‹ Traité de logique;Chapitre 105 sur 228 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Du langage en général et de ses rapports avec la pensée.

173. Tout mouvement organique produit, soit instinctive ment, soit librement, dans le but d'exprimer une modification interne, est dit langage. Il y a donc, à proprement parler,

autant d'espèces de langages qu'il y a d'espèces de signes propres à manifester la pensée.

174. De ces signes ou langages, les uns sont dus à des modifications prises immédiatement dans notre propre et naturelle organisation -, ils sont en même temps passagers : par exemple, les gestes, les cris, la parole. Les autres sont, au moyen de cette même organisation, pris hors de nous dans des modifications matérielles que la nature ne nous a pas données ; ces langages sont ou peuvent être toujours plus ou moins durables : par exemple, le dessin, la sculpture, les emblèmes, l'écriture, etc. Les premiers, dont le caractère est d'être immédiats et passagers , sont dits par nous langages naturels; et, par opposition, les seconds, médiats et durables, sont dits langages artificiels. On voit de suite que les seconds ne sont que la traduction et la fixation des premiers. Ainsi, le dessin , la sculpture traduit et fixe le geste , comme l'écriture fixe la parole , etc.

Mais ces langages naturels ou artificiels peuvent et doivent encore être considérés sous un autre point de vue, qui donnera lieu à une autre division. En effet , il y en a parmi eux qui, de leur nature, sont compris généralement par tout le monde. Ainsi, l'air menaçant de la colère, l'irritation du visage, effrayent même l'enfant au berceau, tandis qu'il est égayé par des accents de joie, par un visage calme et bienveillant ; et assurément ce n'est ni l'expérience ni une convention qui lui ont appris que tels accents ou telles dispositions du visage étaient les signes de telles ou telles dispositions intérieures. Cette propriété qu'ont ces langages d'être compris de tous nous les fait dire langages naturels-absolus ; non pas que cela signifie que l'homme ne puisse réduire ces signes à une sorte d'art et de méthode, ni leur donner une valeur de convention qui en ferait une énigme incompréhensible pour ceux à qui le mot n'en aurait pas été livré, cela veut dire seulement que d'eux-mêmes, et indépendamment de toute convention, ces langages ont une signification naturelle et compréhensible

Page 1