‹ Traité de logique;Chapitre 175 sur 228 · DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE VII

là la transmission par un moyen quelconque de faits que nous n'avons plus la possibilité de vérifier.

De l'impossibilité de la vérification il suit que, pour que la science accepte ce témoignage comme une acquisition légitime, il faut qu'il satisfasse à certaines conditions. De ces conditions, l'une est relative à celui qui reçoit le témoignage, les autres aux témoins.

294. La condition relative à celui qui reçoit le témoignage, est qu'il le comprenne bien. Trop souvent on ne fait pas attention à l'exacte signification des termes, d'où il suit qu'un témoignage est compris dans un sens tout différent de celui dans lequel il avait été énoncé.

295. Les conditions relatives aux témoins sont la véracité, et la capacité*

1° La véracité. A proprement parler, on ne peut savoir si un témoin a été vérace que lorsqu'on peut vérifier ses assertions ; et en ce cas ce n'est plus à son témoignage que l'on croit, mais bien à la réalité elle-même. Dans le cas où la vérification est impossible, la véracité d'un témoin s'apprécie sur la confiance qu'il mérite par sa bonne foi ordinaire, sur l'absence de toute passion et de tout intérêt à nous déguiser la vérité, et enfin sur un ensemble de caractères et de circonstances moins susceptibles d'être prévues et exposées dans des règles générales, que saisies et jugées par le bon sens de chacun de nous .

2° La capacité suppose que le témoin a voulu et pu bien voir la vérité : qu'il l'a voulu, c'est-à-dire, qu'il s'est sérieusement et attentivement appliqué à l'examen de ce qu'il rapporte, qu'il l'a fait de bonne foi, sans prévention et sans détour, sans passion qui l'empêchât de bien voir la vérité ; qu'il l'a pu, c'est-à-dire qu'outre ses excellentes dispositions à la juger telle qu'elle est, il a eu, grâce à ses lumières, à ses habitudes d'intelligence, à une instruction convenable, la faculté de la comprendre et de la transmettre sans erreur. Il l'aura comprise s'il a su observer, comparer, et se garder

contre les chances d'erreur et de surprise qui varient avec la nature de chaque objet ; il l'aura transmise, s'il est assez maître des termes dont il se sert, assez sûr de sa parole, pour la conformer selon son désir aux idées qu'il exprime, et ne pas trahir, contre son gré, son dessein d'être véridiquc (*). La fidélité de la transmission exige encore que le témoin ne se contente pas de dire ce qu'il a vu, mais comment il l'a vu. Ainsi, pour qu'un fait de physique rapporté par un homme de la plus haute capacité mérite quelque créance, il faut que l'auteur du témoignage cite toutes les circonstances de temps et de lieu, les instruments qu'il a employés, la manière dont il s'en est servi, et qu'il fournisse ainsi à autrui les moyens, sinon de vérifier, au moins d'apprécier la valeur de ses observations.

296. On a coutume de dire que l'unanimité des témoins sur un fait est une garantie de la bonté du témoignage ; mais si en réalité, il est assez difficile qu'un grand nombre de témoins s'accordent pour altérer la vérité, il n'est pas moins vrai que s'ils sont aussi ignorants les uns que les autres, ils auront aussi mal vu les uns que les autres. L'unanimité n'a de valeur que pour les faits dont la constatation n'exige que des sens dans l'état normal, et nul effort d'intelligence. En science, l'unanimité est subordonnée^ à la capacité 5 l'unanimité des capables mérite seule d'être considérée-, et non tamnumeranda quàm ponderanda sunt iestimonia.

297. Telles sont les conditions que les auteurs de logique se sont accordés à imposer à un témoignage légitime. Mais si ces conditions sont justes, et si leur réunion donne au témoignage une incontestable autorité, il est en même temps bien rare qu'elles soient réunies, et malgré leur justesse, elles sont trop générales pour ne pas être vagues et d'une application très-embarrassante. C'est pourquoi le témoignage n'a le plus souvent, surtout en matière de science, qu'une autorité contestable et plus ou moins probable. 11 est vrai aussi qu'on ne

(*; Damiron, Logique, 3e sect.. ch. 3.

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