‹ Traité de logique;Chapitre 169 sur 228 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Bes leçons.

286. Tout homme qui est enseigné et qui veut faire usage de ses facultés pour rendre profitable l'enseignement qu'il reçoit, doit nécessairement se proposer deux choses : 1° reconnaître les vérités qui lui sont offertes ; 2° retenir celles qui ont reçu son approbation.

287. 1° Une vérité offerte à notre examen est pour nous une vérité presque à inventer. Mais d'ordinaire , l'enseignement se fait en indiquant avec détail les raisons qui fondent une vérité ; et en présentant la facilité d'obtenir des éclaircissements, soit qu'on les demande, soit que l'auteur des leçons les donne à l'instant où divers symptômes en font sentir le besoin. D'où il résulte que celui qui est enseigné n'a qu'à prêter son attention à l'exposé des faits et à la suite des raisonnements qui composent l'instruction qu'il reçoit.

Mais jusqu'à quel point le disciple doit-il donner crédit à la parole du maître ?

Aristote a dit : As"? rcurceueiv tôv (xavôàvovxa. S'il veut dire par là qu'il faut que le disciple ait confiance en celui qui l'enseigne, rien ne nous paraît plus vrai et plus nécessaire, s'il veut dire qu'il faut que le disciple croie et adopte, nous croyons que cela est encore vrai et indispensable dans l'enseignement des premiers cléments, quand notre intelligence n'est ni assez forte ni assez riche pour nous permettre l'appréciation critique ; mais nous croyons en même temps que, lorsque l'esprit est assez développé et assez viril pour discuter sévèrement ce qui lui paraît douteux, et lorsque nous avons le temps et les moyens de le faire, ce serait une faiblesse indigne d'une créature intelligente d'accorder , sans examen , en matière de science , quelque poids à l'autorité du maître sur des faits qui nous paraissent douteux, ou des raisonnements qui ne nous semblent pas légitimes (*). Et en tous cas, une instruction que Ton ne confie qu'à la mémoire et que l'on n'acquiert pas soi-même, en vérifiant les principes, n'exerce pas le jugement et n'est qu'une instruction imparfaite. Comme tout se tient dans un enseignement bien ordonné, et que chaque vérité doit être appuyée sur celle qui précède et préparer celle qui suit, une vérité douteuse est capable de jeter de l'incertitude sur tout ce qui doit suivre, et faire entièrement perdre le fruit de l'enseignement. Aussi, ce qui est très-important, c'est de ne jamais rester dans l'état de doute , mais de se hâter d'en sortir par la vérification des faits et l'examen des raisonnements. Lorsque nous n'avons ni le temps ni les moyens de nous li-

(*) Voici sur ce sujet la pensée de Fénelon : « Les hommes peuvent nous » parler pour nous instruire ; mais nous ne pouvons les croire qu'autant » que nous trouvons une certaine conformité entre ce qu'ils nous disent et » ce que nous dit le maître intérieur (la raison). Après qu'ils ont épuisé tous » les raisonnements, il faut toujours revenir à lui, et l'écouter pour la déci- » sion. Si un homme nous disait qu'une partie égale le tout dont elle est » partie, nous ne pourrions nous empêcher de rire, et il se rendrait mépri- » sable , au lieu de nous persuader. C'est au fond de nous-mêmes , par la » consultation du maître intérieur, que nous avons besoin de trouver les » vérités qu'on nous enseigne, c'est-à-dire qu'on nous propose extérieu- » rement.» (De l'exist. de Dieu, ch. 6, § 3, De la raison de l'homme.)

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