‹ Traité de logique;Chapitre 36 sur 106 · CONCEPTS CLAIRS, OIJSCURS ; DISTINCTS. CONFUS · texte numérisé non relu

CONCEPTS CLAIRS, OIJSCURS ; DISTINCTS. CONFUS

absoliiment claire parce que la dispersion de la lumière a une limite ainsi que lo discernement des raies du spectre. Je sais par quelle opération je puis m'assurer empiriquement que deux grandeurs sont égales. L'égalité de deux grandeurs est plus claire pour le physicien, parce qu'il sait par quelles opérations il opérera une mesure de précision et quelle sera l'approximation obtenue. Elle n'est pas absolument claire parce que la précision des mesures empiriques est toujours limitée; on ne saurait juger si deux grandeurs dont la diflerence est inférieure à la limite d'approximation sont égales ou inégales. Tout concept se rapportant à des objets d'expérience comporte une obscurité irrémédiable, des cas pouvant se présenter où l'on ne disposera d'aucune expérience ni d'aucun raisonnement pour vérifier le jugement formé de ce concept et d'un sujet donné.

Tout concept doit, en définitive, se rapporter à des jugements d'expérience. Les concepts abstraits de l'algèbre consistent en un savoir virtuel qui peut être fait d'autres concepts, et ceux-ci d'autres encore, jusqu'à ce qu'on arrive, en dernière analyse, à des concepts empiriques, dont les jugements virtuels sont des jugements d'expérience\ Une équation n'est autre chose que la règle d'un procédé de mesure indirecte, un moyen de déterminer une mesure d'après d'autres mesures. La géométrie est la « philosophie de la règle et du compas » ; elle tend à des relations vérifiables et à des constructions exécutables au moyen de ces instruments. C'est donc toujours par une constatation empirique que le savoir virtuel qui constitue la pensée conceptuelle deviendra — non pas certes tout entier actuel ; c'est impossible, parce qu'il est infini dans tout concept — mais par^faitement actuel. Un concept absolument clair est donc impossible à la rigueur.

Mais il arrive qu'on raisonne dans la pure théorie, c'est-àdire qu'on ne se propose pas de pousser l'application des concepts jusqu'à la constatation empirique qui seule achèverait d'en actualiser la signification. Ainsi le géomètre considère son œuvre comme terminée quand il a fait connaître un pro-

I , Ceci ne signifie pas que les fondements ou principes des mathématiques soient empiriques ; c'est, au contraire, leur fin et leur aboutissement qui est la détermination d'une connaissance empirique.

cédé de construction ou de mesure exécutable au moyen de la règle et du compas ; Talgébriste a épuisé la puissance de l'algèbre quand il a montré comment une mesure numérique empiriquement inaccessible peut se déduire des mesures numériques données. On peut donc raisonner avec des concepts parfaitement clairs, à condition que les sujets des jugements virtuels qui les composent soient eux-mêmes des concepts, faits encore de jugements virtuels.

64. — Les idées claires peuvent n'être pas distinctes, mais confuses, tandis qu'une idée distincte est nécessairement claireV Une idée est claire, selon les Cartésiens, lorsqu'on la discerne de ce qui nest pas elle, distincte lorsqu'on discerne ce qui est en elle. Nous venons de voir que discerner une idée de ce qui n'est pas elle, c'est savoir par quelle expérience ou opération logique on peut reconnaître les sujets des jugements virtuels dont elle est attribut. Il suffit pour cela que l'on connaisse un certain groupe de caractères tels que tout sujet qui les possède tous appartient au concept et que tout sujet en qui un seul manque en soit exclu. Ces caractères, qui peuvent toujours se ramener à deux, le genre e\\?i différence, forment la définition caractéristique.

On peut connaître ces caractères et ignorer les autres qualités ou propriétés qui peuvent être affirmées ou sont toujours implicitement affirmées des sujets auxquels ils conviennent. Ainsi, pour discerner un homme de tout autre animal, il

I. « Philalèthe. — ... une idée distincte est celle où l'esprit aperçoit une différence qui la distingue de toute autre idée, et une idée confuse est celle qu'on ne peut pas sufiEisamment distinguer d'avec une autre de qui elle doit être différente.

« Théophile. — Suivant cette notion que vous donnez de Vidée distincte, je ne vois point le moyen de la distinguer de l'idée claire. C'est pourquoi j'ai coutume de suivre ici le langage de M. Descartes, chez qui une idée pourra être claire et confuse en même temps : et telles sont les idées des qualités sensibles affectées aux organes, comme celle de la couleur ou de la chaleur. Elles sont claires, car on les reconnaît et on les discerne aisément les unes des autres ; mais elles ne sont point distinctes, parce qu'on ne distingue pas ce qu'elles renferment. Ainsi on n'en saurait donner la définition. On ne les fait connaître que par des exemples ; et au reste, il faut dire que c'est un je ne sais <]uoi, jusqu'à ce qu'on déchiffre la contexture. Ainsi quoique selon nous les idées distinctes distinguent l'objet d'un autre, néanmoins, comme les claires mais confuses en elles-mêmes le font aussi, nous nommons distinctes non pas toutes celles qui sont bien distinguantes ou qui distinguent les objets, mais celles qui sont bien distinguées, c'est-àdire qui sont distinctes en elles-mêmes et distinguent dans l'objet les marques qui le font connaître, ce qui en donne l'analyse ou la définition ; autrement nous les appelons confuses. » (Leibmz, Noaveaax essais sar l'entendement humain.)

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