‹ Traité de logique;Chapitre 62 sur 228 · PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE VI. Ho · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE VI. Ho

En effet , quand on arrive à la déduction suivante : Tous les corps sont pesants 5 or, cette plume est un corps ; donc cette plume est pesante 5 on est d'abord sûr de la valeur et de la vérité du principe général , tous les corps sont pesants. On peut donc s'y fier et le prendre pour le connu à l'aide duquel on déterminera l'inconnu en question. Ensuite on n'a nul doute sur les données de cet inconnu • on sait au moins que c'est un corps , si on ignore telle ou telle de ses qualités. Quand donc on met en rapport ce connu et cet inconnu , et qu'on voit avec certitude qu'ils sont semblables , on peut conclure l'un de l'autre, parce qu'on ne s'est mépris ni sur l'un ni sur l'autre de ces objets à rapprocher. Mais si par hasard l'on déduisait ainsi qu'il suit : Nulle science n'est exacte 5 or, la géométrie est une science 5 donc la géométrie n'est pas exacte ; il est clair qu'on aurait adopté une généralité fausse ou mal définie, et que, de l'application d'un tel principe, il ne pourrait sortir que des conséquences inexactes et erronées , car on aurait manqué à la première des deux règles exposées plus haut. On aurait péché par le connu, ou le prétendu connu , qu'on aurait mal établi.

On violerait l'autre règle si , posant en principe que tout art se rapporte au beau, on prenait pour données à rapporter à cette généralité quelque travail purement manuel , comme celui du boulanger. On ne se tromperait plus sur le connu, mais sur les données de l'inconnu, par lesquelles on l'assimilerait à ce qui ne lui ressemble pas.

113. Ainsi on voit que le principal travail consiste à reconnaître la légitimité du principe général , et de l'assertion par laquelle sur telles données nous rapportons un cas particulier à telle généralité déterminée. Et si l'on voulait analyser en détail toutes les mauvaises déductions, on trouverait sans peine qu'elles tiennent toutes à l'infraction de l'une ou l'autre des règles que nous avons citées.

Ainsi par où pèche cette déduction : Quelques métaux sont solides à la température ordinaire ; or, le mercure n'est pas

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solide, donc le mercure n'est pas un métal? Par le principe qu'on emploie et qui n'est pas un principe, dont on ne peut par conséquent tirer aucune conclusion. Et celle-ci : Tout rat ronge*, or, rat est une syllabe, donc une syllabe ronge? Elle est fausse par les données qu'on n'a pas su fixer, et qu'on a laissées \arier,les rapportant tantôt à un objet et tantôt à un autre. (les deux règles bien observées suffisent donc pour diriger I intelligence dans toute déduction. Si on les examine bien, on verra qu'elles ne sont au fond que des applications particulières de la principale règle de l'induction , aller rigoureusement du même au même. C'est en effet le point fondamental, soit que du particulier on s'élève aux généralités , soit qu'à laide des généralités acquises on essaye de déterminer des qualités du particulier. Les règles données sur le procédé déductif n'ont pas toujours eu cette simplicité. Le plus souvent on a • considéré la déduction dans les propositions qui servent à l'exprimer, dans l'argument ou syllogisme-, et les règles très-nombreuses étaient toutes relatives à la forme de ces propositions. Nous en dirons bientôt les causes, et nous ferons plus loin connaître les principales de ces règles, quand nous serons arrivé à traiter de cette partie du langage.

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