‹ Traité de logique;Chapitre 7 sur 228 · PARTIE PRÉLIMINAIRE. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PARTIE PRÉLIMINAIRE. CHAPITRE I

ne les éclaire pas assez pour en dessiner nettement les contours et les nuances.

De ce degré d'évidence à celui dont nous avons d'abord parlé, il y a une infinité d'intermédiaires gradués. Il serait long, difficile, peut-être impossible, et dans tous les cas inutile, de noter ici une à une toutes ces gradations et ces nuances diverses, et de dresser une échelle qui les montrât dans leurs rapports. Les deux points extrêmes donnés, il est aisé de conclure les autres.

Les objets qui possèdent le degré suprême d'évidence sont dits vrais ou évidents ; ceux qui n'ont que le degré infime sont dits possibles; et tous ceux enfin qui se révèlent à nous par une évidence de degré intermédiaire sont dits probables ; et le même objet est dit aussi possible, probable ou vrai, selon le degré d'évidence qui le manifeste.

7. A l'évidence des objets répond dans le sujet intelligent un état qu'il importe d'indiquer et de décrire, Les deux degrés extrêmes d'évidence déterminent en nous deux sortes de connaissances qui sont avec le degré d'évidence dans un rapport constant. L'une, complète et inébranlable, saisissant pleinement l'objet connu et ses attributs 5 l'autre, incomplète, indécise, sinon sur l'existence même de l'objet connu , au moins sur ses attributs. L'évidence était faible, et nous flottons dans un état d'indécision qu'on appelle doute. Dans la première, au contraire, l'évidence était nette, précise, déterminée, et nous sommes inébranlables, fixés dans un état de calme et de repos qu'on nomme certitude. La certitude est donc cet état de l'être intelligent qui consiste dans une confiance pleine, entière, excluant même la possibilité de douter ; elle est cette nécessité de croire , complète , absolue , sans degré ni variation, dans laquelle nous sommes placés par notre nature relativement à certaines vérités 5 et comme il n'est personne qui ne se trouve continuellement dans cet état relativement à un grand nombre de vérités, il n'est personne qui ne comprenne en quoi consiste la certitude, et quel est son caractère.

Remarquons qu'avant l'évidence , il n'y a rien (pour l'être intelligent s'entend)- qu'avec l'évidence tout est, tout est connu d'une manière plus ou moins positive, selon que la manifestation se fait avec plus ou moins de clarté. En sorte que la certitude, la croyance, effet et suite de l'évidence, n'est jamais qu'en raison de la cause qui la détermine. Il y a donc : 1" autant d'espèces de certitude qu'il y a d'espèces d'évidence ^ il y a la certitude du souvenir , comme celle du témoignage humain, comme celle de l'induction.; 2° autant de degrés dans la certitude , que dans l'évidence, et une échelle de certitude , comme il y en a une d'évidence. A l'évidence parfaite répond la certitude proprement dite -, à la probabilité, 1 'opinion ,• à la possibilité , le doute.

N. B. La relation intime qui existe entre l'évidence et la certitude , et qui n'est autre que celle de la cause à l'effet , les a souvent fait désigner par le même mot. Nous en avons vu un exemple (4) au sujet du mot évidence, employé tantôt pour désigner une qualité des objets de la connaissance, et tantôt l'état même du moi que nous appelons certitude. Ce mot de certitude lui-même employé par nous pour exprimer l'état du moi déterminé par la vérité, parla réalité devenue évidente, est et a été souvent pris par le vulgaire et par les philosophes dans le sens de réalité, de vérité et d'évidence des objets. Il serait bon quand on se sert de ces mots d'y ajouter la désignation de subjectif ou d'objectif pour en fixer le sens et s'éviter ainsi des discussions oiseuses.

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