‹ Traité de logique;Chapitre 33 sur 228 · PREMIÈRE PARTIE , CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE , CHAPITRE IV

Quant à Tordre même dans lequel doit avoir lieu la décomposition et la recherche des rapports , il est indiqué par la nature même, qui recommande d'abord à notre étude certaines parties principales et importantes ; puis d'autres qui le sont moins 5 puis enfin d'autres qui sont tout à fait subordonnées et accessoires. Et comme cette importance varie avec les objets étudiés , il est impossible de donner des règles particulières et applicables à tous les cas.

En résumé, l'analyse, pour être légitime et irréprochable, devra être aussi exacte à reconnaître la relation que la collection des éléments qu'elle examine.

4° Cette règle de l'analyse donne en même temps celle de la synthèse, car la synthèse n'est que la contre-partie de l'analyse ; elle reçoit de l'analyse les éléments à l'état de division et tend à les remettre en leur premier état d'union 5 elle recompose donc au lieu de décomposer • mais la différence du procédé ne change rien au fond des choses ; qu'on étudie les éléments synthétiquement ou analytiquement , il faut toujours les voir tels qu'ils sont, dans leur nombre et leur ordre vrai. C'est pourquoi la synthèse devra être fidèle au nombre , recueillant tous les éléments et les seuls éléments de l'analyse , et fidèle à Y ordre, embrassant tous les rapports et les seuls rapports qui joignent les éléments entre eux, et unissant ces éléments d'après leurs rapports essentiels.

Quant aux précautions à prendre pour rétablir l'unité totale, d'après le rapport des éléments , il est évident que si par une analyse longtemps prolongée , on amasse un trop grand nombre d'éléments, il deviendra difficile, sinon impossible, de retenir les rapports d'après lesquels ils doivent être réunis. D'où vient qu'il est bon de mener de front l'analyse et la synthèse , pour accomplir plus sûrement leur loi commune, qui est la fidélité au nombre et à l'ordre.

56. Sans doute ces règles sont indispensables pour l'accomplissement de toute bonne observation , mais leur connaissance parfaite serait stérile pour quiconque n'apporterait

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pas dans leur application certaines dispositions non moins indispensables.

La première de toutes, celle qui semble réunir toutes les autres , est un état de neutralité et d'impartialité qui nous permette de recevoir la vérité quelle qu'elle soit , attelle qu'elle se montrera. C'est le doute philosophique, si désirable, mais si rare. Il n'est au contraire que trop fréquent de voir l'observateur aborder une question tout chargé d'un bagage d'opinions personnelles préconçues, ou entraîné par un esprit de parti qui lui fascine les yeux , ou bien lié par le joug de l'autorité. Alors, au lieu de voir dans l'objet de son observation ce qui s'y trouve , il rejette ce qui le contrarie , ou en méconnaît l'importance ; il n'admet que ce qui confirme ses opinions -, en un mot , il ne voit dans les objets que ce qu'il veut y voir (*).

C'est pourquoi encore il faut écarter de l'étude toutes nos passions, et les remplacer toutes par une seule, l'amour de la vérité pour elle-même. Enfin toute paresse doit être bannie, et le véritable observateur doit porter et nourrir en soi un vif désir de la science , qui ne se laisse effrayer par aucune difficulté , ni dégoûter par aucun mécompte. Telles sont les dispositions qu'il convient d'apporter non-seulement dans l'observation, mais dans toutes les opérations qu'il nous reste à décrire (**).

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