DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE II
Ces mots ont cela de commode, qu'un seul suffît pour désigner un mode légitime, qui sans cela ne pourrait l'être qu'avec de longues explications. Ainsi, BQcardo, par exemple, désigne un syllogisme composé des propositions représentées par les trois voyelles o, a, o ; ce qui veut dire que sa majeure et sa conclusion doivent être des propositions négatives particulières, et sa mineure une affirmative universelle ; et, comme il est de la troisième figure, le moyen terme doit être le sujet des deux prémisses.
Dans ces mots les voyelles n'ont pas seules une signification; les consonnes en ont aussi une. On peut remarquer que les mots représentant les quatre modes de la première ligure commencent chacun par une consonne différente B, C, D, F; et que ces consonnes sont également les lettres initiales des mots des autres figures. Voici la raison de cette identité. Tous les modes indirects doivent se ramener aux modes directs de la première figure. Or, pour faire disparaître la difficulté de se rappeler à quel mode direct il faut ramener tel ou tel mode" de telle ou telle ligure, on a donné pour consonne initiale à chacun des modes indirects celle du mode de la première figure auquel il doit être ramené. Ainsi tous les modes qui commencent parB, doivent être ramenés à Barbara, par C, à Celarent etc. Telle est donc la valeur de la consonne initiale de chaque mot. Mais, pour qu'un mode indirect soit ramené à un mode direct, il doit subir certains changements, tels que la conversion de l'une ou des deux prémisses, leur transposition, etc. Parmi les consonnes qui entrent dans le corps de ces mots, quatre sont destinées à indiquer et à rappeler le changement à opérer, ce sont : S, P, M, C— -Sindiqueuneconversion simple;?, une conversion par accident; M, la transposition des prémisses; G, la réduction à l'absurde. Ce que l'on a exprimé par :
S vult simpliciter verti, P vero per accid. M vult transponi ; Cper impossibile duc'.
Le changement indiqué par une de ces lettres doit tomber sur la voyelle qui précède immédiatement, e'est- à-dire sur la proposition que cette voyelle représente. Ainsi dans Cesare, c'est sur la majeure E que doit tomber îa conversion simple indiquée par S : ainsi le mode Gamestres doit être ramené à Celarent, ce qu'indique le G initial, par la transposition des prémisses, ce qu'indiqueM, et par la . conversion de la mineure et de la conclusion, toutes deux suivies de S.
Si la consonne initiale indique à quel mode direct on ramène un mode indirect, elle n'indique point dans quel mode un syllogisme
30/j. TRAITÉ DE LOGIQUE.
donné peut se démontrer par la réduction à l'absurde. Pour lever cette difficulté on a imaginé les trois formules suivantes : nesciebatis pour les cinq modes indirects de la première figure ; odiebam pour les quatre modes de la seconde; letare romams pour les six modes de la troisième. Chaque formule a, comme on le voit, autant de syllabes que la figure a de modes, et chaque syllabe répond par ordre à un des modes, ainsi, dans la seconde figure, Camestres étant le second mode répond à I seconde syllabe vFodiebam. Et cela indique que la démonstration par l'impossible ou réduction à l'absurde doit ramener le syllogisme en Camestres au mode de la première figure dont la conclusion est en I Darii. Datisi qui répond à TO de romanis se démontre en Ferioy etc.
Telle est l'explication de ces lettres et de ces mots techniques si longtemps vantés outre mesure avec la théorie qu'ils simplifiaient et plus tard si décriés et si méprisés, parce qu'on n'appréciait plus leur utilité dans une étude dont on ne voulait plus d'ailleurs reconnaître l'importance.
271. Enfin les règles générales qui furent explicitement formulées par Aristote (Prem. anal. liv. I, ch.24et25) , ou qui implicitement contenues dans sa théorie ne furent formulées que plus tard, ont été elles-mêmes renfermées dans les vers suivants :
Terminus esto triplex, médius, majorque minorque ; Latiùs hune (terminum) quàmprœmissœ conclusio non vul' ,
Aul semel aut iterum médius generaliter esto,