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PARTIE COMPLÉMENTAIRE. CHAPITRE III

et d'illusions. Quant au raisonnement, il doit être plus suspect encore, car d'abord, il n'opère que sur les données fournies par les sens ou le sentiment, et il n'y a pas à compter sur ces données; ensuite quelle garantie a-t-onde la légitimité de ses procédés ? Enfin ne faut-il pas qu'il associe la mémoire à ses actes? Et quelle faculté est plus trompeuse ? Ainsi réduit à la raison individuelle, l'homme n'a aucun moyen légitime de distinguer la vérité de l'erreur et d'arriver à la certitude et à la science. Il n'y a pas jusqu'à sa propre existence à laquelle il ne doit pas croire, s'il n'a pour y croire d'autre motif que le témoignage de son sentiment privé et de sa conscience individuelle.

Pour tirer l'homme de l'abîme du scepticisme, l'auteur lui montre un fondement solide de certitude dans l'autorité du témoignage ou raison universelle, ou plus simplement, dans l'autorité, qu'il oppose à la raison individuelle.

333. En fait et en droit, la raison universelle se composant de tous les principes communs des raisons individuelles, doit renfermer toutes les véritées incontestées et nécessaires. C'est un motif de se confier aux vérités qu'elle proclame, mais non de la mettre au-dessus du contrôle de la raison individuelle, et de prohiber l'examen des autres caractères que doivent présenter ces vérités ? De ce que certains principes reconnus par tous les hommes sont vrais, il ne s'ensuit pas qu'il n'y a de vrai que ce qui est cru par tous les hommes, et que conséquemment l'unique moyen de connaître est de recueillir et d'adopter les décisions de l'autorité générale. C'est là une fâcheuse exagération d'un principe très-vrai , mais faussé par cette exagération même. L'illégitimité que l'on impute à chacun de nos moyens de connaître, retombe sur le moyen qu'on prétend leur substituer, ou au moins leur donner pour juge. Quel est en effet ce moyen ? La raison universelle. Mais ce qu'on appelle raison universelle humaine n'est qu'une abstraction sans substance -, il n'y ajpas un être dont elle soit l'attribut comme la raison individuelle est celui

de l'homme. La raison universelle est l'assemblage , la résultante de certains actes de la raison individuelle. Si tous les jugements de la raison individuelle sont indignes de notre créance, comment la raison universelle qui en est composée pourra-t-elle la mériter ?

Ensuite comment s'instruit-on par la raison universelle ? en écoutant l'autorité humaine, ceux qui savent. Écouter ceux qui savent! Il y a donc des gens qui savent? Mais alors comment savent-ils? Parce qu'ils ont appris de ceux qui savaient. Mais enfin à ceux-là, à leurs maîtres, aux premiers qui ont su, d'où est venue la science? d'eux-mêmes sans doute, ou de Dieu. Même dans ce cas, avec quoi ont-ils appris? avec quoi ont-ils compris, retenu et transmis ? Tout cela force à reconnaîtrela nécessité des sens, du raisonnement, de la mémoire. Si toutes ces facultés sont incertaines et trompeuses, leur incertitude retombe sur le témoignage qui les suppose; et le scepticisme atteint le témoignage lui-même.

Ce n'est pas tout; pour écouter des témoins, il faut savoir qu'ils témoignent. Or, nous ne pouvons le savoir qu'en percevant les mots qu'ils prononcent, et en trouvant un sens à ces mots : de là encore nécessité des sens, de la conscience, du raisonnement, de la mémoire. En effet, avant de comprendre ce qu'on nous dit, nous devons d'abord sentir en nous des idées, saisir le rapport de ces idées aux termes qui les rendent, entendre nos semblables employer des termes identiques ou analogues, et enfin conclure en eux, sur la foi de cette identité ou de cette analogie verbale, les mêmes sentiments qu'en nous;; sans cela nous ne concevons ni la parole, ni le témoignage d'autrui. Or, selon ce système, les facultés de sentir, de percevoir et de raisonner sont trompeuses. La croyance à l'autorité , dont elles sont la condition nécessaire, est donc sans valeur. Une fois la raison humaine condamnée aune imbécillité complète, à quoi sert l'infaillibilité d'un témoignage que nous ne pouvons recevoir avec certitude? et même comment savoir si ce témoignage est infaillible ou non avec des facultés indignes de créance? Il

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