‹ Traité de logique;Chapitre 16 sur 228 · PARTIE PRÉLIMINAIRE. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PARTIE PRÉLIMINAIRE. CHAPITRE II

core connu. Connaître pour la première fois Alexandre et ses actions , voir et juger nécessairement qu'il possède et réunit tel caractère et telles qualités que plus tard on nommera, ne suppose aucune idée préalable de ce caractère , de ces qualités , puisque c'est la première fois qu'on les voit , et cependant on juge, et on juge positivement qu'il les possède. Quand je vois pour la première fois un objet inconnu et d'une couleur inconnue , et que je connais et que je juge qu'il est de cette couleur, ce jugement ne résulte pas d'une comparaison entre l'idée de cet objet et l'idée de cette couleur, puisqu'il a été formé en moi avant que par un acte d'abstraction j'eusse isolé l'idée de l'objet et l'idée de sa couleur, puisque, d'ailleurs, cet objet et cette couleur m'étaient inconnus ; et cependant je n'en connais pas moins et je n'en juge pas moins que cet objet est de cette couleur.

Il y a donc des jugements qui ne résultent point de la comparaison de deux idées et de la perception d'un rapport résultant de cette comparaison. Il y a plus , c'est qu'aucun jugement primitif ne reconnaît cette loi , fondement de la théorie de Locke. Quand la connaissance arrive, elle n'est point, répétons-le , la combinaison de deux idées préalables , acquises toutes deux séparément et relatives, la première à l'objet pris à part, et la seconde à la qualité également prise à part. Le fait intellectuel arrive simultanément, instantanément; on voit l'objet et sa qualité, ou on ne voit rien du tout; ce qui ne veut pas dire que dans certaines circonstances , ayant déjà de perceptions antérieures dégagé l'idée d'un certain objet et l'idée d'une certaine qualité, nous ne soyons désireux de savoir si cette qualité appartient à cet objet , que pour le découvrir nous ne rapprochions et comparions l'idée de cet objet et l'idée de cette qualité , et qu'il ne résulte une connaissance , un jugement de ce rapprochement : nous voulons dire seulement que ce n'est pas là le caractère nécessaire et essentiel de tout jugement.

La conséquence de la théorie de Locke serait de faire reje-

ter comme illégitime loul jugement qui ne serait pas le résultat d'une comparaison et la perception d'un rapport de convenance ou de disconvenance entre deux idées comparées. Hume n'a pas craint d'admettre cette conséquence , ainsi que nous le verrons plus loin (44) . Et comme les connaissances ou jugements qu'il faudrait rejeter par suite de cette fausse théorie sont les plus importants qui se forment en l'être intelligent , c'est une raison de plus pour donner toute son attention à bien reconnaître la nature du jugement.

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