MORSURE D’UN CHIEN ENRAGÉ
ACCÈS DE FIÈVRES
Jean Puech était le berger d’un de mes amis : uu jour, pendant qu’il gardait son troupeau , son chien s’élance sur lui , le mord sur le dos de la main droite et disparait. On fit plusieurs jours de vaincs recherches pour retrouver les traces du chien ; tout portait à croire qu’il était enragé. Cependant le moral de Jean ne s’en trouva point affecté , malgré que les plaies de sa main ne se fermassent pas , en dépit de toutes les applicalions de mauves, etc. , etc.... Le quinzième jour, sa main s’entla extraordinairement , et le vingtième il se forma au bras deux fortes tumeurs , l’une sous l’essaile , et l’autre à l’articulation du coude. Son maître lui conseillait depuis plusieurs jours de se faire magnétiser ; nullement inquiet à la vue des accidents qui se déclaraient , le berger se prit à rire niaisement de cet avis et n’en tint aucun compte. Pourtant le vingt-huitième jour il commença à ressentir de vives douleurs ; la peur le gagna , et , le trentième , il fut dans un village voisin trouver un guérisseur de la rage , qui lui pratiqua , je crois , une saignée à l’oreille , dont le résultat fut nul. De retour, ses douleurs allèrent croissant et devinrent si intolérables, que le trente-troisième jour il avait perdu le sommeil , ses yeux étaient fixes et agards , et son bras , devenu énorme, ne pouvait se soutenir qu’à l’aide d’une écharpe.
Tel était l’élat de Jean Puech , lorsque M. G... , son maître, vint me chercher pour le magnétiser.
Jean fut endormi dans quelques minutes ; son sommeil fut . paisible , mais fort court. Le lendemain il éprouva un feu intérieur, si dévôrant , qu’il lui arracha celle exclamation :
« Monsieur f vous m’avez mis dans Tenfer : il semble qu’on me fait bouillir. »
Le troisième jour sa main se désenfla , le quatrième les morsures se cicatrisèrent , enfin le cinquième les tumeurs se crevèrent , et il en sortit une immense quantité d’eaux claires. Surpris de ne l’avoir pas vu arriver le sixième jour, qui était le trente-neuvième de son accident, je demandai le soir à son maître la cause de celle absence. Il me répondit :
« Comment ! cet imbécile n’est pas venu vous remercier ? il est guéri ! il a gardé son troupeau toute la journée , et il s’est servi de son bras avec autant d’adresse et de force que s’il n’avait pas été mordu. »
•Un an après ce même berger prit des accès de fièvres; au lieu d’avoir recours à moi , il s’adressa à un Médecin ; mais au bout de deux mois , voyant que ses accès s’enracinaient au lieu de disparaître , il me fit prier d’aller le magnétiser. Quinze jours suffirent pour le guérir.
Jean Puech présentait dans son somnambulisme un phénomène extrêmement remarquable.
Depuis l’àge de sept ans (alors il en avait 54) il bégayait d’une façon extraordinaire , à la suite d’un coup de tête de bélier, reçu dans le flanc gauche. Son bégaiement était si fort que , pour prononcer une syllabe , tout son corps se balan-
çail pendant une minute d’avant en arrière , et lorsque la syllabe sortait de sa bouche il tombait en avant sur la pointe du pied , et pour la terminer l’effort était si grand qu’il reculait de deux pas en arrière et retombait sur ses talons. Rien n’est exagéré dans cette description ; du reste cet homme est assez connu dans le pays. Eh bien ! ce bégaiement, dont sans doute il y a peu d’exemples et dont l’origine est si bizarre , disparaissait complètement pendant le sommeil magnétique , et faisait place à une volubilité étourdissante de langue, à une netteté et une facilité d’élocution merveilleuses, pour reparaître dans toute son intensité au réveil.*
J’ai longtemps cherché la cause de ce phénomène , vraiment extraordinaire, dans des faits magnétiques analogues , je n’en ai trouvé qu’un seul qui ait pu me la faire, entrevoir par induction. J’ai eu une somnambule qui , dans quelques sommeils, ne pouvait pas parler; lorsque je lui adressais une question d’absolue nécessité , pour sa santé par exemple, elle se donnait la parole , et voici comment elle procédait : Elle plaçait la main droite un peu .au-dessous de la région inférieure du cœur précisément à l’endroit où Jean Puech avait été frappé , puis , se servant de ses doigts comme d’un compas , elle suivait une ligne ascendante qui passait par l’épigastre , te sternum , le larynx , et aboutissait au bord des lèvres ; arrivée là , elle sortait la langue , la touchait légèrement du doigt , et de suite elle pouvait parler. Quand elle avait répondu à ma question , elle touchait de nouveau sa langue et s’enlevait la parole en exécutant le mouvement contraire.
Je livre ces deux faits aux méditations de nos savants
physiologistes.