‹ Traité de logique;Chapitre 61 sur 228 · PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE VI

rapport de convenance entre l'objet et la qualité , elle n'est qu'une application de cet axiome : Deux choses comparées à une troisième , et trouvées semblables à cette troisième , sont semblables entre elles , qu'on pourrait appeler principe de déduction , comme nous avons appelé l'autre principe d'induction.

109. Ainsi, le double procédé inductif et déductif, et les vérités qu'il nous donne reposent sur les principes premiers qu'ils supposent et impliquent, et desquels se tire , même à notre insu , et par une nécessité de notre constitution , toute l'autorité que nous leur donnons. Il faut bien qu'il en soit ainsi , pour qu'il y ait quelque chose de fixe et de stable en la croyance humaine. Chaque vérité déduite repose, si le procédé a été régulièrement suivi , sur la bonté de l'induction ; mais chaque vérité inductive , fruit du temps et du travail , peut être indéfiniment perfectionnée; elle peut, dès lors, être soumise à des vérifications qui s'arrêtent quand elles ont constaté que le procédé inductif avait été rigoureusement suivi ; mais s'il en était ainsi des principes d'induction et de déduction qui nous donnent les procédés, où s'arrêterait leur vérification si on pouvait les mettre en doute? S'il n'y avait pas quelque chose de primitif, d'inconditionnel et d'absolu, à quoi l'induction se référât , et qui lui servît de base , quelque chose, en un mot, de nécessaire, qui brillât de tout l'éclat d'une évidence propre, constante, ineffaçable, toute la chaîne de nos vérités inductives et déductives flotterait en l'air et ne tiendrait à rien. Ainsi se trouve démontrée encore une fois cette vérité que nous avons déjà exposée (41); savoir, que les principes premiers sont la base et la condition de toute science, impossible sans eux.

110. Dans tout ce que nous venons de dire et dans les exemples que nous avons cités , nous avons toujours choisi le cas le plus simple, celui qui ne suppose qu'un seul intermédiaire, qu'un seul genre, duquel on déduit la qualité de l'individu , mais il peut y en avoir une série plus ou moins

longue sans que la nature de l'opération change en rien (*). Un genre peut rentrer comme espèce dans un autre genre plus élevé , et ainsi des lois qui peuvent rentrer les unes dans les autres 5 mais toujours , ce qui est affirmé du général , pourra être affirmé du particulier -, et, s'il est vrai de dire : deux choses égales à une troisième sont égales entre elles, il est aussi vrai d'ajouter que, si l'une des trois est égale à une quatrième, elles sont toutes quatre égales entre elles, et ainsi de suite.

111. Les règles de la déduction doivent se tirer de la nature de cette opération et du but qu'elle se propose. Comme la déduction n'arrive qu'après l'induction , et qu'elle établit un rapprochement entre une généralité connue et déterminée, et les données d'une particularité inconnue et indéterminée :

1° Il est nécessaire de vérifier la généralité , c'est-à-dire de voir si elle est vraiment un principe général légitimement acquis, et d'en déterminer exactement la valeur et la portée : sans cette précaution , en effet , on s'exposerait à la prendre avec une extension mal déterminée , et ce serait déjà là une cause certaine d'erreur.

2° 11 est nécessaire d'apporter le môme soin à examiner les données de la particularité , à s'assurer avec précision qu'on les possède toutes ni plus ni moins , et , si après cet examen on les trouvait insuffisantes, à s'efforcer de les compléter, afin de ne point s'exposer à rapporter à la généralité connue une particularité qui, mieux étudiée en ses données, ne pourrait lui être assimilée (**).

112. Quelques exemples montreront comment, selon que l'on observe ou que l'on viole ces règles, on déduit bien ou niai.

(*) Cf. P. R., Log., 3e pari., ch. 1, et Destutl de Tracy, Principes Logiques, ch. ix.

(**) Damiro.n, Log., 2e secl., ch. 2.

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