‹ Traité de logique;Chapitre 207 sur 228 · PARTIE COMPLÉMENTAIRE. CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

PARTIE COMPLÉMENTAIRE. CHAPITRE IV

nous pensons cependant en même temps que sans entrer clans le détail de toutes les modifications que l'application des règles subit relativement à chaque objet de connaissance , et qui sont motivées par la nature de cet objet, la logique doit indiquer, toujours d'une manière générale , quelles modifications l'application de la méthode doit subir relativement à tel ou tel ordre de vérités. Et il nous semble qu'elle le doit d'autant plus que l'histoire des sciences humaines nous apprend que souvent les progrès d'une science ont été arrêtés par l'ignorance de la méthode qui lui convenait, et qu'en outre c'est par les procédés uniformes et rigoureux de la méthode , mais employés hors de propos, qu'ont été établis les systèmes les plus divers, les plus faux et les plus ridicules. Ainsi l'erreur s'introduit dans la science par le mauvais emploi de la méthode , comme elle s'introduit dans les connaissances isolées par le mauvais emploi de nos facultés. C'est pourquoi, après avoir traité de la portée et de la spécialité de nos facultés, nous croyons devoir traiter des applications spéciales de la méthode.

341 . Considéré comme objet d'étude , l'univers nous présente d'abord deux grands ordres de phénomènes : les uns qui existent hors de nous et nous sont connus par le moyen des sens sous lesquels ils tombent , et qui pour cette raison sont dits extérieurs ou sensibles; les autres qui, ne tombant pas sous les sens , n'en sont pas moins connus par nous comme existant en. nous , et qui pour cette raison sont appelés faits intérieurs ou de la pensée.

En harmonie avec cette division naturelle des phénomènes de l'univers , la science universelle se divise en deux grands ordres de sciences : les sciences cosmologiques (xo<t(aoç, monde) ou du monde extérieur, ayant pour objet la série des êtres qui composent l'univers sensible , et l'homme lui-même en tant que semblable aux autres êtres par ses propriétés physiques et vitales -, les sciences noologiques , ou du monde intérieur, autrement dit de la pensée {v6oç), qui comprennent

spécialement l'homme en tant que distinct des autres êtres par la pensée qu'il saisit en lai.

Les objets dont l'ensemble compose l'univers sensible peuvent être étudiés , ou sous le point de vue de leurs qualités abstraites , indépendamment de l'expérience et de l'action mutuelle que ces divers objets pourraient avoir les uns sur les autres . ou sous le point de vue de leurs qualités concrètes , de leur réalité actuelle , et de l'action mutuelle des uns sur les autres, et des expériences que Ton peut faire pour les modifier d'une manière quelconque. La première étude engendre les sciences mathématiques , qui s'appliquent d'un manière générale et absolue à tout l'ensemble du monde , et n'empruntent à l'observation que les idées de grandeur et de mesure -, la seconde étude produit les sciences physiques, qui s'occupent d'une manière particulière de toutes les propriétés que l'expérience jointe à l'observation nous révèle dans les corps que nous pouvons atteindre et que nous pouvons faire agir les uns sur les autres , pour découvrir tous les phénomènes qui résultent de leur action mutuelle.

Ainsi, en résumé, deux grands règnes de sciences, les sciences cosmologiques et les sciences noologiques 5 et dans le premier deux grands ordres , les sciences mathématiques et les sciences physiques.

Chacun de ces grands ordres de sciences se subdivise ensuite en une multitude de sciences spéciales , mais qui toutes présentent les caractères de l'ordre qu'elles constituent. C'est pourquoi nous arrêterons là cette division très-générale (*) ; il suffit d'avoir montré que les objets existants peuvent être considérés sous deux points de vue essentiellement différents, celui de leurs lois absolues et celui de leur réalisation actuelle et de leur action réciproque , pour pouvoir indiquer les deux

(1) Pour avoir une idée complète de ce que peut être une classification des connaissances humaines, on devra consulter Y Essai sur la philosophie des sciences. Paris , 1834- Ce qui précède n'est qu'une analyse des premières pages de ce beau travail de M. Ampère.

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