PARTIE COMPLÉMENTAIRE. CHAPITRE II
rience dans la crainte de trouver d'autres éléments et de voir démentir la loi qu'on vient de formuler, il est évident que l'on n'arrive qu'à l'erreur. Mais il est en même temps évident que l'erreur ne vient point de l'illégitimité du principe inductif, de l'illégitimité de la croyance à la stabilité et à la généralité des lois de ce monde 5 mais bien de la mauvaise application qu'on en a fait. Tout ce que nous avons dit précédemment (83 à 90) fait voir que, plus qu'aucun autre moyen de connaître, l'induction exige dans son emploi de grandes précautions,, et permet de conclure que si l'erreur en est quelquefois le résultat , la faute est à celui qui se sert mal d'une faculté légitime.
§ 5. De la déduction.
327. En réalité, la déduction repose sur les mêmes principes que l'induction ; comment en effet affirmer que ce qui est vrai aujourd'hui du genre homme sera vrai demain et a été vrai hier de Pierre ou de Paul qui font partie de ce genre, sans reconnaître que la loi de l'humanité s'étend par sa généralité à tous les hommes, par sa stabilité à tous les temps, à tous les lieux ? Tout ce que nous venons de dire de l'induction s'applique donc à la déduction, c'est pourquoi nous n'ajouterons rien de plus. Nous rappellerons seulement que les fréquentes erreurs de raisonnement où nous tombons à chaque instant viennent, non du procédé, mais du peu d'attention que nous apportons à en reconnaître les lois et à suivre les règles qui dérivent de ces mêmes lois.
§ 6. Delà raison.
328. La raison est cette faculté qui nous permet d'atteindre immédiatement ces principes généraux absolus , ces vérités premières, ce fonds d'axiomes qui est la condition et la base de toute science ultérieure et sans lequel toute science serait vaine ou impossible. Au nombre des croyances que nous devons à la raison se trouve celle à la légitimité de nos moyens
de connaître (*) • nous avons vu en effet que cette croyance est immédiate et spontanée, qu'elle est nécessaire et universelle, en un mot, qu'elle a tous les caractères des croyances que nous devons à la raison. La raison se trouve donc ainsi le point fondamental de l'intelligence humaine, la faculté sur laquelle reposent toutes les facultés ; aussi de tous nos moyens de connaître est-elle, avec la conscience, celui à qui il est le plus difficile de ne pas accorder sa confiance. Il y a plus, comme les vérités que nous devons à la raison nous apparaissent spontanément, et que le travail et la libre réflexion n'ont point à intervenir dans leur acquisition, il n'y a aucune chance d'erreur de notre part. De plus encore, leur nécessité fait qu'elles se trouvent dans toutes les intelligences, et leur évidence immédiate fait qu'elles s'y trouvent exactement les mêmes et en même nombre , et y persistent à l'abri de toute variation. C'est là ce qui résulte de tout ce que nous avons précédemment exposé assez au long et en assez de passages, pour qu'il soit devenu inutile d'insister.