‹ Traité de logique;Chapitre 1 sur 228 · QUAI DES AUGUSTINS · texte numérisé non relu

QUAI DES AUGUSTINS

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Univ. of Mict J>EB 3

Arles logicœ quatuor numéro sunt, divisée ex finibus suis, in quos tendunt. Id enim agit homo in rationalibus , aut ut inveniat quod quœsiverit, autjudicet quod invenerit, aut retineat quod judicaverit , aut tradat quod retinuerit.

Bacon , de Dignitate et Augmentas scientiarum, lib. V, cap. 1.

Cette pensée de Bacon contient le plan du présent ouvrage, et pourrait lui tenir lieu de préface, si je ne désirais faire connaître plus explicitement comment j'ai essayé de remplir le cadre tracé, il y a deux siècles, par l'illustre chancelier d'Angleterre.

L'idée que je me fais de la logique est celle-ci : La logique doit nous apprendre comment se forme la connaissance scientifique et comment elle s'exprime.

En conséquence, cet ouvrage se divise en deux parties qui traitent, l'une de la formation de la science, l'autre de son expression.

Ces deux parties principales sont précédées d'une partie préliminaire renfermant des définitions et des analyses du fait intellectuel, qui m'ont paru indispensables pour la compréhension du

YJ PREFACE.

reste. Elles sont suivies d'une partie comp émentaire traitant de l'erreur et du scepticisme, et de la possibilité d'éviter l'un et l'autre par l'usage légitime de chacune de nos facultés intellectuelles, par l'emploi de la méthode modifié selon l'objet de la science, et par les dispositions qu'il convient d'apporter dans toute recherche de la vérité. J'ai cru qu'après avoir parlé des moyens d'arriver à la vérité et à la certitude scientifique, on ne pouvait se dispenser de dire quelque chose de l'erreur et de l'illégitimité du doute sceptique, qui nie la valeur de la science.

Quant aux deux parties principales qui constituent proprement cet ouvrage, je les ai réalisées d'après l'idée que je me fais de ce que doit être une logique complète.

Dans une étude quelconque, il y a trois choses et il n'y a que trois choses à faire : Observer les faits ; rechercher les lois des faits ; et, ces lois trouvées, en tirer les règles de la reproduction des faits. Toute étude à laquelle manque un de ces éléments, est une étude incomplète, et plus d'une fois les études de logique se sont trouvées dans ce cas.

Tantôt sous le nom d'idéologie, ou sous celui de théorie psychologique des facultés intellectuelles, on a décrit minutieusement les faits de l'intelligence humaine, sans s'élever jusqu'à leurs lois et sans dire les règles qui doivent présider à leur légitime formation et à leur expression.

PRÉFACE. Vlj

Tantôt sous le nom de logique, on a réuni toutes les règles qu'on avait pu découvrir ; mais en les réduisant le plus souvent , pour ne pas dire toujours, aux règles de l'expression du fait intellectuel par la parole. Ainsi séparé de l'analyse psychologique de l'intelligence , un tel système de règles se réduisait à une sorte d'empirisme peu satisfaisant.

Dans ces derniers temps , on a mieux reconnu l'importance de l'analyse des faits psychologiques, et l'on a basé sur elle toute la philosophie, et par conséquent la logique. Les deux traités de logique les plus récents que nous possédons, celui de M. Damiron et celui de M. Charma, font reposer toutes les règles sur l'analyse psychologique.

A chaque page de sa logique, M. Damiron rappelle les observations psychologiques qu'il a faites sur l'intelligence dans son cours de psychologie, et il établit avec cette force de raison et de style dont il a le secret, la nécessité indispensable d'appuyer les règles sur les analyses psychologiques.

M. Charma (2e Leçon) , fidèle au même principe, reconnaît que « avant de chercher la loi à laquelle » un agent déterminé doit se soumettre , il faut » connaître cet agent. » Et , en conséquence , il divise sa logique en deux sections: 1° la théorie de l'intelligence ; 2° sa législation.

Comme ces deux maîtres, comme toute la philosophie moderne , j'ai pensé que les règles de la logique doivent reposer sur l'analyse psycholo-

Vllj PREFACE.

gique des faits de l'intelligence; seulement je n'ai pas cru devoir séparer la description du fait, la théorie de ses lois, et l'exposé des règles qui assurent son légitime accomplissement. L'expérience des classes m'a fait reconnaître que, quand on sépare par un intervalle plus ou moins long l'analyse d'un fait intellectuel et l'exposé de sa loi ou de sa règle, on s'expose, arrivé à la règle, à ne plus se souvenir de l'observation qui lui sert de base ; il faut alors la rappeler pour justifier la règle; et puisque pour mieux saisir leurs rapports, il faut rapprocher l'analyse et la règle, j'ai pensé qu'il valait mieux ne pas les séparer du tout. En physique, il n'y a pas une partie qui contienne la description des faits, une autre les lois et les règles ; aussitôt le fait exposé , on en dit la loi , quand on la connaît , et les règles de la reproduction. L'optique, par exemple, se compose de tout ce qui se rapporte à la lumière, faits, lois, règles, etc. J'ai voulu en faire autant pour la logique. Selon moi, l'objet de la logique n'est pas seulement la direction de l'intelligence, mais encore l'étude de l'intelligence; la direction après l'étude; et un traité de logique doit comprendre la description du fait intellectuel, la théorie de ses lois, l'exposé des règles qu'il doit reconnaître, soit dans son état psychologique et de pure pensée, soit dans sa manifestation par la parole. C'est pourquoi je n'ai point voulu séparer l'étude des faits de l'exposé des règles; mais partout j'ai d'abord décrit le fait, puis exposé im-

préface. im-

médiatement les lois que l'observation avait permis de saisir, et enfin les règles qu'il doit reconnaître pour servir à la formation de la science , qui est le but dernier de tout développement intellectuel.

C'est pourquoi encore tout dans ce Traité se rapporte à la formation de la science; ce que j'ai voulu exprimer par le second titre que je lui ai donné.

C'est dire que le procédé d'investigation et le procédé de démonstration y sont traités avec une égale importance. Trop longtemps la logique d'Aristote mal comprise, j'aime mieux dire, mutilée par lascolastique, fit réduire la logique elle-même à l'étude exclusive du raisonnement déductif. Ces temps sont heureusement passés ; nous marchons librement à la conquête des principes de la science, et nous ne nous les laissons plus imposer par une autorité. Il importe donc de tracer les règles qui doivent légitimer nos conquêtes. Aussi j'ai fait en ce Traité une très -large part à l'induction. Mais toutefois je n'ai point voulu me rendre coupable d'une injustice qui n'est que trop souvent commise depuis que nous connaissons la valeur du procédé recommandé par Bacon, je veux dire, l'oubli dédaigneux où on laisse le procédé déductif et l'étude de la logique d'Aristote. La déduction est aussi légitime et tout aussi importante que l'induction ; l'étude d'Aristote est donc tout aussi importante que celle de Bacon. C'est pourquoi encore :

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