DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE T
vrer à cet examen , il faut encore se hâter de sortir du doute, en recherchant si la vérité qui ne nous semble pas suffisamment établie est du nombre de celles que les corps savants admettent et protègent. En ce cas , il faut l'admettre nousmêmes -, car le doute nous est venu, non de la faiblesse du principe lui-même, mais de la faiblesse de la démonstration. Le silence et le mépris feraient justice de celui qui, au nom de l'indépendance de la pensée, prétendrait ramener la controverse sur des points constatés : la pesanteur de l'air ou le mouvement de la terre. La liberté ne consiste pas dans un doute rétrograde qui compromettrait le progrès intellectuel et condamnerait l'humanité au métier de Pénélope et au tonneau desDanaïdes.
288. 2° Les procédés généraux pa^ lesquels on assure ou facilite le souvenir ont été indiqués ci-dessus (133-135). On se rappelle que tout procédé de ce genre dépend de l'attention et de la liaison des idées fondée sur les rapports des choses. Nous n' a\ons qu'à en faire l'application à l'instruction reçue. L'attention exige qu'on évite de recevoir l'enseignement dans des dispositions purement passives. Tout ce qu'on écoute sans l'inventer, fuit presque à l'instant de la pensée. Il faut agir, déployer ses moyens, fatiguer son intelligence, sous peine, par un demi-travail, de n'obtenir pas même un demi-succès. Cette règle est plus nécessaire à observer dans les sciences de raisonnement pur, mais elle s'applique à toute espèce d'étude, même à celles qui se composent de faits, et qui excitent le plus l'attention par l'aiguillon delà curiosité. Ce n'est pas assez de l'attention que l'on donne pendant la leçon, il faut puiser dans cet enseignement rapide de longs sujets de méditation et d'étude. L'intervalle qui sépare les leçons offre pour cela un avantage important, qui est de ralentir forcément la marche du disciple. Mais pour profiter de cet avantage, il faut remplir cet intervalle par des méditations sur ce qui précède, par des préparations à ce qui suivra. Il est indispensable de s'accoutumer à prendre des notes aussi rapides que la parole , et il y
a de l'importance à dresser son aUcnlion au double travail de saisir la pensée et d'en condenser l'expression. Ce travail est infiniment utile et de beaucoup préférable à toute espèce de procédé sténographique. Il y a également beaucoup d'avantage à répéter les leçons que l'on reçoit, soit qu'on s'en entretienne avec un condisciple, soit qu'on ait occasion d'enseigner ce qu'on apprend, ou simplement qu'on s'en rende compte à soi-même de vive voix. On n'analyse jamais mieux ses pensées que lorsqu'on est obligé de faire comme si on les communiquait aux autres ; il est bien rare qu'on ne se contente pas d'unà-peu-près, souvent très-négligé et très-obscur, lorsqu'on les concentre en soi-même et qu'on ne fait que les entrevoir. Aussi l'habitude d'exprimer ses pensées à haute voix est une des plus heureuses que les jeunes gens puissent contracter. Quand on s'est ainsi assuré que les idées ont été retenues et qu'elles se lient sans effort les unes aux autres, il convient de les écrire et d'en lire la rédaction plusieurs fois et à haute voix afin d'en corriger les défectuosités. Comme rien n'aide tant la mémoire que la liaison des idées qui résulte d'une division bien ordonnée, il importe de bien saisir les divisions qui dominent un enseignement, c'est non-seulement un moyen de rendre l'instruction durable en permettant à la mémoire de saisir l'ensemble et les détails, mais un moyen de se former le jugement et de contracter d'heureuses habitudes intellectuelles.