‹ Traité de logique;Chapitre 173 sur 228 · DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE VI

justes et actifs que chercher des occasions bien choisies et bien liées d'exercer leur propre invention. Sans travail et sans attention on ne peut ni comprendre, ni juger, ni retenir; triple objet que l'on doit se proposer dans la méditation de tout ouvrage de science.

Pour remplir le premier objet, il y a deux choses à considérer, l'intelligence du texte , et celle des raisonnements. Sans la première, la seconde est impossible -, il importe donc de bien peser tous les mots, de fixer le sens que leur donne l'auteur avec un soin extrême, soit en se pénétrant bien de ses définitions, soit en consultant un bon dictionnaire, soit en recourant aux lumières d'autrui. Il faut ensuite saisir le sens de chaque phrase, rechercher la liaison que les phrases ont entre elles, et leur degré d'importance par rapport au tout 5 ne marcher qu'avec une sage lenteur, se rendant compte à soi-même des idées de Fauteur, revenant sans cesse sur ses pas ; distinguer les principes des conséquences ; suppléer aux idées intermédiaires qu'un raisonnement rapide aurait pu omettre, et s'efforcer de faire de toutes les parties un ensemble bien lié et facile à saisir. En lisant ainsi, on lit moins, mais on lit mieux. Non multa, sed multùm.

Lorsqu'il s'agira d'apprécier justement un ouvrage , on pourra le faire par des notes où l'on examinera si le plan est simple, naturel et bien lié dans toutes ses parties, si les principes sont exacts, si les conséquences sont justes, si les démonstrations réunissent la vigueur et la clarté à la brièveté et à l'élégance, si l'on voit le motif de tout -, enfin, s'il règne dans l'ensemble et dans les détails cette liaison qui diminue le travail de la mémoire et dévoile l'esprit de la science.

La faiblesse de notre mémoire nous impose la nécessité de ne lui confier que le moins de choses possible; de là la nécessité de faire des précis de nos lectures. Un précis destiné adonner une idée de l'ensemble d'un ouvrage et à venir au secours de notre mémoire, doit ne renfermer que les principes fondamentaux, les vérités dont on a tiré un grand nombre de con-

séquences, et disposées de telle sorte que leur liaison puisse être aisément aperçue , et nous permette de retrouver par le raisonnement toutes les idées intermédiaires qui manquent. On comprend dès lors que les précis doivent varier en étendue suivant que Ton est doué de moins ou de plus de mémoire, de moins ou de plus de facilité à raisonner et à retrouver les idées intermédiaires , suivant que l'on a plus d'âge et plus de connaissances, et de là la nécessité impérieuse de faire soi-même les précis des ouvrages que Von veut sérieusement connaître, et de les mettre en juste proportion avec sa mémoire, ses connaissances et l'étendue de son intelligence.

Page 1