PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE VII
('gale légitimité fondée sur des axiomes , et l'ordre de leur emploi (*).
117. Partie historique. C'est là cependant ce qui est arrivé pendant une longue suite de siècles -, et quelque naturels que soient ces deux procédés, il n'en est pas moins vrai qu'ils n'ont pas toujours été également reconnus et appréciés à leur juste valeur. En effet, l'histoire de la logique, qui n'est après tout que l'histoire des moyens successivement employés pour arriver à la science, l'histoire de la logique nous apprend que, depuis Aristote jusqu'à Bacon , la logique ou l'art de diriger l'intelligence dans la recherche de la vérité s'est réduite à l'art du raisonnement déductif. Ce qui veut dire : 1° qu'elle reconnut exclusivement le procédé déductif; 2° que, par une conséquence nécessaire, elle voulut l'employer comme propre à donner des principes généraux intermédiaires. Ce sont ces deux points que nous allons successivement examiner.
118. 1° Aristote s'attacha d'une manière spéciale à l'étude de la déduction et du syllogisme, qui en est l'expression : le premier il exposa et compléta la théorie du raisonnement déductif, et la beauté d'une œuvre si achevée fit illusion à ses partisans et à ses admirateurs ; ils la prirent non pas pour une théorie complète de logique, mais pour la théorie complète de la logique. Ce qui, hâtons-nous de le remarquer, ne veut pas «lire qu' Aristote ait ou ignoré , ou passé sous silence , ou méconnu la valeur du procédé inductif : loin de là, dans sa logique (Prem. analyt.,\xv. II, ch. 23, et liv. I, chap. 30), il le reconnaît expressément comme l'un des deux procédés qui engendrent en nous la conviction. Mais, quoique ayant donné d'éminents exemples d'observation et d'induction dans plusieurs de ses grands ouvrages (voyez Ritter, Hist. de la Pk., 3, p. 84, trad. franc. ), comme il n'a point exposé ce procédé
(*) Cf. Damiron , Log., préf. , p. xxv et suiv.; sect. 2 , cl). 1.
118 TIWTTK DE LOfiTQllï.
avec détail, comme ce qu'il en dit manque de précision (*), qu'il fait d'ailleurs tous ses efforts pour ramener l'induction à une forme syllogistique, et qu'il n'expose point les règles de l'expérience, il en est résulté que ceux qui lui ont succédé et se sont nourris de sa doctrine, et particulièrement la philosophie scolastique (**), ont entièrement négligé oumêmeméconnu le procédé inductif ou d'invention pour n'étudier que le procédé déductif ou de démonstration et d'application. Ce n'est pas encore qu' Aristote n'ait pas vu que la déduction n'est pas une opération primitive et suppose des principes à appliquer, il lui a, au contraire, très-explicitement reconnu ce caractère en divers passages de ses œuvres (Prem. analy., liv. I, eh. 30; Dern. analy., liv. I, eh. 18 , et liv. II, chap. 19-, Morale à Nicom, liv. VI, ch. 3), répétant expressément que c'est àV expérience et à rinduction de fournir ces principes pour chacune des sciences. Mais, à l'exemple de presque tous les commentateurs grecs et latins , la philosophie scolastique ignora ou plutôt voulut ignorer ce principe si nettement posé par Aristote ; et au lieu de compléter l'œuvre que le philosophe grec avait laissée incomplète, en donnant les règles de la démonstration préférablement à celles de l'invention , elle méconnut celles de l'invention, s'attacha à celles de la démonstration, les exagéra, les épuisa (***). Esclave en religion de l'autorité de l'Église, en
(*) A la fin de ses derniers analytiques , Aristote recherchant l'origine des principes généraux, la rapporte à l'induction, àôùvaxov xè xa8o')iO'j Oîwpr^at et [jrf| 8i' èirayor/r,;. Mais comme il ne distingue point les deux sortes de principes généraux dans leur acquisition, ce qu'il dit est capable d'induire en erreur et ne fait pas voir assez nettement le rôle spécial de l'induction , et le caractère des principes qu'elle donne. Cf. Dern. analy., liv. I, ch. 18, et liv. II, ch. 19.
(**) Cf Barthel. Saint-IIilaire , Mém, sur la logiqug d'Arist., t. I, p. 20 et 21.
(***) Dans ses Dern analy., liv. Il, ch. 5, Aristote avait dit : la méthode de division ne démontre pas phi s que rinduction. Ce qui était plus que suffisant pour détourner de l'induction tous ces partisans de la démonstration. Aristote, ou plutôt ses commentateurs, ont confondu V analy se et la division , et comme Aristote consacre plusieurs passages i\ combattre