‹ Traité de logique;Chapitre 22 sur 228 · PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE I

impossible qu'en cet état la perception ne s'accorde pas parfaitement avec les objets auxquels elle se rapporte, d'où vient que toute perception primitive a encore pour caractère d'être vraie.

3° Mais comme les objets dans leur réalité se montrent dans leur tout et avec leur pleine existence , qu'ils sont entiers , concrets -, composés, les perceptions qui leur répondent, fidèles expressions de tels modèles, ne sont nullement abstraites ni analytiques , mais composées et concrètes.

4° Et comme c'est l'unité totale de l'objet qui frappe l'être intelligent et que dans la nature aucun objet n'existe isole , mais tient à mille choses et présente mille rapports,le moi, en voyant cet objet tel qu'il est , entrevoit ces autres choses et ces rapports , et en conséquence ne peut recevoir qu'une perception indéterminée, vague et confuse.

D'où, en résumé , cette loi :

Toute perception primitive et naissante a pour caractères principaux d'être, 1° spontanée et irréfléchie, 2° vraie, 3° concrète , 4° vague et confuse.

25. Quelles sont maintenant les règles de la perception primitive ? Une règle se réduit à une loi formulée en précepte. Or si la loi de la perception primitive est d'être spontanée , c'està-dire, de n'être point le résultat de notre libre action, il semble qu'il n'y a pas de règles possibles pour un fait dont la production ne dépend pas de nous. Et en effet, il n'y a pas de règles à poser pour la perception primitive , si on ne la considère que dans son étroite liaison avec l'action des objets qui la déterminent (*)•.

Mais cette action des objets sur nous est-elle également nécessitée ? N'avons-nous aucun moyen de l'atteindre et de la modifier , et de modifier par là même la connaissance qui en est la suite ? Si telle est notre condition , il n'y a point de règles à prescrire , point de règles à observer -, il n'y a rien à faire , il n'y a qu'à se laisser faire. Mais l'expérience nous ap-

(*) Damiron , Log., p. 5/1.

oO TRAITÉ DE LOG1QLE.

prend que nous n'en sommes pas réduits là ; et que , dans les limites de nos forces, nous pouvons presque toujours, quand nous le voulons bien, agir sur les objets et les occasions de connaissances , soit en les recherchant ou les évitant , soit même en les modifiant, de manière à agir par là même sur les perceptions qu'ils peuvent faire naître en nous.

Comme la perception primitive toujours individuelle ou particulière n'est pas encore vraie science, et que pour le devenir elle a besoin d'aboutir à la généralisation, qui est une réduction de connaissances individuelles en un principe commun ; comme pour réduire, il faut qu'il y ait multiplicité de matériaux et que ces matériaux aient été recueillis dans un but et un ordre qui prépare la réduction, car l'abondance sans ordre engendre la confusion, il suit de là, que pour conduire ses perceptions à leur but dernier, à la science, l'être intelligent doit reconnaître les deux préceptes suivants :

1° Chercher de toute part des connaissances particulières ;

2° Les chercher dans une fin et selon un ordre déterminés.

26. Pour aboutir à des perceptions bonnes à la science, nous devons apporter soin , patience et énergie pour rechercher, modifier et mieux ordonner, selon la mesure de nos forces, au sein du monde et de la conscience, les objets et les occasions de nos connaissances, et par là même, provoquer, modifier et mieux ordonner les connaissances qui en sont la suite.

Et tout ces soins seraient inutiles, si, pour assurer leurs résultats, nous ne nous attachions au perfectionnement de la conscience et des sens, ces instruments dont dépend la perception.

D'où ces deux nouveaux préceptes :

1° Rechercher et bien disposer les objets et les conditions de connaissance.

2° Perfectionner la conscience et les sens.

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