PARTIE PRÉLIMINAIRE. CHAPITRE IL
posable dans sa production; il a lieu dans sa totalité, ou il n'a pas lieu. Un objet ne se montre pas sans une qualité, ni une qualité sans un objet, et tel est le rapport qui unit la qualité et l'objet , que l'on voit l'objet et la qualité qui le rend évident, ou qu'on ne voit rien du tout. Ainsi, comme fait, la perception ne se produit pas à demi et ne résulte pas d'éléments qui se réunissent successivement pour la constituer.
§ I. De Vidée.
9. Mais si dans sa production et dans ce qu'il a d'objectif ce fait est indécomposable , il n'en est plus de même après sa production et dans ce qu'il a de purement subjectif. L'être intelligent voit l'objet et voit la qualité indivisiblement unis dans leur rapport 5 mais, par suite d'un pouvoir dont il est doué, il peut concevoir la séparation de l'objet et de la qualité , il peut au moins ne s'attacher qu'à la vue de la qualité , ne conserver que la vue de la qualité sans la vue de l'objet, ou réciproquement. Or , cette vue isolée d'un objet ou d'une qualité nécessairement unis dans le fait réel et total de la perception , c'est ridée. Ainsi , par exemple , je ne vois pas un objet avant et sans une couleur, ni une couleur sans et avant un objet , je vois nécessairement l'un et l'autre simultanément et unis ; mais je puis négliger la vue de l'objet pour ne m'attacher qu'à la vue de la couleur, ou réciproquement; voir un objet et sa couleur est une perception ; la vue isolée de l'objet, ou celle de la couleur, est l'idée. Ainsi dans toute perception il y a trois idées que l'on peut isoler , l'idée de l'objet , l'idée de la qualité , et l'idée du rapport qui les unit.
Et, si, pour saisir mieux encore les relations de la perception et de l'idée , nous les considérons dans leur expression par la parole , nous trouverons que la perception s'exprime par la proposition et Vidée par le mot. La connaissance ou perception est un fait intellectuel entier et complet ; l'idée est encore un fait intellectuel , elle est encore de
ta connaissance , mais une connaissance incomplète , brisée et décomposée. De même la proposition est seule une expression complète 5 le mot est encore une expression, mais si incomplète, qu'ainsi isolé il ne représente rien de réel. Et comme on ne parle pas sans parler d'une chose et de ses qualités , on ne connaît pas sans connaître une chose et ses qualités ; avec cette différence toutefois que quand on parle , les paroles se succèdent suivant tel ou tel ordre, tandis que quand on connaît , on ne connaît pas d'abord l'objet et puis la qualité , mais d'un seul et même coup l'objet et la qualité , unis dans leur étroit rapport. Tout est simultané dans le fait de connaître, et si, dans le langage, l'on exprime l'objet et la qualité par un terme et puis par un autre terme , ce n'est pas pour noter par la place des termes la place relative dans la perception de l'objet et de sa qualité , leur antériorité et leur postériorité , c'est tout simplement pour noter leur distinction et leur relation.
10. La perception résulte de l'évidence des objets; l'idée résulte du pouvoir qu'a l'être intelligent de décomposer ses perceptions. Les objets se montrant dans l'unité concrète de leur existence , ne déterminent point des idées, mais des perceptions. A la perception répond un objet réel , une réalité évidente-, à l'idée pure et isolée ne répond aucune réalité ainsi isolée. Ainsi, à la perception que ce papier est blanc, répond comme réalité objective ce papier blanc ; à l'idée isolée de papier ou à celle de qualité blanc ne répond rien de tel, car ce papier ne peut ni exister ni se rendre évident et se montrer, sans être et se montrer blanc , ou gris , ou rude , ou doux , ou avec une qualité quelconque, sans quoi on serait forcé d'admettre des objets sans qualités , ou des qualités sans objets ; des qualités qui n'appartiendraient à rien, ou des objels qui ne seraient rien. On ne compose donc point les perceptions de la réalité avec des idées, puisque les objets ne déterminent point des idées, mais des perceptions ; mais en décomposant ces perceptions, on trouve l'idée et on la dégage. L'idée est