‹ Traité de logique;Chapitre 64 sur 228 · PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE VII

( ôoo; , voie , \œzâ , vers , [jiOooo^ ) , d'où vient qu'on donne à leur ensemble le nom de Méthode ; et c'est avec raison , car la véritable et l'unique méthode , pour atteindre la vérité , n'est ni l'observation dans l'analyse et la synthèse, ni la comparaison, ni la généralisation, ni l'induction , ni la classification, ni la déduction isolées , mais elle est la réunion de tous ces procédés appuyés sur les principes absolus de la raison. En effet , l'observation et la comparaison succombent sous le nombre et le poids de leurs produits individuels et stériles sans la généralisation et l'induction qui les résument et les fécondent ; et les produits de la généralisation doivent être eux-mêmes ordonnés par la classification , et enfin vérifiés et appliqués par la déduction , sans quoi ils restent privés de leurs plus grands avantages. D'un autre côté, aucune déduction n'est possible sans une induction antérieure , ni aucune induction sans une généralisation , ni aucune généralisation sans comparaisons antérieures impossibles elles-mêmes sans observations analytiques et synthétiques. Ainsi l'ensemble de ces moyens forme un tout harmonique , dont aucune partie ne peut manquer sans que l'ensemble lui-même devienne impossible. Il n'en est pas moins vrai qu'on peut partager comme en deux grandes parts , les diverses opérations intellectuelles que nous venons de décrire , savoir : d'une part , « l'induction et ses opérations préparatoires qui nous donnent les principes généraux, et de l'autre la déduction qui tire de ces principes généraux la détermination du particulier. C'est pourquoi nous allons nous arrêter encore un instant sur ces deux opérations principales, afin de bien voir ce qu'elles sont l'une à l'autre, ce qu'on doit penser et ce qu'on a pensé du rapport qui les unit et de l'emploi qu'on en peut légitimement faire.

115. Il est tout d'abord évident que la véritable méthode scientifique ne peut accepter l'une sans l'autre. Que si l'on oubliait cette vérité fondamentale en ne donnant pas à la méthode sa véritable extension , si on la mutilait en une de

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ses parties , elle n'aurait plus ses bons effets , elle ne conduirait plus à la science. Si, par exemple, on ne tenait p;is compte de l'induction et qu'on réduisît la méthode à l'art de déduire , sans règles et sans préceptes pour l'acquisition des principes , on risquerait de recevoir l'hypothèse, et l'hypothèse sans contrôle possible. Si , au contraire, on s'exagérait l'importance de l'induction et qu'on l'élevât si fort au-dessus de la déduction qu'on finît par oublier celle-ci pour celle-là , on porterait une nouvelle atteinte à la science-, on ne la livrerait plus à l'hypothèse, et on lui assurerait les vérités d'expérience, mais on lui retirerait ou on ne lui compterait pas toutes celles qui n'ont pas ce caractère , et dont la déduction est la condition et le moyen d'acquisition indispensable. Tout n'est pas directement observable dans les choses de l'univers : ce qui est du passé et de l'avenir, ce qui est hors de la portée de nos moyens d'observation , on ne peut l'aborder que par la déduction , par l'art de juger de l'inconnu au moyen du connu. Il y a plus , sans la déduction , le procédé inductif manquerait lui-môme de vérification et de portée : on en serait toujours à recommencer les expériences pour juger de l'inconnu, en supposant que les conditions d'espace et de temps le permissent, on aurait des spéculations sans pratique, et ainsi les généralités inductives deviendraient inutiles et stériles , comme tout principe général dont on ne déduit et dont on ne fait rien.

116. En résumé , sans l'induction qui nous donne les principes généraux , il n'y a guère lieu à déduire 5 avec la déduction seule , on n'a qu'un procédé pour les conséquences , on n'eu a pas pour les principes; on en a pour prouver, ce qui ne sert guère si , au préalable , on n'en a pour trouver. Ainsi le procédé inductif et le procédé déductif se supposent ou se complètent l'un l'autre. Ce serait donc, de toute façon, rendre la véritable science impossible que de mutiler la méthode en méconnaissant un de ces deux procédés, ou au moins en ne reconnaissant pas leur égale importance, leur

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