L'intérêt de ces tentatives est incontestable. Notre
savoir positif est insuffisant et, si étendu qu'il puisse devenir, sera toujours insuffisant pour étancher notre soif de connaître et diriger seul notre action. Mais si notre savoir doit nécessairement être complété par des croyances, il appartient au logicien de maintenir la distinction de nature et l'inégalité de valeur, entre la croyance logiquement possible et peut-être pratiquement nécessaire et la science logiquement nécessaire, de ne pas permettre qu'on sacrifice les droits de celle-ci aux prétentions de celle-là, qu'on attribue le caractère d'une assertion à ce qui, faute de preuve, est et demeure Jiypothëse, bref de protester contre ces diverses philosophies qui s'évertuent à nous persuader que la suprême sagesse consiste dans le saltus mortalis par-dessus la logique.
249. — La croyance aimée et voulue est la source de l'erreur. On évite l'erreur en se défendant de toute croyance volontaire ou passionnée, en se refusant à toute démarche arbitraire de la pensée, — en doutant. On ne doutera jamais trop, car le seul moment où il est raisonnable de sortir du doute est celui où l'on n'y peut plus rester. La science achevée est ce qui a subi l'épreuve de la critique et en a définitivement triomphé. 11 faudra donc que la critique se soit exercée, qu'elle ait saisi tout ce qui lui donnait prise, effrité tout ce qui cédait à son effort, trouvé la résistance qu'elle ne peut plus entamer. Le scepticisme, qu'on a considéré comme l'ennemi de la science, en est l'indispensable ouvrier; c'est lui et lui seul qui sépare le faux du vrai. 11 ne saurait être exagéré, puisqu'il s'impose nécessairement jusqu'à ce qu'il soit impossible.
Sans doute Descartes a distingué son doute « méthodique « de celui des sceptiques, « qui ne doutent que pour douter et affectent d'être toujours irrésolus ». Ces esprits qui font de la pensée un jeu, en suivent les débats comme un drame aux péripéties changeantes, avec tant de plaisir qu'ils craindraient plutôt de le voir se dénouer, s'intéressant à son manège, se désintéressant de son but, ne sont point amis de la vérité ; ils ne la cherchent pas, ils ne se soucient pas de la trouver et, s'ils la rencontrent, ils n'ont garde de s'y arrêter: ils seraient obligés de lui obéir. Mais la science ne saurait voir en eux des ennemis ; ils la servent involontairement, parce qu'ils la purifient. Les sceptiques n'auraient pas marqué leur trace dans
l'histoire de la pensée humaine s'ils n'avaient détruit des erreurs et dissipé des illusions. Ils ne font pas la lumière, mais ils dispersent des nuages.
250. — La science commence quand le doute devient impossible. Mais comment savons-nous qu'il est impossible? Parce que nous n'apercevons plus de raisons de douter? — Mais cela ne prouve pas qu'il n'y en ait pas. Toute science est croyance, a dit Renouvier : je crois savoir. Je méjuge suffisamment éclairé ; j'estime qu'un plus long examen ne m'apportera pas de lumières nouvelles et je prends le parti de m'arrêter à ce qui, pour le moment, me paraît être le vrai. Une assemblée délibérante, après avoir écouté des avis divers sur une de ces questions qu'on n'épuise jamais, prononce la clôture des débats et décide de passer au vote. Elle a des motifs de prendre cette décision : l'ampleur des débats lui a semblé proportionnée à l'importance du sujet; — l'action ne souffre pas de délai; l'avantage d'une étude mieux approfondie est compensé par l'inconvénient de ne pas aboutir à temps ; - — la majorité sent que le vote lui sera favorable à ce moment et pourrait lui échapper le moment d'après. La décision prise représente l'aspect sous lequel la question apparaissait au moment du vote, rien de plus. L'examen critique qui précède nos jugements réfléchis ressemble souvent à une délibération parlementaire. Selon qu'il est clos plus tôt ou plus tard, le jugement est différent. Ce n'est pas le jugement lui-même qui est un acte volontaire et libre. S'il revêt le caractère de l'évidence, nul effort de volonté ne peut résister à l'assentiment de l'esprit ; si l'évidence lui fait défaut, nul effort de volonté ne peut la lui conférer. Comment jugerais-je douteux ce que je sais être vrai, ou vrai ce que je sais être douteux ? Mais l'effort de l'esprit qui cherche est volontaire et peut être prolongé ou suspendu par un acte de liberté. Au cours de cet examen, la question présente des aspects successifs dont aucun n'est définitif, aucun n'est l'objet d'une croyance tant que l'examen continue. La croyance est l'aspect de la question auquel, pour des motifs extra-rationnels, on a voulu s'arrêter.
Tout jugement relèverait donc, d'une part, de fraisons qui peuvent le rendre logiquement nécessaire, d'autre part, de motifs qui ont déterminé à clore l'examen sans chercher davan- GoBLOT. — Traité de Logique. 25
tage. L'intelligence étant activité, il faut y considérer à la fois la nécessité logique et la liberté ; pour l'anti-intellectualisme, la légitimité du jugement dépend de la valeur pratique des motifs aussi bien que de la valeur théorique des raisons.
251. — Introduire, avec la liberté, l'arbitraire dans l'intelligence, c'est en exclure la raison et supprimer la logique. Qu'entend-on par liberté?
J'appelle libi-e ce qui dépend de ma volonté, ce qui reste en suspens tant que je délibère, ce qui peut indifféremment être ceci ou cela, et sera ceci ou cela selon la résolution que j'aurai prise, ce qui est et demeure indéterminé jusqu'à ce qu'elle soit prise. Mon acte est libre, en ce sens qu'il dépend de mon seul vouloir qui, à son égard, sera décisif. Mais dire que mon vouloir lui-même est libre, c'est dire qu'il est indépendant de ma délibération. Tandis que la liberté est le plus grand des biens pour un être qui a le double privilège d'être une raison et une conscience, le ^/6/'e-a/-é«7/-e anéantirait à la fois la raison et la conscience, la nécessité logique et l'obligation morale, en y introduisant la contingence. On ne démontre pas le déterminisme. L'hypothèse contraire n'est donc pas impossible. Mais, sans le postulat du déterminisme, nous ne pouvons plus raisonner relativement à des faits ; il n'y a plus de relation possible entre la pensée et le réel (208).
Les opérations du raisonnement sont logiquement arbitraires en ce sens que je fais telles opérations qu'il me plaît de faire, à la seule condition qu'elles ne soient point impossibles (173). Mais elles ne sont pas psychologiquement contingentes. Je les accomplis librement, mais non pas sans motif. La liberté dont il est ici question n'est pas du tout un libre-arbitre. Chaque opération est déterminée, dans le tissu des faits, i^ par des motifs (ou je sais que l'opération me conduira au but visé, ou je veux essayer si elle m'y conduira), 2^ par des mobiles (le désir de connaître et de comprendre). Elle est libre en ce sens qu'elle dépend de mon choix. Pour que je l'accomplisse, il faut et il suffit que je le veuille, mais il n'est nullement requis que je ne sois pas déterminé à le vouloir. Toute éducation intellectuelle et, en général, toute discipline, repose sur la supposition implicite d'un tel déterminisme, car elle consiste à introduire dans l'esprit des motifs propres à orienter favorablement
son activité : c'est par exemple l'amour du vrai et de rintcUigible, le goiît de la solidité définitive et de la précision parfaite, la crainte de l'erreur, la connaissance du danger des idées vagues et la terreur de ce danger, la défiance à l'égard de toute autorité dogmatique, des jugements reçus tout faits, des formules illusoirement claires et autres séductions intellectuelles ; c'est ensuite l'aptitude à se surveiller attentivement soi-même, à rester, par une sorte de dédoublement, le juge impartial d'une activité ardente et passionnée; joignez à cela des exercices d'assouplissement qui rendent les opérations de l'esprit plus aisées, plus rapides, plus sures et plus variées, et vous aurez tous les éléments de l'éducation intellectuelle. Ils supposent tous le déterminisme psychologique. Si d'aventure il fallait, dans la spontanéité de l'intelligence, faire une place à la contingence, tout ce qui serait soustrait au déterminisme se trouverait soustrait à l'éducation, car, d'une manière générale, on ne peut agir sur la nature qu'en vertu des lois qui la régissent.
Si l'intelligence, outre les règles logiques, est encore soumise à des obligations morales, la plus générale et la plus impérieuse de ces obligations est de porter l'examen, la axéù'.c, le scepticisme, jusqu'aux plus extrêmes limites du possible. C'est aimer ou vouloir sa croyance, au lieu d'aimer et vouloir la vérité, que de clore l'examen alors qu'il pourrait être prolongé. Une croyance ainsi obtenue ne saurait être logiquement fondée : le doute, encore possible, s'impose nécessairement; il est une obligation morale aussi bien qu'une nécessité logique, un acte de sincérité aussi bien que de prudence, un scrupule de la conscience autant que de la raison. L'examen n'est terminé que quand on se voit dans l'impossibilité de faire de nouvelles démarches, quand l'enchaînement nécessaire des raisonnements ne laisse aucune échappatoire, constitue une voie unique et continue sans aucune bifurcation.
Mais il peut nous arriver de ne pas voir les bifurcations. C'est pour cela que les anciens avaient jugé nécessaire de ne pas se fier à sa propre critique, de faire appel à celle d'autrui, de préférence à celle d'un adversaire. Socrate et Platon ont conçu la recherche de la vérité sous la forme sociale d'un débat entre deux ou plusieurs personnes, d'un dialogue; la méthode est une dialectique. Le raisonneur s'interdit de faire
un seul pas sans s'assurer que l'adversaire le fait avec lui, parce que lui non plus ne trouve pas d'autre issue. Mais ce n'est pas assez de se faire ainsi surveiller, critiquer et contrôler par un seul interlocuteur, il faut soumettre ses jugements au jugement de tous, les livrer à la publicité, appeler sur eux les plus amples débats. Il n'y a de vérité indiscutable que celle que tout le monde a été à même de discuter et que personne ne peut plus discuter, en sorte que le combat finisse faute de combattants. Fruit de la pensée' personnelle, la science et toute connaissance vraie est la dépersonnalisation par la socialisation de la pensée.
252. — La science achevée se réduit d'ailleurs à peu de chose. La géométrie élémentaire en est le plus parfait exemple, parce qu'elle est la plus anciennement achevée. L'ensemble des mathématiques, une grande partie de la physique, beaucoup de lois spéciales en chimie et dans les sciences biologiques peuvent être considérées comme des acquisitions définitives. Mais les lois d'une portée très générale sont souvent moins sûres ; au sujet de beaucoup d'entre elles, les débats sont encore ouverts, ou s'ils sont clos provisoirement, de nouveaux faits et de nouveaux aperçus pourraient les rouvrir. A parler rigoureusement, elles ne sont donc que des hypothèses. Elles garderont ce caractère jusqu'à ce qu'une expérience cruciale en apporte la seule vérification décisive. L'expérience cruciale est une bifurcation dont une des routes est fermée par la barrière infranchissable d'un fait.
La science en formation admet la probabilité, la vraisemblance, la simple possibilité; elle accueille à titre provisoire la conjecture et l'hypothèse. Elle se relie ainsi par une transition continue à la connaissance vulgaire, qui n'en diffère que par une plus grande imperfection. La critique ne se borne pas à séparer brutalement le certain de l'incertain, ce qui est scientifiquement connu de ce qui est tout à fait ignoré. On sait plus ou moins bien ; on affirme avec plus ou moins de réserves. S'il est une distinction à faire entre la connaissance scientifique et la connaissance vulgaire, c'est que la première sait qu'elle ne sait pas, tandis que la seconde ignore qu'elle ignore. La science est accompagnée de critique et de doute, la connaissance vulgaire est audacieusement dogmatique ou
naïvement crédule. Rien n'est moins scientifique que l'aveugle confiance des ignorants en ce qui est « scientifiquement connu » ; le savant se rend compte du caractère provisoire de ses assertions.
253. — La plupart de nos jugements, même scientifiques, résultent de débats qu'il a fallu clore sans les épuiser. Des motifs extra-logiques, dont les plus respectables sont des motifs moraux, nous déterminent alors soit à nous contenter de l'aspect provisoire sous lequel les questions nous apparaissent à ce moment, soit à prendre parti, devant le silence de la raison, pour la croyance qui semble pratiquement la meilleure. Rien n'est assurément plus légitime et d'ailleurs nous ne pouvons pas faire autrement. On peut donc donner son assentiment aux diverses philosophies anti-intellectualistes, qui sont toutes des philosophies du bonheur ou des philosophies de l'action, soit à l'une d'entre elles, soit à toutes ensemble dans la mesure où elles ne sont pas incompatibles, avec cette importante réserve toutefois, qu'elles ne sauraient justifier des convictions, des croyances, au sens d'assertions fermes, mais seulement des partis pris, des résolutions pratiques, provisoires et révisables: j'ignore, mais je ferai comme si ']e savais. Quand on sait qu'on s'est déterminé en vertu de motifs qui ne sont pas des raisons, on demeure nécessairement dans le doute, on suspend son jugement, tout en se portant résolument à l'action sans hésitation et sans scrupule. On a fait, comme l'a très bien vu Pascal, un pai^i. Mais la décision de la volonté n'implique ni n'entraîne l'adhésion de l'intelligence. Même, dès qu'on s'est rendu compte qu'on s'est prononcé par une décision de la volonté, l'adhésion de l'intelligence est impossible. Je croyais parce que je voulais croire : donc je ne crois plus. Toutes les philosophies qui justifient des croyances par leur valeur pratique leur ôtent par là même toute valeur dogmatique. Elles impliquent un aveu d'ignorance ; elles ne sont pas des assertions et des convictions, mais des hypothèses et partant des doutes.
254. — On peut cependant, et on doit, malgré tous les doutes, rester ferme dans son parti pris, « afin de n'être point irrésolu en ses actions pendant que la raison oblige
de Fêtre en ses jugements ». La seconde des maximes provisoires de Descartes, maximes adoptées pour des motifs pratiques et sans raisons théoriques, puisqu'alors le doute méthodique lui interdisait toute assertion, est de « ne pas suivre moins constamment les opinions les plus douteuses, lorsqu'il s'y serait une fois déterminé, que si elles eussent été très assurées ». 11 semble bien, d'ailleurs, que, dans la signification primitive du mot foi Çfides, zbitç, credo)^ l'idée de fidélité et, pour ainsi dire, de loyalisme l'ait emporté sur celle d'affirmation de l'esprit. La foi est d'abord l'adoption d'une direction de la vie ; elle consiste ensuite à ne pas l'abandonner « pour de faibles raisons, » par légèreté, inconstance ou trahison. C'est ainsi que la foi a pu être une vertu. En ce sens, le scepticisme rationnel n'est pas plus l'ennemi de la foi qu'il n'est l'ennemi de la science. L'assertion, le jugement sont une chose, la décision et la constance en sont une autre.
256. — La science est et sera probablement toujours très loin d'être suffisante pour diriger l'action. Elle n'a encore saisi que les lois les plus superficielles des faits les plus simples et les plus proches. Nous ne savons le tout de rien. Nous ne savons le commencement et la fin de rien. Le plus mystérieux, le plus impénétrable de tous les êtres de la nature, c'est nousmêmes. Nous ne savons ni qui nous sommes, ni d'où nous venons, ni où nous allons. Nous ne savons pas pourquoi nous sommes, ni pourquoi quelque chose est. La science projette quelques taches de lumière sur notre route ; elle ne l'éclairera jamais assez pour nous dispenser de marcher à tâtons. Il est vrai qu'elle est à peine commencée. L'homme est encore un enfant à l'école. Deux ou trois siècles de l'antiquité grecque, puis après une longue période pendant laquelle l'humanité ne conserve même pas tout entier le trésor acquis, quatre siècles de labeur moderne ne pouvaient suffire à sonder l'immensité de la nature. N'exagérons pas non plus les promesses de la science : si belles et si fondées que soient nos espérances, notre savoir sera toujours un minuscule flambeau dans l'abîme infini de notre ignorance.
En cheminant dans les ténèbres, nous pouvons nous dire qu'une démarche hardie et résolue est moins dangereuse que
les lenteurs, les hésitations, les tergiversations ", mais pouvonsnous dire que nous connaissions notre route, par le seul fait que nous avons décidé de la suivre ? Parce que nous avons saisi d'une main ferme notre bâton d'aveugle, parce que, grâce à lui, nous avons déjà évité des obstacles et des fondrières, pouvons-nous penser que nous voyons clair ? La science étant trop courte pour l'action, il est pratiquement nécessaire d'y mettre une rallonge ; mais ne cherchons pas à peindre cette rallonge des couleurs de la science et à masquer là jointure afin de, nous persuader qu'elle est, elle aussi, de la science, ou quelque chose d'équivalent, qu'elle est, elle aussi, de la vérité, autrement acquise et autrement fondée, mais encore de la vérité. Rien ne saurait prévaloir contre cette évidence : Ce que je ne sais pas, je l'ignorée ! Si je juge utile, salutaire ou obligatoire de m'y attacher, il ne faut pas que mon attachement soit une affirmation.
La croyance qui apaise, rassure ou console, la croyance qui préserve, qui affranchit ou qui fortifie, peut être qualifiée bonne^ mais n'est pas pour cela croyance vraie. Autant elle est légitime, raisonnable même comme décision de la volonté, autant elle est déraisonnable et intolérable comme assertion et jugement. Dans la notion de croyance, il y a quelque chose de louche : la croyance, c'est ce qui, sans être un acte de connaissance, veut se faire passer pour tel. La raison doit souvent accueillir la pensée qui n'est pas sa fille, la pensée qui vient du cœur, celle qui est l'œuvre de la volonté ou celle que la morale impose, mais que ce soit une fille adoptive et non un enfant supposé. Point de supercherie ! La raison doit désavouer ce qu'elle n'a point engendré.
Rendons hommage à ces philosophies anti-intellectualistes auxquelles nous devons de si hautes, si utiles et si bienfaisantes pensées. Mais renfermons-les dans leur domaine. Anti-intellectualistes, elles sontdes façons de scepticisme, et elless'autorisent de leur scepticisme même pour requérir des affirmations. Elles exigent que l'intelligence se prononce sur des problèmes au nom même de son impuissance à les résoudre. Elles ont le
I . « Et ceci fut capable dès lors de me délivrer de tous les repentirs et les remords qui ont coutume d'agiter les consciences de ces esprits faibles et chancelants qui se laissent aller inconstamment à pratiquer comme bonnes les choses qu'ils jugent après être mauvaises.» Descartes, Méth., III.
droit de conseiller une attitude, peut-être de la prescrire, elles sont peut-être capables de nous y contraindre, à condition toutefois que cette attitude ne soit point un jugement. Puisque tout l'effort de la Logique est de réaliser l'indépendance de l'intelligence, puisque toute notre défense contre l'erreur consiste à nous assurer que nos jugements ne sont déterminés que par des jugements, puisque cetensemble de qualités toutesmorales, de vertus, qu'on appelle esprit scientifique, puisque l'impartialité du juge, la loyauté, la droiture, la sincérité de l'honnête homme, puisque tout cela se ramène à soustraire la pensée à l'influence du sentiment et à l'arbitraire de la volonté, comment des motifs qui ne seraient pas des raisons prétendraient-ils légitimement déterminer et justifier des décisions qui seraient en même temps des jugements ?
Les écoles anti-rationalistes n'exagèrent point quand elles insistent sur ce qu'il y a de conventionnel et d'arbitraire dans la science. Toute science de pur raisonnement repose sur des conventions logiques. Le raisonnement exigeant toujours des principes, toute science repose sur des indémontrables. Ajoutonsquele domaine delà sciencCjCelui dont elleapris possession et celui qui s'ouvre à ses recherches, est infiniment trop étroit pour suffire au champ de l'action. Il est donc nécessaire de prendre parti sans savoir, pour des motifs d'ordre pratique dont aucune justification rationnelle n'est possible. On n'en saurait conclure ni le droit ni la nécessité de fonder des croyances sur nos ignorances et des assertions sur nos doutes. Toute tentative de ce genre, tout effort pour asseoir la certitude et le vrai sur les ruines de la raison et de la science, revient à souffler sa lampe pour y voir plus clair.
INDEX ALPHABÉTIQUE
Abstrait, abstraction, 3i, iii, 65, 8/^, 90, 95, ii/j, 118, 122, 126, 166, 169, 175, i84, i85, 193, 208, 217, 235, 2^5, etc.
Absurde (démonstration par 1'), 46, 84, 98, 174, 187, 189.
Accident, 70, 92, 191, 194, 195, 199, 200, 226.
— (conversion par), i48. Action, 199, 235, 24o, 248, 253, 254,
— à distance, 2o4.
Actuels (jugements), voy. Jugements
actuels.
Addition, 4o, 4i, 169.
Adjectif, 65.
Affirmatif, 25, 90, 97, voy. Jugements
affirmatifs.
Agnosticisme, 217.
Algèbre, 63, 82, 84 bis, i63.
— de la logique. Avertissement de l'auteur.
Alternative, ii3, i46, i5o, i5i,i74,
Amabimus, 99.
Analogie, 3o, 186, 192, 194, igô,
Analyse, analytique, 18, 29, 3i, 61, 68, 84, 88, 89, 90, 98, 160, 166, 186, 195, 197, 211, 222, 226, etc.
Analytiques (jugements), voy. Jugements analytiques.
Antécédent, 64, 120, I23, ia4, I25, 126, i46 sqq, 182, 187, 192, 198,
Antérieur (logiquement), 78, 88, 97 ^ io3, 210, 211.
Anthropocentrisme, 227.
Anthropomorphisme, 220, 227.
Antithèse, 97.
Apodictiques (jugements), voy. Jugements apodictiques.
Approximation, 43, 63.
Arago, 45, 197.
Arbitraire, 83, 84, 85, 91, 92, 94, 170, 173, 175, 196, 187, 192, 198, 200, 202, 2o5, 208, 210, 216, 246, 247, 249, 255.
Archimède, 179.
Aristote, I, i5, 46, 59, 70, 76, 95,
Aristotélicienne (induction), voy. Induction formelle.
Arithmétique, 4^, i63, i64, 179- — (proportion), 192.
Art, I sqq, 24, 3o. 32, 173, i84, 24o.
Artificielle (classification), Voy. Classification artificielle.
— (expérimentation), 191,
voy. Expérimentation.
Assertion, 49, 95, 97, 187.
Assertoriques (jugements), voy. Jugements asser toriques.
Atomes, 90.
Attribut (Spinoza) 9, (log.), 62, 65, 70, 106, 107, 108, 109, iio, 112, 114-119, 124, i36, i43.
Autorité, 98, 99, 25 1.
Automatisme, 5, 228, 2 33.
INDEX ALPHABÉTIQUE
Avantage, aSi, 282, 233, 234.
Axiome, 6, 160, 210, 2i4-
Bacon, 3, A7. 179, i83, 186, 189.
Baconienne (induction), voy. Induction.
Baralipton, ^5.
Barbara, 107, 117, 187, iA5, 189, i54.
Baroco, 107, i4o, i54.
Beaumont (William), 191.
Bergson, 21, 3o, 34, 35, 4i, io3.
Bernard (Claude), 191, 2o3, 222,
Bernardin de Saint-Pierre, 227.
Bernouilli (Jacqnes), 2 24.
BeRTHELOT, 322.
Bertrand, i64.
Besoin, 233.
BiCHAT, 282.
Bien et Mal, 235-24o.
Bocardo, i44» i55.
Bond, 45.
Bradley (méthode de), 45.
Broca (André), 228.
Broussais, 228.
Camestres, 107, i4o, i54, i56.
Cantoriens, 9 (note).
Caprice, 199, 200.
Caractère, 64, 69, 78 sqq, 90-95, 180, i4o, i4i, i56.
— important, 93, 98.
Caractères (subordination des), 98, 94.
Caractéristique (définition), voy. Définition caractéristique.
Cartésiens, voy. Descartes.
Catégories, 89, 97, 162.
Catégoriques (jugements), voy. Jugements catégoriques.
— (syllogismes), 46, 107.
Cause, causalité, Causes et raisons, 5,
Causalité (principe de), 47. 202, 21 5.
Celantes, i45.
Celarent, 107, 189, i45, i54, i56.
Cercle vicieux, 189.
Cercles d'Euler, 74.
Certitude, 174, 177, 190, 192, 326.
Cesare, 107, i4o, i54, i56.
Chrysippe, 46.
Circonstance, i84, 194, 195, 196, 200,
Claire (idée), 6i-64, 78, 86, 160, 389. Classe, 90 sqq, 189.
Classification, 70, 91-95, 174.
— artificielle, 92, 98.
— naturelle, 92, 98.
Classifications parfaites et imparfaites,
Coïncidence, 38.
Collection, terme collectif, 95, 108, 109, 189, i4i, i48, 180.
Collectifs (jugements), voy. Jugements collectifs.
Commodité, 68, 94, 127, 166, 2x3, 2i4.
Comparaison (jugements de), voy.
Jugements de comparaison.
Complémentaires (concepts), 58.
Complexes (propositions), 99.
Compréhension, 5i, 65-72, 78, 85,
Compréhensivistes, 180, i3i, 189.
Concept, i5, 49-94, 95, ii4, 118,
i3i, 189, 168, 217, etc.
Conceptualisme, 5i, 65, 82, 168.
Concordance, 176, 177.
— (méthode de), 186, 194,
— variée (méthode de), 177-
Concret, 65, 95, ii4, i85, etc.
Condition, conditionné, 120, x3i, x49, 160, 184, 187, 195, 2o4, 2x7, 220.
Conditionnel, 71.
Confuse (idée), 6i-64, 86, xo4, 389,
Conjonctifs (syllogismes), voy. Syllogismes conjonctifs.
Connaissance (théorie de), x, 10.
Connotation, connotatif, 5i, 65-73, 78, 85, x3i.
Conséquent, conséquence, 112, ii3.
INDEX ALPHABÉTIQUE
ii8, lao, ia3, la^, i25, 126, 1^6
sqq, 166, 169, 182, 187, 19a, 198,
ao3, aïo, 316, etc.
Constante (relation), 68, 122, laS,
ii5, i2(), 1^3, i8a, i83, 190, 193,
199, ai6, 226.
Constatation empirique, 29, 33, 39,
/io,63,8/i6is,88, 128, 1 65, 169,19/1.
— logique, 39, 102, io3, 110,165,166,169, 180, voy. Avertissscment de l'auteur.
Contiguïté, 38.
Contingence, contingent, 5, 53, 98,
99, loa, 122, i65, 199, 200, 201,
Continu, continuité, 4o, 71, 79, 90,
Contradiction (princ. de), lO, 3o, 4 7,
5i, io4, 106, 179, 210, 2i4.
Contradictoire, contradiction, 56, 57,
58, 60, 71, 84, 92, ii3, 123, i3/i,
Contraire, contrariété, 3i, 54,56, 57,
58, 59,92, ii3, i35, i46.
Contraposition, 147.
Contraste, 3o, 58, io4.
Convenance complexe (méthode de),