‹ Traité de logique;Chapitre 176 sur 228 · DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE VII

l'y emploie que rarement ; et, à part ce qui concerne les faits géologiques, arrivés depuis les temps historiques, comme les éruptions volcaniques, les tremblements de terre, les formations des dunes, etc., et les faits astronomiques qui ne reparaissent qu'à de très-longs intervalles, comme les éclipses totales, l'apparition des comètes, etc., on n'a que peu d'occasions de recourir au témoignage historique, lien est tout autrement de l'histoire ; elle se compose d'une série d'événements contingents, dépendant des libres déterminations de l'homme, et qui, par conséquent, échappent à tout raisonnement qui voudrait les rattacher à des lois générales et ne peuvent être connus que par le récit fidèle de ceux qui les ont vus. En science, proprement dite, c'est tout le contraire ; on n'y admet rien de purement contingent, rien qui n'ait sa loi générale et nécessaire. Il n'y a pas de science de ce qui passe et ne se reproduit plus. En science, on ne dit pas, celaestparce que cela m'a été rapporté par des personnes dignes de foi ; mais bien : cela m'a été rapporté parce que cela a été vu, et cela a été vu parce que cela est. Mais ces personnes, quelque dignes de foi qu'elles soient, peuvent ne pas avoir vu tout ce qui est, ne pas l'avoir vu tel qu'il est, et comme l'objet delà science est le général, le constant, l'invariable, ce qui a été est encore, et sera la loi des mêmes êtres tant que ces êtres seront. En conséquence, on ne se borne pas à recevoir passivement le témoignage, on regarde ce qui est, on vérifie, on ajoute au témoignage , on retranche , en un mot, on le complète et le corrige par l'observation de ce qui est ; ou si on l'accepte sans le vérifier, on sait au moins qu'on a toujours le pouvoir de le faire. Le témoignage n'impose pas à la science une vérité : en nous apprenant ce qui a été observé, et comment cela a été observé, il nous épargne ainsi les lenteurs de la première recherche et de l'invention, mais il ne dispense pas de l'examen, il ne demande pas à être cru, il demande à être examiné. C'est un guide qui connaît la route, nous dit ce qu'il a vu et nous conseille, mais ne nous dispense pas de la parcourir. En histoire, nous

ne savons et ne pouvons savoir que ce qui nous est rapporté. Ceux qui ont vu ne sont plus là j nous ne pouvons ni leur soumettre nos doutes, ni leur demander des détails et des preuves; nous ne pouvons que prendre ou laisser ce qu'ils nous ont raconté. Les faits aussi ne sont plus là ; ils sont passés, irrévocablement passés. Si le témoignage n'est pas exact, nous n'avons plus hors de lui aucun moyen de le vérifier, de le contrôler, de le compléter ; il ne nous est pas permis d'y ajouter et de refaire ce passé que nous n'avons pas vu ; il faut, ou nous résoudre à ignorer, ou accepter le témoignage de l'histoire ou tout au plus à le contrôler par lui-môme , car un témoignage historique ne se contrôle et se complète que par un autre témoignage historique.

C'est par suite de ces considérations que nous nous sommes contenté d'exposer d'une manière brève et générale les conditions qui donnent de l'autorité à un témoignage. L'examen détaillé de chacune de ces conditions , et des moyens à employer pour reconnaître si elles ont été remplies, importe bien plus à l'histoire qu'à la science proprement dite, et c'est moins une question de philosophie et de logique, qu'une question de critique historique et de débat judiciaire. De plus longs détails auraient été superflus , car ils auraient toujours dû rester dans une certaine généralité : or, chaque question de témoignage , qu'elle soit scientifique ou historique , ou judiciaire , présente, selon les temps, selon la religion, le caractère, l'éducation , les intérêts , la position sociale , les moyens de transmission de l'auteur du témoignage , des complications et des difficultés qui lui sont propres et spéciales. Les prévoir toutes , les énumérer et leur tracer des règles particulières , serait impossible; le faire pour quelques-unes serait inutile. Il convient donc de laisser au sens et au jugement particulier de chacun de nous le soin de faire l'application des règles générales à chaque question historique ou judiciaire qu'il sera appelé à examiner. Nous dirons seulement que si on considère ce qui se passe chaque jour dans les procès criminels ,

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