OBSERVATIONS
J’aurais pu citer une foule de guérisons instantanées, pour des brûlures , contusions , blessures , indigestions , maux de tête , coliques , colérines , avec symptômes de choléra , etc. Je me suis borné à rapporter le fait de Ml!e Marion, à l’occasion du bras qu’elle s’était démis , parce qu’il suffit poiir démontrer la réalité de tous les autres. Je vais donner un exemple de ces guérisons rapides , qui m’est personnel , afin de prouver l’efficacité du magnétisme sur soi-même.
Je fus me baigner , par un beau clair de lune , pendant une magnifique nuit d’été ; en m’élançant dans l’eau le pied me glisse , je tombe à la renverse , la tête la première , d’une hauteur de plus d’un mètre, et , dans ma chute , ma jambe se heurte violemment contre un vieux tronc d’arbre. Revenu à moi , je remonte sur l’eau , je sens une vive douleur , j’examine ma jambe , et j’aperçois sur le tibia une bosse de la grosseur d’un œuf de pigeon. 11 y avait peu d’eau dans cet endroit : je m’asseois et me magnétise par l’imposition des mains. Dans quelques minutes la douleur augmente au point de me faire presque perdre connaissance , puis elle diminue insensiblement , et disparait au bout d’un quart d’heure. Je reste encore quelque temps dans l’eau , et lorsque j’en sors , au grand étonnement des baigneurs qui étaient avec moi , la
bosse n’existait plus ; il ne restait d’autre trace de mon accident qu’une ecchymose , 'et la peau déchirée. Il fallait près de trois quarts d’heure de marche pour me rendre chez moi ; je pus faire ce trajet sans claudication ni douleur , cl le lendemain j’avais oublié ma chute de la veille.
Dans ces cas le Magnétisme présente constamment un phénomène remarquable ; dans une seule magnétisation et avec une extrême rapidité, il fait parcourir au mal toutes les phases par lesquelles il serait passé , si on lui avait donné le temps de se développer avant de le combattre , et les malades éprouvent une recrudescence de douleur, très-courte, mais si vive , que j’en ai vu défaillir.
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Si le Magnétisme est parfois impuissant sur certains malades , que la nature ne veut pas seconder , il échoue aussi, malgré sa bonne volonté , sur d’autres,, par leur propre faute.
Ceux-là semblent fatalement condamnés à ne jamais guérir ; leur corps éprouve l’influence salutaire du Magnétisme , et leur esprit la repousse ; ils la nient obstinément , nonobstant les effets extérieurs , qui se manifestent en dépit de tous leurs efforts pour les dissimuler , ou les paralyser. Bizarrerie
inexplicable , épreuve délicate, où souvent la- patience et la charité du Magnétiseur font naufrage. Découragé par la résistance , révolté de la mauvaise foi du malade , il jette le manche après la cognée , il l’abandonne à son malheureux sort, et se retire, avec la ferme conviction cependant que sa guérison serait certaine. C’est une faiblesse à laquelle je confesse avoir cédé une fois , et j’ai été d’autant plus coupable .
que , ne pouvant vaincre mon mécontentement , je l’ai fait avec réflexion. Je ne pris pas il est vrai l’initiative , mais j’usai d’adresse pour me faire renvoyer. Dans cette position , un Magnétiseur ne doit pas prendre son congé, il doit attendre que le malade le lui donne.
Les mères et lés nourrices calment la douleur des enfants à la mamelle , ou qui en sortent à peine , par des frictions , qu’elles leur font en les berçant et les pressant dans leurs bras ; elles les magnétisent sans s’en douter. Je me suis également abstenu de rapporter des exemples de ces traitements, parce que le malade ne parlant pas , le Magnétiseur ne peut l’interroger, et indiquer, d’une manière précise, les phénomènes que présentent ces natures neuves , mobiles , vivaces et constamment en travail ; il faut assister à ces traitements pour apprécier tout l’intérêt qu’ils offrent.
Vous , gens du monde , qui riez du Magnétisme , venez voir ces mères désolées , à qui la science a dit son dernier mot , sur leur enfant malade , mot cruel mais sage , et préférable à une ordonnance hasardée : « Il nJy a plus rien à faire , il faut laisser agir la nature . » Dans leur désespoir , elles acceptent avec avidité tous les nouveaux moyens de salut qu’on leur propose , sans s’enquérir ni d’où ils viennent, ni en quoi ils consistent ; pleines de confiance , car l’espérance rentre facilement dans le cœur d’une mère : elles s’assoient en face du Magnétiseur, tenant leur enfant dans les bras , et augmentant sa puissance en adressant mentalement du fond du cœur une fervente prière à Dieu. D’abord l’enfant , effrayé
de celle main qui passe et repasse devant lui , pleure , se rejetle en arrière et cache sa tète dans le sein de sa mère -, peu à peu il se calme , se rassure et commence à regarder timidement du coin de l’œil. Enfin il se relève , et , de ses deux pelites mains , il cherche à saisir celle main, qui lui paraissait si terrible • on dirait qu’il veut jouer avec elle ; il 11’eu est rien cependant ; lui aussi , quoique bégayant à peine, il a son intuition ! Il pressent , il comprend qu’il sort de cette main un principe de vie , il veut s’y attacher.
Alors , si le Magnétiseur est expérimenté , il donne à ses Passes ia formed’une caresse; bientôt le charme agit, l’enfant s’endort , et s’il faut ce qu’on appelle «un miracle» pour le guérir, non-seulement le miracle s’opère , mais les désordres , que la douleur a nécessairement occasionnés dans la santé de la mère, se trouvent réparés. Vous, à qui je m’adresse, quand vous aurez assisté au spectacle touchant de plusieurs mères réunies , tenant sur les genoux , dans un profônd recueillement, leurs enfants endormis du sommeil magnétique, et dormant parfois elles-mêmes , si vous n’éles pas émus , si vous riez encore du Magnélisme , ah! je le déclare, vos cœurs sont taillés dans le granit. Hélas ! dans la sphère où vous vivez , les mères rougiraient de montrer cette foi naïve; aussi vos enfants... vos enfants! comparez-les en général à ceux des paysans qui habitent la campagne , et comptez ceux qu’ils perdent et ceux que vous perdez en bas âge , malgré toutes les ressources que la fortune met à votre disposition. Vous avez pour vous la science ; eux , ils ont le grand <ftlagnétiseur «. la nature. »
Je dois dire un mot de ces rhumes invétérés , appelés « rhumes négligés » qui résistent à tous les remèdes , et tournent généralement à la phthisie. Pour les traiter, il faut mêler aux Passes l’imposition des mains , et de fréquentes insufflations sur la poitrine ; on est certain de produire des sueurs abondantes , qu’on ne saurait obtenir avec tous les sudorifiques , et d’opérer la guérison ; j’ai vu des malades qu’on aurait dit avoir été plongés dans un bain. Si la somnolence arrive , et c’est ce que l’on doit faire toutes les fois qu’elle se présente , il faut attendre patiemment que le malade se réveille. C’est un principe dont il importe de ne pas s’écarter , parce que le Magnétiseur ne peut fixer , d’une manière précise , la durée du sommeil. 11 doit laisser ce soin à la nature , et faire , ainsi que dans le somnambulisme , quelques Passes de temps en temps , pour soutenir son travail.
J’aurais pu rapporter une foule de traits de clairvoyance , plus surprenants les uns que les autres ; mais comme il suflit d’un seul pour conclure à la possibilité de tous, j’ai choisi ceux qui prouvaient la différence des facultés et des dispositions des somnambules, et la nécessité, pour les Magnétiseurs , de conformer à leurs divers caractères leur manière de procéder avec eux.
Je n’en finirais pas si je voulais faire la nomenclature des effets véritablement extraordinaires que produit le Magnétisme sur les malades qui en subissent largement l’influence ; ils la ressentent en l’absence du Magnétiseur , même sans
objet magnétisé dans cette intention ; ainsi , un malade peut
prendre la somnolence , ou le somnambulisme , en s’assayant
à l’heure ordinaire de son traitement , sur le siège où on
l’endort. Dans un voyage à Beziers , M. Du Polet laissa sa
somnambule à Montpellier ; sa femme lui écrivit qu’elle s’était endormie en louchant un de ses habits, et qu’elle n’avait pu l’éveiller , qu’en se servant de ce vêtement. Ces exemples sont nombreux et variés à l’infini. Il y a des malades qui s’endorment , à l’heure de leur sommeil , partout où ils se trouvent. Comme cette facilité de dormir pourrait entrainer des accidents parfois assez graves , par l’imprudence des personnes qui se rencontreraient là , le Magnétiseur doit y obvier, en leur donnant un objet magnétisé dans l’intention de les empêcher de dormir hors de sa présence , ou bien eu leur louchant un endroit secret du corps , pendant qu’ils dorment, et en leur ordonnant de ne céder au sommeil , soit involontairement, soit par l’action d’un autre, qu’autant que celle partie de son corps serait touchée avec le même doigt et de la même manière que lui. Ce dernier moyen est bon pour empêcher qu’un étranger endorme votre somnambule, et réussit presque toujours sur ceux qui sont purs , c’est-à-dire bien guidés et qui n’ont eu qu’un seul Magnétiseur.
J’ai dû aussi garder le silence sur les traits affligeants d’ingratitude, de la part de quelques personnes , qui doivent au ' Magnétisme l’usage de leurs membres , la santé ou la vie ; et si j’ai parlé des mauvais procédés de la famille T... , c’est qu’ils ont entraîné des conséquences funestes pour la malade,
- SOo —
el qu’il s’y rattachait un trait de prévision d’une somnambule. Il est cependant de mon devoir de donner aux Magnétiseurs futurs une idée des procédés des malades qui ont recours au Magnétisme , afin de les prémunir contre les dégoûts et les obstacles qu’ils rencontreront pour faire le bien , même uniquement par charité.
Comme les généralités ne peuvent blesser personne , el que je suis loin d’avoir celle intention , je ne vais préciser aucun fait, et je parlerai collectivement.
Je ne connais rien de plus souple et de plus tremblant qu’un malade auprès de son Médecin , et rien de plus injuste et de plus exigeant avec son Magnétiseur.
Un individu souffre , il envoie de suite prendre son Médecin :
/). Docteur , arrivez ! je souffre de la tète et de l’estomac.
B. Voyons le pouls,., sortez la langue... il faut y couper court ! cela pourrait dégénérer en inflammation et devenir fort grave.
D. Vous pensez que c’est dangereux?
B. Pas précisément : mais il faut y aviser... rassurezvous! nous vous tirerons de là... oui!... tout bien considéré, il n’y a pas autre chose à faire : il vous faut des rafraîchissants.
D. Merci , docteur : il-me semble que je suis mieux depuis que je vous ai vu ! venez me revoir bientôt.
B. J’ai beaucoup d’occupations ; il y a tant de malades dans ce moment-ci!... Je ne sais où donner de la tète.. Je reviendrai dans deux ou trois jours ; suivez exactement l’or-
donnante que je vais vous laisser , el je suis sur <le vous trouver guéri.
D. Je n’y manquerai pas , docteur : merci ; à bientôt.
— Le docteur écrit son ordonnance , part , et revient quelques jours après. —
J’ai fait exactement ce que vous m’avez prescrit, et je souffre beaucoup plus que l’autre jour.
R * C’est étonnant ! le diagnostic était cependant positif , el les rafraîchissants bien indiqués. Sur cent personnes atteintes de la même maladie, quatre-vingt-dix-neuf auraient été guéries... ; en effet , le pouls est plus agité... la langue plus chargée... ; ce n’est rien, ne vous alarmez point! Ce que je vous ai ordonné n’était qu’un traitement préparatoire.
Je connais votre tempérament depuis longtemps; il est éminemment lymphatique , et nous en aurons raison par des toniques.
Le docile malade est ainsi promené des rafraîchissants aux ' toniques, de l’allopathie à l’homéopathie, et se croit sauvé toutes les fois qu’il voit paraître le docteur. Ce que celui-ci dit est si logique , si rationnel , si clair ! il lui décrit si bien la maladie , lui prouve si pertinemment que les meilleursauteurs partagent son opinion , qu’il y aurait folie à douter qu’il ne soit dans la bonne voie , et qu’il ne trouve enfin le remède salutaire.
Les jours, les mois s’écoulent; le niai v prend de l’empire et va s’aggravant , malgré la science , les soins et les efforts du Médecin. Le malade et sa famille , toujours pleins de confiance , réclament sans cesse sa présence , jusqu’à ce qu’enfin
la pièce soit jouée , et que le rideau tombe. Les crêpes viennent se briser contre le parchemin du diplôme , et le docteur n’en reste pas moins l’oracle de la famille.
Quand un malade a épuisé toutes les ressources de la pharmacie et de l’art médical , quand il a inutilement couru tous les bains et qu’il est déclaré incurable , il va trouver un Magnétiseur.
D. Monsieur , il y a quelque temps que j’eus des douleurs, dont le siège principal était à l’épaule ; j'ai fait toute sorte de remèdes et je n’ai pu guérir. Je ne souffre plus, il est vrai , mais j’ai perdu l’usage de mon bras. Comme on m’a dit que le Magnétisme me guérirait j’ai recours à vous. Pouvez- vous me guérir ? -
R. Je ne sais : le Magnétisme est si puissant qu’il ne faut jamais désespérer ; d’ailleurs , puisque vous avez épuisé tous
les moyens , il n’y a aucun danger à essayer de celui-là.
Depuis combien de temps êtes-vous malade?
J). Depuis dix ans — Quelquefois il n en accuse que deux ou trois.
R. C’est bien vieux ! n’importe : dans quelques jours nous verrons si le Magnétisme agit , et si nous devons continuer.
D . Combien cela me coutera-il?
R. Rien. — Le malade regar de le Magnétiseur d’un air ébahi , et sa confiance paraît ébranlée . — Rien , vous dis-je !
D. Ah!... et combien de temps faut-il pour me guérir?'
R. Je ne puis le fixer : la nature a des secrets qu’elle ne nous livre pas ; cela dépend des ressources de voire organi-
sation , dp l’origine du inal , d’une foule de causes , que loule la science et la perspicacité humaines ne peuvent saisir ni ' préciser. Je suppose , d’après l’ancienneté de votre mal , qu’il faudra trois ou quatre mois , peut-être plus, peut-être moins.
I). On m’avait pourtant dit que vous ine guéririez de suite : trois ou quatre mois , c’est bien long !
H. Ceux qui disent ces choses-là disent une absurdité , et ceux qui les croient ne réfléchissent point. On obtient parfois des cures rapides , quand le mal est récent ; mais quand il est ancien il faudrait un miracle, et nous n’en faisons point! Quant au temps que je présume que durera votre traitement; vous avez eu la constance de faire des remèdes pendant dix ans, et vous trouvez que trois ou quatre mois de patience seraient trop longs ? Vous me permettrez de vous dire que vous n’éles pas raisonnable.
/). C’est juste, Monsieur : à propos! on m’a assuré que vous m’endormiriez ; je voudrais dormir.
R. On vous a encore dit une autre absurdité : le sommeil ne dépend ni de vous ni de moi ; il n’est pas indispensable pour guérir , et , lorsqu’il est nécessaire , la nature l’accorde aux malades.
Après toutes ces explications le malade se décide , comme par grâce, à se faire magnétiser. Au bout de huit jours il sent ses anciennes douleurs se réveiller , et il s’effraie ; le Magnétiseur lui fait comprendre que c’est d’un bon augure , et le rassure. Il se relire satisfait , et attend avec impatience la séance suivante. Quelques jours après la douleur se déplace; nouvelles craintes de sa part , nouveaux raisonnement s
île la part du Magnétiseur > qui lui aflirme que la Médecine légale regarde ce déplacement comme un signe presque certain que le mal veut disparaître. L’espoir grandit dans le cœur du malade ; les crises continuent , augmentent , mais il est enchanté parce qu’il commence , quoique avec peine , à pouvoir se servir un peu de son bras. Arrive enfin une crise violente : toute la maison est en émoi , chacun dit la sienne ; celui-ci prétend que le Magnétisme est une^ chimère ou une bêtise, celui-là lui dit que le Magnétisme le tuera ; les parents* les amis le tourmentent , lui tournent la tête , et il ne sait plus à quel saint se vouer. Découragé , le léndemain il se présente chez le Magnétiseur, qui s'efforce de ranimer sa foi , et de lui persuader que cette crise est l’avant-coureur d’une guérison infaillible et prochaine. Le malade feint de le croire, et se relire avec la ferme résolution intérieure de ne plus reparaître ; il quitte la partie précisément au moment de la gagner. Mais de quelle manière quitte-t-il la partie ? Sans remplir un devoir que la simple politesse commande , sans daigner remercier le Magnétiseur et l’avertir de sa retraite. Le xMagnéliseur est considéré comme un charlatan qui ne mérite aucun ménagement.
Que doit faire le Magnétiseur en pareil cas ? S’indigner 1 N’a-t-il pas le témoignage de sa conscience ? Faire des vœux pour que le mal s’aggrave et le venge de l’ingrat? Çe serait infâme ! il doit le plaindre et l’excuser, car ce n’est pas lui qui est le vrai coupable.
Voilà comment les choses se passent dans le monde des
malades , depuis des centaines d’années , avec les Médecins, et avec les Magnétiseurs depuis plus d’un demi siècle. Qui pourra dire combien il s’écoulera encore de temps avant que tous les yeux s’ouvrent à la lumière ? Les meilleurs somnambules se taisent là-dessus. Néanmoins le règne du Magnétisme est certain , et peut-être sera-t-il proclamé par les Médecins eux-mêmes. Qui sait? Tous les jours les antagonistes les plus ardents d’une doctrine nouvelle en deviennent les plus chauds partisâns , et, en politique, on passe d’une bannière sous une autre. Telle est la loi du progrès; ceux qui profitent des abus sont fatalement poussés à servir d’instrument pour les renverser , et la brèche qu’ils font à leur pouvoir est irréparable. Le présent nous en oiïrc un exemple frappant , que je m’abstiens de citer , et le passé regorge de leçons à ce sujet. N’avons-nous pas vu , et ceci est vrai pour toutes les institutions bonnes à leur origine , et qui se laissent envahir et corrompre par les abus , n’avons-nous pas vu , dis-je , les Médecins s’attaquer violemment , se dénigrer , et se déchirer de leurs propres mains ? Si le grand Frédéric et les hauts seigneurs n’avaient pas, à qui mieux mieux, patronné la philosophie dissolvante du dix-huitième siècle, probablement la réforme politique et sociale qui s’est opérée depuis lors , serait à l’état de germe , et si les rois n’avaient pas abandonné la cause de l’infortuné et vertueux Louis XVI , la royauté existerait encore en France, et tous les trônes ne seraient pas menacés.
Le crisiaque qui a prononcé les Paroles dJun somnambule
a raison , quand ii dit que toutes les bonnes choses doivent passer au laminoir du mal, car le Magnétisme, à peine retrouvé, a déjà ses abus , ot si les Magnétiseurs veulent ne pas retarder son triomphe , il faut ne pas leur donner le temps de prendre racine , et les écraser dès leur naissance. Pour cela , ils doivent être irréprochables dans leur conduite, user avec la plus grande réserve , et toujours dans un but d’utilité bien reconnue , des facultés psychologiques des somnambules , car là se trouvent V erreur , Yabus, et le danger. En effet , puisque amour et Magnétisme sont synonymes , et que l 'amour est la base de la création , pour ceux qui admettent l’existence des divers mondes , il est évident qu’il ne peut y avoir solution de continuité, et que le Magnétisme se propage d’un monde à l’autre , dégagé de l’influence de la matière brûle , par conséquent perfectionné. C’est celte influence qui rend nos somnambules sujets à des égarements grossiers , qui éloignent la confiance des esprits graves , et dont on peut se servir pour abuser les esprits simples et crédules. Je ne prétends pas condamner ni interdire les recherches qui peuvent faire avancer les sciences , et arracher à la nature ses secrets lambeau par lambeau ; mais je pensé , d’une manière absolue , que ces recherches ne doivent pas être faites à la légère , à tout propos , et données en spectacle , dans un but de divertissement ou d’intérêt ; il faut qu’on les fasse sans précipitation , avec prudence et dans le recueillement , conditions indispensables pour qu’elles réussissent. Je sais des imprudents , qui , emportés par le désir de faire des expériences , ou ne connaissant point les conséquences funestes
qui pou vaient en résulter , ont laissé dormir leur somnambule pendant vingt-quatre heures , et l’ont abandonné dans cet état à ses occupations ordinaires. Fatale ignorance , dont les suites leur ont préparé d’amers regrets.
Je ne saurais donc trop le recommander ; il importe que les Magnétiseurs , qu’on me passe l’expression , ne pratiquent, principalement , que le Magnétisme terre à terre , le Magnétisme spécialement propre au monde que nous habitons , en un mot le Magnétisme curatif.
Il est trop vrai que pour se faire écouter, surtout au milieu de la tourmente qui agite actuellement tous les esprits , les propagateurs d’une vérité nouvelle , au lieu d’user du droit que donne une forte conviction et de lever fièrement la tète, sont réduits à s’incliner, à mendier l’approbation des défenseurs passionnés , ou aveugles , des idées anciennes , à leur demander humblement pardon d’avoir raison , et sont condamnés à devenir souples , petits , et à s’amoindrir. Cruel sacrifice , devant lequel cependant on ne doit pas reculer , quand on a la ferme conviction qu’on l’accomplit dans l’intérêt de l’humanité. Mieux vaudrait mille fois se prendre corps à corps et lutter avec son ennemi. Que la critique s’exerce sur le peu qui m’appartient , dans un ouvrage qui n’est , à proprement parler , qu’un recueil de faits , c’est très-juste , et je sens que mon insuffisance lui a fait une large part , mais je voudrais qu’elle épargnât des doctrines , dont je considère , en mon âme et conscience , l’application comme le remède le
plus puissant contre les plaies physiques et morales qui affligent l’humanité.
Quand il surgit une vérité , qui renverse toutes les idées reçues , beaucoup de personnes , fort respectables , du reste, ressemblent à ce Médecin , qui restait constamment assis dans son fauteuil , immobile et n’osant faire le moindre mouvement , dans la crainte de se briser. Si l’on veut porter la main sur les vieilles traditions pour les assainir , ils s’imaginent entendre la société craquer sur ses fondements , et s’écrouler de toutes parts. Le mot «réforme» les épouvante ; pour eux, le progrès poussé trop loin est un mal , et le bien est comme l’or pur, qui ne peut se passer d’alliage pour être façonné. Esprits timides , qui donnent prétexte à des révolutions , dont malheureusement les mauvaises passions s’emparent trop souvent , et que Dieu permet à profusion , pour servir d’exemple et de leçon aux générations futures, et les faire avancer.
Mes prévisions sur l’effet que devaient produire les Paroles d’un somnambule n’ont pas tardé à se réaliser , et je me vois contraint à une sorte de commentaire justificatif, que j’avais voulu éviter en donnant leur origine. A peine ont-elles paru , que plusieurs de mes amis ont jeté un cri d’alarme et d’effroi, et m’ont témoigné leur étonnement de ce que je les avais publiées ; ils ont vu dans ces Paroles une attaque directe contre la religion , la propriété et la famille , la glorification des
doctrines de Saint Simon , Fourrier , Cabet et Proudhon ; et enfin le Panthéisme , dans la théorie du monde.
C’est une erreur que je ne puis laisser sans réponse , dans un moment où il suffit de jeter à la face d’un homme les épithètes réprobatrices de « Communiste et Socialiste » pour faire honnir , sans examen ni appel , son caractère et ses œuvres.
Je garderai la plus grande réserve sur la question religieuse ; ce terrain est trop brûlant pour le fouiller. Je me
bornerai à dire qu’il n’est personne , qui , au fond de l’âme , ne reconnaisse qu’il s’est introduit , dans la religion , des abus trop déplorables , et j’en appelle aux bons prêtres.
Signaler les abus et indiquer le remède , est-ce vouloir détruire? Je soutiens que c’est vouloir consolider. Ainsi , par exemple , lorsque mon somnambule dit :
« Le seul propriétaire de la terre c'est Dieu ; Vhomme nen a que la jouissance , »
n’est-ce pas une vérité rigoureuse et incontestable? est-ce une attaque contre la propriété ? C’est tout simplement une définition plus exacte et plus équitable. Il a parfaitement raison d’appeler « jouissance » ce que nous nommons « propriété »> , en ce sens , que le principe de fraternité universellement reconnu , donne , dans certaines limites , à nos frères un droit à celle propriété , qui dès lors n’est plus en réalité qu’une jouissance, dont il ne nous est pas permis de disposer selon notre caprice ou nos passions , et qu’il nous est défendu de retenir exclusivement pour nous et nos enfants. Le som- \
nambule n’attaque donc que l’égoïsme personnel et de famille, et non la propriété et la famille , et nous conduit par une pente douce et naturelle à la solution de cette question irritante «la propriété», et la réduit à une simple question d 'utilisation.
Produire par vocation , distribuer par amour , voilà le secret de fermer à tout jamais , pour me servir d’une expression usitée ,, l’abime des révolutions.
Prétendrait-on aussi , qu’en présentant Yamour grand , Yamour de Y humanité comme le dominateur de toutes nos actions , il abolit l’amour paternel et maternel , enfin l’amour de la famille ? Mais ce serait une absurdité l L’amour grand ^renferme nécessairement tous les autres amours : l’amour de la nation , de la contrée , de la cité , de la famille , du prochain et de soi-même , qui forment son cortège obligé.
Quant à la question de la femme? mais il ne faut pas s’y méprendre ! Ce n’est ni l’infâme polygamie , ni l’inconstance qu’il prêche : je défie au contraire que l’on puisse stygmatiser en termes plus énergiques l’amour de la forme , le plaisir de la brute, la débauche , l’adultère et l’inceste -, dans cette question il nous montre , dans un horizon extrêmement lointain , ce que sera l’humanité , parvenue au degré de perfection vers lequel Dieu la pousse , l’humanité , comprenant et remplissant tous ses devoirs , sans effort , sans lois coercitives , par la seule inspiration de la conscience , ayant enfin démoli celte croûte épaisse , ce mur d’airain « le mal » qui empêche sa voix d’arriver jusques au cœur de l’homme.