CHAPITRE II
De la généralisation. Deux sortes de principes généraux.
30. Des perceptions primitives ont eu lieu, en grand nombre, et avec toutes les précautions qui doivent les rendre profitables à la science ; mais pour cela , la science n'est pas
encore. En effet, il n'y a que des individus et des faits individuels dans la nature, et les perceptions, quand elles naissent, répondant aux objets qui les excitent , sont individuelles comme eux. Mais si l'individuel et le particulier est l'objet inévitable de nos premières perceptions , s'il est le point de départ de la connaissance , il n'est pas son terme , et le développement de l'intelligence ne saurait s'arrêter à lui. En effet, à peine connaissons-nous un fait particulier, que nous sentons le besoin de le dégager de ce qu'il a d'individuel et de particulier, pour ne saisir que ce qu'il a de commun avec d'autres faits semblables ; par exemple, si l'on désire savoir comment on imprime, ce que l'on désire n'est pas de voir seulement imprimer ce mot , cette ligne , cette page , ce livre , mais de savoir ce qui se trouve dans tout procédé d'impression ; en un mot, le principe général. Voulons-nous connaître, vraiment connaître un être organique, ce que nous désirons connaître, ce n'est ni la forme, ni la taille , ni la couleur d'un individu , ni enfin rien de ce qui n'est qu'à un individu , passe et change avec cet individu, mais ce qui lui est commun avec les êtres organiques semblables , les lois de leur naissance , de leur durée , en un mot , les principes généraux de leur organisation. C'est que l'être intelligent, fait pour la science, comprend avec une sagacité admirable de spontanéité et de justesse , qu'il n'y a point de science de ce qui est un jour et non l'autre , change d'un moment à l'autre , d'un individu à l'autre, sans permanence et sans unité. La science, la vraie science n'a pour objet que ce qui demeure , ce qui est essentiel et constant dans les choses, dans plusieurs choses. Pour savoir, il ne faut donc pas seulement connaître plusieurs choses, mais pouvoir ramener toutes ces choses au principe qui les contient et les explique toutes 5 en un mot , il faut généraliser.
31. Dans chaque individu, il y a ce qui lui est particulier et le distingue de tout autre, mais il y a aussi des qualités qui lui sont communes avec d'autres êtres ; par exemple , Paul a