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CHAPITRE III

De la recherche d'un critérium ; examen de la doctrine de l'autorité.

330. Tous les sceptiques n'ont pas abouti à nier la légitimité de tous nos moyens de connaître, plusieurs d'entre eux ont frappé d'impuissance quelques-uns seulement de ces moyens et en ont choisi un qu'ils ont regardé comme infaillible, et pris pour le critérium de la connaissance et de la certitude humaine. Il nous reste à parler de leurs systèmes ; nous le ferons brièvement, parce que d'abord la réfutation de tout ce que les auteurs de ces systèmes ont dit contre chacun de nos moyens de connaître, se trouve renfermée dans ce qui précède, parce qu'ensuite ils ne sont pas conséquents avec eux-mêmes , employant à chaque instant comme légitimes les moyens qu'ils ont condamnés, et réfutant ainsi eux-mêmes leurs propres systèmes. C'est pourquoi, parmi les diverses opinions qui ont successivement proposé divers critérium (*),

(*) Un savant italien, l'abbé Rosmini (ou du moins, d'après lui, M. de Cavour) compte vingt-quatre critérium qu'il dispose sous ces trois titres : systèmes subjectifs établissant le moi comme fondement de la certitude ;

nous n'en examinerons qu'une, et ce que nous en dirons pourra servir, mutatismutandis, à l'examen et à la réfutation de toutes les autres.

331. Parmi ces opinions, il en est une qui, refusant à l'individu le pouvoir de distinguer par lui-même ce qui est certain, lui donne pour moyen unique de reconnaître la vérité, le témoignage des autres hommes ou l'autorité générale manifestée par la parole. Ce scepticisme déguisé et comme honteux de lui-môme avait été connu de la Grèce (*) ; renouvelé de nos jours, non certes sans éclat, il a pris sous la plume de ses principaux auteurs (**) un caractère particulier qui peut bien lui faire donner le nom de scepticisme religieux.

332. L'auteur le plus célèbre de cette doctrine entend par raison personnelle l'ensemble des divers moyens que nous avons de connaître la vérité par nous-mêmes et personnellement 5 les sens, le sentiment et-le raisonnement (***) . Or, selon lui, les sens nous trompent, et ne nous attestent rien de clair, de positif et de complet. Le sentiment n'est pas plus sûr : son objet, en apparence plus évident et plus simple, n'en est pas moins, quand on y prend garde, un continuel sujet de doutes

système de l'autorité; système rapportant la certitude à quelques notions intellectuelles lumineuses par elles-mêmes. (Cf. Biblioth. univers, de Genève, t. LXXIV , et Leçons de logique de M. Charma, p. 281.

(*) Arcésilas et les nouveaux académiciens semblent n'avoir professé Ie scepticisme que pour attaquer les nouvelles écoles et ramener les esprits à l'autorité de l'ancienne philosophie. Cf. Ritter, Eist. de la phil., t. III, p. 555, et liv. XII, sect. I'e, ch. h en entier ; Cicéron, Acad., lib. I, ch. 12, et Cousin, 1829, 8e leçon, p. 308.

(** Lamennais ; de Maistre ; de Bonald ; Caron, Démonstration du catholicisme, etc. 11 n'y a pas entre tous ces auteurs identité parfaite de doctrine. Ainsi M. Lamennais ne reconnaît que l'autorité de la raison générale; M. Caron reconnaît en même temps l'autorité delà raison qui nous donne les principes nécessaires ou premiers. Mais le fond du système est le même : faillibilité de nos diverses facultés, infaillibilité de la raison universelle proposée comme critérium.

(***) Dans ce qui suit nous employons la dénomination de raison individuelle dans le sens de l'auteur que nous combattons, et comme synonyme (l'intelligence.

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