‹ Traité de logique;Chapitre 25 sur 228 · PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE II

des qualités d'organisation, d'intelligence, de caractère, qui n'appartiennent qu'à lui ; mais en môme temps , par cela qu'il est homme, il y a dans son organisation et son intelligence les lois générales de l'intelligence et de l'organisation humaines. De môme , dans tout fait isolé , il y a , outre les circonstances qui lui sont particulières , les circonstances générales qui se rencontrent dans tous les faits semblables ; par exemple, la fabrication de cette feuille de papier a offert des circonstances particulières, mais, en môme temps, les circonstances générales et essentielles à toute fabrication de papier. En un mot, dans chaque existence, dans chaque fait , il y a du particulier et du général 5 c'est pourquoi, dans les perceptions qui répondent aux individus et aux faits, avec la vue du particulier, il y a la vue du général. C'est donc dans la vue des réalités particulières qu'il faut chercher les principes généraux qui doivent constituer la science 5 mais dans la réalité, tout cela est mêlé, concret, confus même, il n'y a. pas d'abord perception exclusive , distincte du principe général. Pour arriver à percevoir ce principe et à le distinguer du particulier, il faut donc l'en séparer, ou comme on dit , l'en abstraire (*) .

32. La science ne se compose que de principes généraux, tirés et abstraits des réalités particulières. Mais au premier coup d'oeil que l'on jette sur une science, on remarque que ses principes généraux sont loin de se ressembler. Soient pour exemples ces deux vérités générales empruntées à la géométrie : Deux grandeurs comparées et trouvées égales à une troisième, sont égales entre elles, et, les parties de deux cordes qui se coupent dans un même cercle, sont réciproquement proportionnelles $ et ces deux autres empruntées à la physique : Dans les mêmes circonstances , le même phénomène résultera

(*) « Les lois générales sont empreintes dans tous les cas particuliers ; mais » elles y sont compliquées de tant de circonstances étrangères , que la plus » grande adresse est souvent nécessaire pour les faire ressortir. » Laplacb* Exposition du système du monde , 5e édit., p. 376,

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de la même came, et, dans le mouvement uniformément accéléré, les espaces parcourus croissent comme les carrés des temps. Pour peu que l'on y fasse attention , on remarque de grandes différences entre le premier et le second des principes pris dans chaque science. Le premier, beaucoup plus général que le second , est connu de tout le monde ; le second ne l'est que de ceux qui ont cultivé la science ; le premier nous apparaît comme ayant toujours été compris de nous, sans travail et sans peine ; le second, comme ayant exigé beaucoup de travail et beaucoup de connaissances préalablement acquises. Il semble donc qu'il y a en nous deux manières d'acquérir les principes généraux ou de généraliser : l'une qui tire immédiatement des perceptions primitives le principe général qu'elles contenaient ; l'autre , qui ne procède que médiatement, c'est-à-dire, qui consiste à intercaler entre la perception primitive d'un fait individuel et le principe général où l'on doit aboutir d'autres perceptions, ayant pour objet d'autres particularités, et permettant ainsi de les comparer entre elles, d'écarter leurs différences , de saisir leurs ressemblances (*) , et de former, par la réunion de ces ressemblances ainsi abstraites, un principe général. Et il en est en effet ainsi : il y a une double généralisation , une généralisation immédiate et absolue, et une généralisation médiate et comparative. La première ne supposant qu'une perception primitive , c'est par elle que nous commencerons.

(*) Laplace, ouvrage déjà cité, p. 377 ; Essai philosophique sur les probabilités y du même, p. 242 , 4* édit.

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