j'ai une idée claire d'une plante, je la discernerai parmi d'autres voi sines ; sans cela l'idée est obscure... Alexandre-le-Grand avait vu, dit-on, une plante en songe comme bonne pour guérir Lysimachus, qui fut depuis appelée Ijsimachia, parce qu'elle guérit effectivement cet ami du roi. Lorsqu'Alexandre se fit apporter quantité de plantes, parmi lesquelles il reconnut celle qu'il avait vue en songe, si par malheuril n'avait point eu d'idée suffisante pour la reconnaître et qu'il eût eu besoin d'un Daniel, comme Nabuchodonosor, pour se faire retracer son songe même, il est manifeste que celle qu'il en aurait eue aurait été obscure. »

Si l'on s'en tenait à de tels exemples, l'idée claire devrait être faite de caractères extérieurs et très apparents. Alexandrele-Grand avait plutôt une image claire qu'une idée claire de la plante vue en songe. Le géomètre a une idée claire du kilo-

I. Voy. Meditaliones de cognilione, verilale et ideis, et surtout Nouveaux Essais, liv. II, ch, XXIX, doù sont tirées toutes nos citations.

GoBLoT. — Traité de Logique. n

gone dont il n'a qu'une image confuse, parce qu'il en connaît diverses propriétés et qu'il peut les vérifier. Leibniz n'a pas approfondi davantage. Dans ce chapitre des iVow^e^wjr £'s5a/5, Théophile est surtout préoccupé de combattre le nominalisme de Philalèthe qui fait consister l'obscurité et la confusion des idées dans l'équivoque et le mauvais emploi des noms. II. serait certes avantageux d'avoir une langue bien faite et de s'en servir avec une scrupuleuse exactitude, comme font les mathématiciens, comme quelques métaphysiciens ont tenté de le faire avec un médiocre succès, comme Leibniz lui-même l'a entrepris ; mais pour rendre les idées claires, ce sont surtout les idées elles-mêmes qu'il faut examiner, en les analysant, c'està-dire en s'efforçant de les rendre distinctes.

62. — Nous dirons qu'un concept est clair quand on sait par quelles expériences ou opérations logiques on pourrait vérifier les jugements virtuels dont il est attribut, c'est-à-dire s'assurer si un sujet donné admet ou non ce concept comme attribut.

Le concept Homme est clair pour chacun de nous, car nous savons à quels caractères reconnaître si un sujet est homme ou non. Kilogone est un concept clair, car on peut s'assurer si un polygone donné est kilogone en comptant le nombre de ses côtés. JVombre carré est un concept clair pour l'arithméticien, parce qu'il sait par quelle opération reconnaître si un nombre est carré ou non.

63. — Les concepts se rapportant à des objets d'expérience ne sont que relativement clairs. Kilogone, considéré comme concept empirique, n'est pas absolument clair parce qu'il peut arriver qu'un angle soit si obtus que l'on ne puisse s'assurer que ses côtés ne forment pas une seule ligne droite, en sorte que le dénombrement des côtés sera impossible. Je sais vaguement quelle impression je dois recevoir d'une couleur pour juger qu'elle est rouge. Mais « il y a des couleurs qui s'approchent de telle sorte qu'on ne saurait les discerner par mémoire, et cependant on les discernera quelquefois l'une étant mise près de l'autre. » Si une couleur est définie par les raies de Frauenhofer, le physicien en a une idée plus claire que celle du vulgaire, parce qu'il sait par quelle expérience il la distinguera d'une couleur voisine ; il n'en a pas une idée

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