‹ Traité de logique;Chapitre 4 sur 228 · OBJET DE LA LOGIQUE · texte numérisé non relu

OBJET DE LA LOGIQUE

1 . L'homme se sait exister ; et chacun des changements qui ont lieu en lui n'est pour lui qu'à la condition qu'il sache cet état de lui-même.

L'expérience nous apprend encore que nous nous apercevons aussi qu'il y a d'autres existences que la nôtre, d'autres faits que ceux qui se passent en nous.

Être informé de ce qui se passe en nous ou hors de nous , est ce que nous appelons connaître. Le pouvoir ou la faculté générale de connaître est dite intelligence. Chacun des faits qui résultent en nous de l'exercice de cette faculté est dit connaissance ou perception.

Chacune des perceptions par lesquelles l'être intelligent se sent, ou pour mieux dire se sait modifié , se nomme perception intérieure,- et la propriété particulière d'être incessamment informé de ce qui se passe en soi , d'être sut conscius, est dite conscience ou sens intime.

Enfin chacun des faits par lesquels se manifeste à nous une autre existence que la nôtre est dit perception extérieure, et les moyens que l'être intelligent a de connaître ce qui se passe hors de lui sont les sens, qui se localisent dans les organes de sensation.

La science des faits de l'intelligence humaine , de ses lois et des règles qui doivent en assurer l'exercice, s'appelle Logique, et constitue une partie spéciale de la science de V homme pensant ou de la Philosophie.

2. Cette dénomination de Logique, a besoin d'être expliquée. On dit ordinairement de la Logique qu'elle est le système ou l'ensemble des lois et des principes qui gouvernent l'intelligence , non pas seulement dans la réflexion philosophique , mais dans l'exercice de l'intelligence en général sans égard à son objet. Or , comme ces lois et ces principes ne furent primitivement étudiés qu'en vue du raisonnement déductif, et dans la parole qui traduit au dehors et rend plus saisissable le fait intérieur de la connaissance, la science qui en traita, reçut le nom de Logique ('A070Ç , parole et raisonnement). Au commencement de ce siècle, on s'occupa particulièrement de l'étude des faits intellectuels en eux-mêmes, et dans leur formation, ou comme on disait alors, dans la formation et l'origine des idées ; ce qui valut à la science de l'intelligence le nom récent et célèbre d'idéologie. Ce n'était après tout qu'une autre étude partielle de la science totale de l'intelligence. La connaissance qui, avant tout, est pensée, est cependant aussi parlée-, c'est pourquoi l'étude de la connaissance, qui doit être, avant tout, l'étude de la connaissance en elle-même , dans son état de pure pensée, doit être aussi l'étude de la parole ou de la connaissance exprimée. Et comme le but dernier du développement intellectuel n'est point la connaissance isolée , mais la connaissance ordonnée et élevée à l'état de science , il nous semble qu'une étude complète de l'intelligence doit comprendre : 1° la description des faits intellectuels, la théorie de leurs lois et l'exposé des règles dont l'observation conduit chaque développement intellectuel à un résultat scientifique; 2° la théorie du langage et des règles qu'il doit suivre pour fournir à la simple connaissance et à la science un moyen non-seulement d'expression et de communication , mais aussi

OiîJET DE LA LOGIQUE. à

de perfection ; 3° la désignation des moyens intellectuels à employer spécialement suivant la nature de nos divers objets de connaissance.

Nous avons conservé à cette étude complète de l'intelligence le nom de Logique , comme ayant le plus anciennement servi à désigner cette étude réalisée en une de ses parties -, mais nous l'avons pris dans un sens plus étendu que sa signification primitive et étymologique.

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