‹ Traité de magnétismeChapitre 44 sur 69 · EXPÉRIENCE SCR UN MÉDECIN · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCE SCR UN MÉDECIN

Le docteur M... assistait assidûment depuis un mois au traitement de quelqües-un^ de mes maladefe; les phénomènes qu’ils présentaient paraissaient ébranler son incrédulité , dissiper ses doutes et préparer sa conversion au Magnétisme. Pour que ses convictions fussent définitivement arrêtées , il me pria de le magnétiser, afin, disait-il, d’éprouver par lui-même des effets analogues à ceux qu’il avait vu se produire sur d’autres, mais à la condition que, s’il sentait arriver le sommeil , il me ferait signe de la main de cesser mon action lorsqu’il aurait perdu la faculté de définir ce qu’il éprouverait, et que je ne l’endormirais pas complètement.

I,e docteur , jeune encore , avait des dispositions à l’obésité

et faisait un usage immodéré d’absynthe et de liqueurs fortes;

j’étais certain que le Magnétisme lui ferait éprouver des effets très-sensibles, et je consentis à faire l’expérience qu’il me proposait. * ;

Dès les premières Passes , i! ressent des suffocations et déboutonne son habit ; quelques minutes après il défait son gilet avec tant de précipitation qu’il en fait sauter les boulons; enfin la suffocation devient tellement forte , qu’il arrache violemment sa cravatte et déchire sa chemise. Le sommeil s’avancait à grands pas, et ses efforts pour lui échapper étaient vains ; ses yeux se ferment malgré lui , sa tête s’incline sur

sa poitrine , et il lui reste à peine la force de me faire signe de m’arrêter. *

Je le calme , je le laisse reposer lin instant , puis je lui

rends l’usage de ses sens en le démagnétisant.

La scène se passait au Café, en présence de plus de vingt témoins. Le docteur rend un compte exact des effets qu’il a

éprouvés, et déclare hautement qu’il croit à la réalité du Magnétisme. ,

J’avoue que je fus heureux de cette conquête ; je pensais : « En voilà un de gagné dans le camp ennemi , il nous en

amènera d’autres. » • . .

Je comptais sans mon hôte : depuis ce jour le docteur ne reparut plus, et je ne tardai pas à apprendre qu’il saisissait toutes les occasions de déblatérer contre le Magnétisme , avec les personnes qui ignoraient ce qui s’était passé ; quant à celles qui en avaient été témoins , il leur disait qu’il avait joué la comédie ; devant moi il se taisait.

Il est des yeux qui se. ferment devant la lumière qui jaillit de la vérité , parce qu’ils ne peuvent en supporter l’éclat. L’aigle regarde le soleil en face ; le liibou recherche les

ténèbres.

Depuis plusieurs jours , M. C... éprouvait de violentes douleurs à la tête; témoin des effets salutaires du Magnétisme , il avait envie d’en User , mais il était retenu par la crainte de devenir somnambule et d’étre soumis à donner des

preuves de clairvoyance. Il se décida enfin à me faire part de ses désirs et de ses craintes ; je lui promis de respecter ses répugnances. Il devint en effet somnambule , et , pendant quinze jours que dura son traitement , je remplis si fidèlement ma promesse , que je ne l’interrogeai même pas sur sa santé. Cette réserve paraîtra peut-être poussée un peu trop loin , cependant on va voir qu’il faut toujours agir envers les somnambules avec le plus grand scrupule.

L’éloignement de M. C... , en état de veille, pour donner des preuves de lucidité était tel , qu’il se reflétait sur sa figure pendant son sommeil magnétique. Si quelqu’un s’approchait un peu trop de lui lorsqu’il dormait , de suite ses traits prenaient l’empreinte de la défiance et de la mauvaise humeur.

Deux jours avant sa guérison , surpris de le voir pleurer au milieu de son sommeil , je lui demande la cause de ses larmes. Voici sa réponse :

« Je vous remercie des soins que vous m’avez donné et de la scrupuleuse exactitude avec laquelle vous vous êtes abstenu de me demander des preuves de clairvoyance , même pour

ma santé. Vous avez bien fait , car si vous m’aviez interrogé vous auriez perdu ma confiance , et vous m’auriez fait plus de mal que de bien. Je connaissais ma maladie depuis le second jour que j’ai été endormi , et s’il avait fallu joindre

quelque remède au Magnétisme, je vous en aurais averti. Je

pleure parce que je pense à mon pauvre cousin , mort depuis un ,an de la même maladie que moi. Comme moi , il avait un catharre , et son Médecin l’a tué en lui faisant appliquer des sangsues à la tète ; aussi s’eèt-elle ouverte dès qu’il a rendu le dernier soupir. Je frémis en pensant que sans vous le même sort m’attendait. Après demain mon traitement finira et je serai complètement guéri. »

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