‹ Traité de magnétismeChapitre 46 sur 69 · IVRESSE · texte numérisé non relu

IVRESSE

J’ai eu de nombreuses occasions d’éprouver l’infaillibilité du Magnétisme pour dissiper l’ivresse et prévenir les suites déplorables qu'elle peut entraîner , lorsqu'elle est poussée à

l’excès. Je vais en citer quelques exemples.

L’heure de la Magnétisation de M. IL.., (somnambule dont on a lu le traitement) , était passée depuis longtemps et je ne comptais plus sur Jui , lorsque je le vis arriver, accompagné d’un jeune homme que je ne connaissais point. Après s’ètre excusé de m’avoir fait attendre , il me le présenta comme son condisciple et son Compatriote , et me dit qu’ils venaient de dîner ensemble. Il m’en fallut peu pour reconnaître que ces Messieurs avaient fait de fréquentes libations

et qu’ils étaient émus .

M. R... avait dit à son ami qu’il se faisait magnétiser et l’avait engagé à venir assister à son sommeil. Celui-ci .lui avait répondu :

« Allons donc ! tu es un farceur, et ton Magnétiseur aussi. A qui parles-tu Magnétisme ? Tel que-lu me vois je me suis fait njagnétiser deux ou trois fois à Paris; on a essayé pendant deux heures et l’on n’a pu rien obtenir. Cela me faisait comme un vésicatoire sur une jambe de bois y. c’est une vraie charge. Tu verras : je vais défier ton Magnétiseur et le confondre. »

Là dessus grande discussion , et les libations d’aller leur train.

M. R... me fait part de ce qui s’est passé , et son ami me propose , en balbutiant , de le magnétiser. Je refuse : il insiste poliment , en mêlant ses instances d’une foule de raisonnements auxquels je me garde de répondre, parce que j’ai affaire

à un homme ivre ; enfin M. R... joint ses sollicitations à celles de son ami, et, prenant en pitié l’état de celui-ci , je me rends.

Dans cinq minutes, mon fier à bras fut endormi.

D. Dormez-vous , Monsieur ?

7L Oui.

D. Combien de temps vous faut-il dormir pour que les

fumées du vin que vous avez pris de trop se dissipent , et que vous repreniez votre sang-froid ?

fi. Un quart d’heure.

/). Vous trouvez-vous mieux ?

fi. Oh!... mon ivresse se dissipe comme par enchantement. Je suis parfaitement à présent.,. Mille pardons , Monsieur ! je rends hommage au Magnétisme. Excusez-moi , j’étais ivre... Faites-moi rappeler , je vous prie , à mon réveil de tout ce qui m’arrive dans mon sommeil... Ré veillezmoi , le quart d’heure expire.

Dès que je l’ai réveillé , il déclare qu’il est entièrement dégagé tic son ivresse , qu’il part pour l’Afrique , où il va rejoindre le régiment de chasseurs dans lequel il vient de s’engager , et jure ses grands Dieux qu’il tirera le sabre avec le premier qui lui contestera l’existence et l’efficacité du Magnétisme.

Je lui fis observer , en souriant de son enthousiasme de jeune homme , que c’était un mauvais moyen de tuer les gens pour les convertir. #

11 vit ensuite dormir M. R... , et partit émerveillé du Ma-

gnétisme ; nous nous quittâmes les meilleurs amis du monde.

M. C... avait bu du kirch avec excès ; comme il souffrait beaucoup il vint me trouver au spectacle, èt me pria de sortir pour le magnétiser. ,

Après environ dix minutes de sommeil , il me’ dit :

« Ah , quel effet singulier ! tout le kirch que j’ai bu s’évapore par l’extrémité de mon nez. Vous ne le sentez pas ? O que c’est drôle!... mais voyez donc comme il s’échappe!... son odeur se répand partout ,. l’appartement en est rempli. Voyez! Voyez!... ah!... c’est fini. Vous pouvez m’éveiller à présent ; je suis dégagé comme si je n’avais pas bu. II n’a cependant fallu que douze minutes, et j’en tenais... Dieu sàit ! L’estomàc , la tète , tout était pris ; actuellement tout est libre. Réveillez-moi. »

L’appartement en effet fut un instant infecté des émanations du kirch.

La chaleur d’un bal masqué, l’agitation de la danse , jointe

à un excès de boissons , avaient exalté M. M... , au point de

provoquer tous ceux qui se trouvaient sur ses pas. Comme il était d’une force Herculéenne , ses amis craignant qu’il ne fit quelque malheur , vinrent me chercher pour me rendre auprès de lui et tâcher de le calmer.

Dès qu’il m’aperçut , il s’écria :

D. Ne m’approchez pas , M. Olivier ! si vous me magnétisez , je ne réponds fias de ce qui arrivera : Je ne le veux pas.

fi. Vous êtes donc bien méchant?

fi. Je vous aime bien , mais pour cela je n’entends pas raison : je ne veux pas être magnétisé.

. fi. Qui vous parle de vous magnétiser ? Certes vous n’en avez pas besoin ; mais je peux bien causer avec vous ?

fi. Oh ! tant que vous voudrez.

Je m’approche , j’entoure ses épaules avec mon bras , et , m’appuyant sur lui comme pour causer familièrement , je le magnétise pàr la pensée.

L’effet fut rapide comme la foudre ; dans moins d’une minute ce colosse s’affaisse : je le reçois dans mes bras , je l’enlève de la salle du bal , je le transporte sur une chaise dans une pièce voisine , et là , quelques Passes suffisent pour le plonger dans le sommeil magnétique. Au bout d’un quart d’heure je lui place la main sur l’estomac, et il rejette lout ce qu’il a bu. Un instant après , il me dit que c’est la première fois de sa vie qu’il a pu vomir , qu’il est entièrement soulagé, et qu’il lui faut une heure de sommeil.

Quand je l’eus réveillé il se trouva frais et dispos , comme s’il n’avait pas été ivre , et recommença à danser de plus belle.

Après avoir bu du rhum et du punch outre mesure , M. Ro... avala tout d’un trait un flacon d’absynthe pure , et tomba raide. Pendant une heure on lui prodigua des soin»

mutiles ; il ne donnait pas signe de vie. Enliu on se rappela que je l’avais magnétisé quelques fois , qu’il s’endormait avec une grande facilité , et l’on vint me chercher à deux heures de la nuit. '

Quand j’arrivai je trouvai M. Ro... couché sur un lit , les yeux ouverts et vitrés , la figure et le corps violacés et sans chaleur. Il fallut deux heures d’une magnétisation énergique et incessante peur le plonger en somnambulisme.

Vainement je l’interrogeai ; il me faisait signe qu’il ne pouvait répondre. Enfin après une heure de sommeil , il parvint à me dire de lui laisser le souvenir de ce qu’il avait éprouvé,

pour me le rapporter à son Téveil. » .

Voici ce qu’il me dit quand je l’eus réveillé :

« Vous ne soupçonneriez jamais les effets que vous avez produit : je ne veux vous en rapporter qu’un ; l’autre , je le garde et ne sais si jamais je me déciderai à vous le communiquer. Tout ce que j’ai bu m’est tombé dans les jambes ; levez-moi et soutenez-moi , car elles ne pourraient me porter.»

« C’est phénoménal ; tout est là : l’estomac , la tête , sont aussi libres que si je n’avais rien bu ; la boisson a été précipitée en bas , comme par enchantement. Vous pouvez vous flatter de m’avoir sauvé , j’étais perdu sans ressource. »

Nous le descendîmes du lit , et en effet ses jambes, énormément enflées , ne purent le soutenir ; elles Hochaient comme du coton. Il n’en retrouva l’usage que vingt-quatre heures après.

M. Rô... n*a jamais depuis voulu me dire le second effet

qu’il avait ressenti.

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