‹ Traité de logique;Chapitre 115 sur 228 · DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE I

dant de montrer que c'est à tort que l'on a donné à celte question une importance religieuse qu'elle ne saurait avoir.

Quand nous avons dit plus haut que la solution historique delà question de l'origine du langage manquait absolument, nous avons voulu parler des monuments vraiment historiques ; car, dans l'histoire de la création , racontée par le législateur des Hébreux , à peine le premier homme et la première femme sont-ils sortis des mains de Dieu, que Dieu converse avec eux ; ce qui semble supposer qu'il leur avait donné , en même temps que la vie , la langue dans laquelle il parlait et recevait les réponses.

C'est précisément celte solution qui a fait attacher tant d'importance à cette question et aux diverses solutions qu'on en a données. Cependant, la solution qui consiste à constater la possibilité de l'institution humaine de la parole, ne contrarie en rien la solution biblique ; elle se réduit à de pures considérations philosophiques. Elle n'a jamais affirmé ni pu affirmer que la parole a été d'institution humaine ; les monuments historiques manquent pour soutenir une assertion quelconque à ce sujet. Comment donc s'expliquer l'importance donnée à cette question ?

1° On a craint que la possibilité de l'institution humaine de la parole étant une fois admise, on n'en tirât celte conséquence qu'elle avait été réellement instituée par l'homme; tandis que l'impossibilité de l'institution une fois admise, il fallait bien admettre cette conséquence que, puisque la parole existe, l'homme l'a reçue toute faite.

2° On a dit que la question n'avait plus à être examinée , qu'elle était résolue , entièrement résolue par l'autorité du même livre, puisqu'il affirme que, dès le principe, Dieu parla à l'homme. Cette expression, loin de résoudre la difficulté , laisse le champ libre aux interprétations. Dire que Dieu parla à l'homme, est-ce nécessairement direqu'il ait eu voix et langage articulé ? N'est-il pas plus simple de croire que c'est comme source de toute vérité, de toute lumière, et de toute pensée, qu'il se fit sentir à l'homme et l'éciaira ? Chacun des progrès des sciences physiques , astronomiques et géologiques nous apprend que l'on doit entendre dans un sens figuré les expressions de cet antique monument de la pensée religieuse, et non les interpréter littéralement.

3° Enfin, on a prétendu que la puissance, et surtout la bonté de Dieu, se manifestaient d'une manière plus glorieuse en donnant à l'homme une langue toute faite.

La puissance, la bonté et la gloire de Dieu ne sont nullement intéressées dans la solution qui trouve en l'homme les facultés néces-

222 TRAITÉ DE LOGIQCjE.

saires et suffisantes pour l'institution de la parole. Si les premiers hommes ne sont pas nés parlant» pas plus qu'ils ne sont nés se souvenant, ils avaient les facultés nécessaires à l'exercice de la parole, comme ils avaient la faculté de se souvenir. Or, ces facultés, l'intelligence et la volonté, l'homme se les doit-il à lui-même ? Ne sontelles pas, au contraire, les plus belles œuvres de la création, et toutes les conquêtes que l'homme leur doit ne tournent-elles pas en définitive à la gloire de Dieu, et ne proclament-elles pas sa puis sance et son inépuisable bonté ? Dire que l'homme se sert des facultés qu'il tient de son Créateur, ce n'est pas dire que l'homme les crée et les constitue. Admettre que l'homme a produit en actes la parole, don sublime qu'il avait reçu en puissance seulement, croire qu'il a usé de ses nobles facultés , qu'il tient de Dieu encore une fois, pour se faire un moyen de communication avec ses semblables, et un puissant instrument de développement, ce n'est en rien diminuer l'idée que nous devons nous faire de la puissance et de la bonté de Dieu, et nous n'avons pas moins à reconnaître et à bénir son infinie munificence (").

Ainsi , en résumé , l'importance donnée à la solution de cette question est exagérée. Ce qu'il y a d'important à étudier, lorsqu'on s'occupe de la parole, c'est d'en apprécier exactement les effets et l'usage que l'on peut et que l'on doit en faire pour favoriser le développement de notre intelligence , trouver en elle un instrument de vérité, et empêcher qu'elle ne devienne un instrument d'erreur.

Page 1