‹ Traité de logique;Chapitre 160 sur 228 · DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE II

Bacon parut (1561—1626), et dédaigneux de toute cette méthode logique qui s'était épuisée à se découvrir elle-même sans s'appliquer à rien et sans rien produire, il la proscrivit et voulut la remplacer par la méthode d'observation. Descartes (1596 — 1650) en fit à peu près autant. Ses disciples de Port-Royal, moins prévenus que lui, voulant donner une logique « propre à former le jugement et y> à rendre plus facile et plus sûr le discernement du vrai et du )> faux » (Log. de P. R. premier discours prélim. 1664), y firent entrerun abrégé de la théorie du syllogisme d'Aristote, mais en suivantune autre méthode d'exposition et de démonstration que l'inventeur de cette théorie.

Pour exposer et démontrer sa théorie du syllogisme, Aristote, ainsi que nous l'avons vu(262;, procède par observation et généralisation (*), examinant un à un tous les modes d'une figure, adoptant les concluants, rejetant les autres et dégageant tout ce qu'il y a de commun dans ces modes concluants, pour le formuler en règles de cette figure ; puis enfin couronnant le tout par des règles communes à toutes les figures et résultant d'une généralisation plus élevée. L'auteur de P. Pi. pose d'abord des axiomes ou principes généraux sur les propositions affirmatives et négatives, universelles et particulières, et de ces principes il tire des règles générales communes à toutes les figures, et, au moyen de ces règles une fois démontrées, il détruit d'un seul coup, comme illégitimes et non conformes à ces règles, cinquante -quatre modes sur soixante-quatre que donnent les quatre propositions A, E, I, 0, prises trois à trois. De ces mêmes règles générales et de la nature des différentes figures il tire les règles spéciales de chacune de celles-ci et rejette encore comme illégitimes ceux des dix modes conservés qui n'y sont pas conformes et qu'Aristote avait pris la peine de renverser un à un. Aristote avait procédé inductivement ; P. R. procède déductivement. Sa théorie est d'ailleurs exactement celle d'Aristote : de plus il emploie pour l'cclaircir toutes les règles et tous les procédés mnémoniques que la scolastique avait accumulés sur ce sujet.

Cela fait, l'auteur de P. R. expose naïvement (**) que l'ensemble

(*) Locke (Essai, \\v. iv, ch. 17, §4) fait remarquer, avec autant de raison que de nialiee, « qu'Aristote découvrit la légitimité des formes concluantes » du syllogisme, non par le moyen des formes mêmes, mais par la voie ori- » ginale de la connaissance, c'est-à-dire par la convenance manifeste des » idées. « Il aurait pu ajouter que c'était par voie d'observation , d'expérimentation et de comparaison. »

(**) En tête du ch. 3 de la IIIe partie, l'auteur dit avec la même sincérité :

de toutes ces règles lui parait parfaitement inutile «pour que notre » esprit puisse juger si un argument est concluant; que cela a fait » penser qu'il fallait qu'il y eût des règles plus générales sur lesy> quelles mêmes les communes fussent appuyées, par où l'on recon- » nût plus facilement la bonté ou le défaut de toutes sortes de syllo- » gismes (IIIe partie, ch. 10).... et que sans prendre garde aux y> figures et aux modes on peut en juger par ce seul principe géné- » rai : que l'une des deux propositions doit contenir la concluy> sion et Vautre faire voir quelle la contient.)) (IIIe part, ch. 11.) Voilà donc le principe définitif où viennent aboutir les travaux immenses de la scolastique, des commentateurs latins, des commentateurs grecs, des commentateurs arabes et de tous les philosophes qui de près ou de loin s'étaient pendant deux mille ans occupés de la théorie du syllogisme! Après la logique de P. R.,ce principe non-seulement domine toutes les théories ou toutes les simplifications qu'on essaye de donner, mais il finit par remplacer à lui seul toutes les autres règles, sous la dénomination de règle uniquedes modernes. Dénomination fastueuse qui semble indiquer une invention merveilleuse dont les anciens n'auraient pas eula moindre idée, un dernier résultat des efforts de lesprit humain î En vérité, quand on voit les travaux d'Aristote sur le syllogisme, quand on réfléchit à la profondeur de sa théorie et qu'on la voit elle-même continuellement dominée par ce principe qui paraît dans toutes ses expressions (*) et semble à chaque instant prêta s'en échapper tout formulé, on est \raiment tenté de se demander s'il ne l'a pas vu aussi nettement que Port-Royal, s'il ne Ta pas rejeté comme peu utile par sa généralité même, et si vraiment ce principe unique a bien toute la valeur que lui ont accordée les modernes. Assurément sous le point de vue de la vérité, ce principe est inattaquable, puisqu'il est, sous forme de règle générale, l'expression même de la nature du syllogisme : mais, pour le répéter, c'est sa généralité même qui le rend stérile. Cette règle unique ressemble à une théorie d'hygiène qui réduirait tous ses préceptes à celui-ci : portez-vous tien. Assurément il est vrai et tout le monde sait que pour n'être pas malade il faut se bien porter, mais ce qu'on ne sait pas c'est ce qu'il faut faire ou éviter pour se bien porter. Dire qu'un syllogisme est

« Ce chapitre et les suivants, jusqu'au douzième ( c'est toute la théorie du » syllogisme), sont de ceux qui contiennent des choses subtiles et néces- » saire» pour la spéculation de la logique, mais qui sont de peu d'usage.

(*) Pour dire qu'une chose doit être attribuée à une autre, Aristote dit que cette première chose est dans la seconde. Cf. p. 288, note (*).

?/&/& a&j£û</vy//s

/If. / iÇrs 2

jfyé

OJetauu/ ftt&.x 11 à) ù «?.IG

Page 1