‹ Traité de logique;Chapitre 6 sur 228 · PARTIE PRÉLIMINAIRE. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PARTIE PRÉLIMINAIRE. CHAPITRE I

venir visible (*), c'est le fulgor quidam mentis assensum rapiens des anciens , c'est enfin le principe extérieur, excitateur et nécessaire de toute connaissance.

N. B. Ce sens n'est pas le seul donné au mot évidence et les cartésiens l'emploient comme synonyme de perception et le définissent: perceptio clara et distincta convenientiœ aut repugnantiœ idœarum inter se. Cette définition , soit dit en passant, a le tort de prendre le caractère particulier de certaines perceptions , des perceptions comparatives , pour un caractère essentiel et général ; en outre , cette duplicité de sens, si facile à distinguer a pourtant été malheureuse, car elle a donné lieu à des discussions dans lesquelles on croyait mutuellement parler de la même chose parce qu'on se servait du même mot, et on soutenait d'un côté que l'évidence est dans les objets de la connaissance (objective), de l'autre qu'elle est dans le sujet de la connaissance , dans le moi (subjective).

Pour nous l'évidence est dans les objets la qualité qui les fait connaître ; or , comme on connaît de diverses manières , et dans chaque manière à divers degrés, il en résulte qu'il y a plusieurs espèces et plusieurs degrés d'évidence.

5. Diverses espèces d'évidence. — Il n'y a pas seulement pour nous les vérités du présent que nous percevons d'une manière directe et immédiate : il y a aussi celles que nous revoyons par la mémoire ; il y a celles que le raisonnement nous fait voir dans l'avenir comme dans le passé 5 il y a celles que nous devons au témoignage des autres hommes et que nous acceptons sur parole , etc. Elles ont toutes de l'évidence et toutes une évidence à elles : dans les premières , elle est instantanée et directe -, dans les secondes , rappelée ; dans les troisièmes, conclue; dans les quatrièmes, reçue sur la foi du témoignage. Mais toujours elle est la propriété qu'ont les réalités de se manifester à l'être intelligent. Ainsi , même les réalités que nous n'avons pas vues , ou que nous ne comprenons pas, si nous les admettons en notre croyance , c'est seu-

(*) Damiron-, Log., préf., p. vi; Psych., p. 47.

6 TRAITK DE LOGIQUE.

lemenl parce que nous pensons qu'elles ont été ou sont évidentes à ceux qui nous les attestent. Si nous supposions un moment que ce n'est pas le résultat d'une véritable évidence qui nous est transmise dans leurs discours , qu'ils n'ont ni vu , ni compris ce qu'ils affirment à notre foi , certes alors nous ne croirions pas et nous demeurerions dans le môme état où nous laissent toutes les choses dont rien ne nous a paru (*) .

6. Divers degrés d'évidence. — L'évidence étant une qualité des objets peut, comme toutes les qualités, se trouver à divers degrés dans divers objets ou dans le même objet à des instants différents.

En effet, il y a d'abord l'évidence propre aux objets simples et précis , qui se montrent si bien qu'on ne peut pas ne pas les voir et les distinguer ; telle est , par exemple , l'évidence des axiomes de mathématiques et de morale, comme deux choses égales a mie troisième sont égales entre elles ; il faut rendre à chacun ce qui lui appartient. Telle est l'évidence de notre existence -, telle est encore l'évidence des choses qui tombent pleinement sous les sens, comme la clarté du jour, etc. : à ce degré l'évidence est si vive, si frappante, que dès qu'elle paraît nous connaissons et nous comprenons parfaitement.

Il y a ensuite l'évidence propre à cette foule d'objets qui ne se laissent qu'entrevoir et vaguement sentir. Et, bien qu'ils paraissent assez pour que leur existence se révèle à l'être intelligent , ils sont loin d'être assez clairs pour s'en faire connaître distinctement. Ils ne forcent pas sa croyance et ne lui imposent pas une connaissance qu'il accepte d'une manière invariable. Au contraire, ils ne lui donnent qu'une image vague et confuse , lui laissant toute liberté d'accommoder ce qu'il en démêle selon son caprice et son goût. L'évidence est dans ce cas comme ce demi-jour qui suffit bien pour qu'on s'aperçoive de la présence de certains corps dans l'espace , mais qui

(*) Daiïttuts , Psych. , p. 31.

Page 1