‹ Traité de logique;Chapitre 209 sur 228 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Des sciences de raisonnement et des sciences d'observation.

342. Les sciences mathématiques ont pour objet l'étendue et le nombre , et elles considèrent ces deux qualités des êtres d'une manière générale , absolue et indépendamment de toute réalisation quelconque. La nature de l'espace ou des nombres n'occupe point le mathématicien 5 la réalité de ses figures n'entre pour rien dans ses recherches ; il peut ne jamais les tracer : les imperfections mêmes de la réalité à reproduire les vérités absolues le gênent et la lui font dédaigner. Les sciences physiques au contraire ne recherchent que les réalités et les rapports qui les unissent. Dès lors la.méthode à suivre pour réaliser ces deux ordres de sciences doit varier.

Les vérités objet des sciences mathématiques étant éminemment simples, absolues et indépendantes de toute réalité, n'ont pas besoin d'être obtenues par l'observation de la réalité et la perception de plusieurs cas semblables. Le mathématicien ayant posé à son point de départ des principes abstraits , absolus, mais évidents par eux-mêmes, avance de propositions en propositions , et arrive à de nouvelles vérités par la vue du rapport nécessaire qui les unit au principe posé. De là même , la nature de la méthode à employer pour la réa-

lisation de ces sciences. Leur réalisation et leur avancement dépendent donc 1° de la perfection du système de signes ou du langage qui traduit la pensée ; 2° de la rigueur des déductions qui par suite de rapports évidents unissent les vérités moins générales aux principes absolus qui les contiennent. D'où vient qu'on appelle ces sciences sciences de raisonnement pur.

Il n'en est pas de même , et tant s'en faut , des sciences physiques. Tout dans les premières est absolu ; tout dans les autres ne vaut que par la réalité de l'existence et par la relativité de cette existence. Le raisonnement n'est point en dehors des faits , il ne repose que sur les faits ; il est marqué du caractère d'éventualité et de progrès qu'entraîne toujours l'étude des faits. Ce n'est plus le rigoureux enchaînement du langage qui le guide , c'est la réalité des faits : ce sont donc les faits qu'il faut avant tout examiner et rechercher } d'où vient qu'on appelle ces sciences sciences de faits , ou mieux sciences d'observation.

343. Dans les sciences mathématiques , l'objet à connaître est si simple, ses qualités si absolues et si invariables , qu'elles sont vues de prime abord, je dirais presque connues de tout le monde et toujours. On peut donc en donner une définition précise et complète 5 on peut donc partir de cette définition et en déduire toutes les conséquences que l'on reconnaît. Mais il n'en est pas ainsi dans les sciences d'observation où l'on a à étudier des individus , à observer leurs rapports , à découvrir leurs lois et à en faire l'application. On n'agit plus alors sur des valeurs abstraites dont le propre est de rester toujours telles qu'elles ont paru et ont été fixées. Ce n'est plus le cercle et le triangle géométrique-, ce ne sont plus des rapports de nombre incapables de changer : c'est un objet multiple dont les points de vue sontvariables, et ne se déterminent qu'avec les progrès de la science. Les sciences d'observation voient tous les jours les définitions de leurs objets changer avec les nouvelles connaissances qu'on acquiert : leur langage est imparfait et progressif, comme le degré de leurs connaissan-

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