‹ Traité de magnétismeChapitre 7 sur 69 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Dangers et abus du Magnétisme.

Il n’est pas de bien sans mal ; il n’est pas de mal sans remède , de poison sans contre-poison.

Le magnétisme a scs dangers et ses abus ; mais il a aussi ses préservatifs.

Leur application est simple et facile.

Les dangers du Magnétisme sont en petit nombre et sans gravité réelle , parce qu’il ne porte en lui aucun germe

nuisible. Ils proviennent tous de l’ignorance ou de l’imprudence des Magnétiseurs.

Il est cependant essentiel de les signaler et d’indiquer les moyens de les éviter.

Il ne faut jamais magnétiser une personne en bonne santé ; les effets que* l’on produirait seraient inaperçus ou nuis , et si l’on parvenait à en obtenir de sensibles à force de persévérance , ce serait en provoquant un malaise ou un désordre. Magnétiser quelqu’un en bonné santé , c’est verser de l’huile dans une lampe remplie jusqu’aux bords , et la répandre en pure perte. Dans ce cas , on ne peut avoir dïautre but que celui de s’amuser , car le Magnétisme étant une chose très-

sérieure , puisqu’il est destiné à guérir les maladies , cette

plaisanterie ne peut être que puérile ou ■ ridicule. Ce jeu ,

d'ailleurs , présente un danger assez grave pour qu’on ne

se le permette pas.

11 arrive souvent, qu’avec toutes les apparences d’une

santé florissante , on est malade ou l’on couve une maladie.

Le Magnétisme, appliqué même en plaisantant , produit des

effets -, il agit mal , mais il agit , et c’est précisément pour

cela que l’imprudent qui joue avec lui s’expose à provoquer

des crises qui peuvent amener des résultats très-fâcheux ,

s’il rencontre une constitution délicate et impressumabic:

Les personnes pour qui encore , et elles sont nombreuses ,

magnétiser est synonyme d'endormir , croient qu'on peut

obtenir le somnambulisme aussi bien sur quelqu’un en bonne santé que sur un malade. C’est une erreur grossière , qui présente le danger que je viens d’indiquer et qui expose à beaucoup de mésaventures ces Endormeurs , souvent mystifiés dans leurs essais inutiles et ridicules.

Il n \j a point de somnambulisme sans maladie.

Ces mêmes Endormeurs , qui ne voient pas le danger où il est, le voient où il n’existe pas. Us pensent qu’il est dangereux d’appliquer le Magnétisme sur la digestion. Le Magnétisme aide parfaitement à la faire ,• lorsqu’elle est embarrassée , et ne peut jamais l’arrêter , si le Magnétiseur est intelligent. Le danger est tout pour le magnétiseur dont la digestion n’est pas achevée , ou qui est à jeun depuis trop longtemps. Dans le premier cas , l’émission du fluide peut arrêter sa digestion ; dans le second cas , elle augmente la faiblesse qu’entraîne nécessairement le lœsoin d’aliments.

Il n’y a que les Magnétiseurs dQués d’un tempérament privilégié , et qui réparent leurs forces à . mesure qu’ils les dépensent , qui puissent se. permettre de magnétiser dans ces deux conditions. Cependant s’il y avait urgence , pour si faible que soit le tempérament du Magnétiseur , et dans quelque condition qu’il se trouve , il ne* doit pas hésiter à donner ses soins à un malade dont la position interdit tout relard , car if est rare qu’un acte, de charité puisse devenir

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fatal à celui qui l’exerce , et s’il en résulte pour lui une indisposition , elle ne, peut être de longue durée ni dangereuse, à moins que l’occasion .d’agir ainsi ne se représente trop souvent. Il est évident alors, qu’excédant trop fréquemment

scs forces , il finirait par succomber. 4 ...• ; ;,oü

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I^s temp^rojCpts bilieux et lymphatiques , n’ayant .que des crises faibles et souvent inappréciables , ne présentent

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aucun danger , s’il n’y a pas complication de maux.

Les tempéraments nerveux if offrent aucun danger réel.

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Leurs crises sont violentes , il est vrai, mais elles n’ont rien

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d’effrayant qu’à la vue. Tout le danger est pour le Magné-

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liseur inexpérimenté. J’ai dit de quelle manière il fallait

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procéder dans les crises violentes : il suffit d’avoir une vo-

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lonté forme et de laisser agir librement la nature , qui saisit

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l’instant favorable pour y mettre un terme. Il faut pour cela

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que le Magnétiseur soit bien convaincu que ces crises sont

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nécessaires. fünj#!îRia ongaof

J’ai rencontré des malades qui se sont élancés sur moi

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avec fureur et que j’ai, calmés d’un mot , d’un geste on

d’un regard. Que faut-il pour avoir cette puissance? La foi dans le Magnétisme et la confiance en soi. r-

Les tempéraments sanguins présentent du .danger, exigent une grande expérience et beaucoup de prudence. Les crises qu’ils subissent font galopper le sang dans tout le corps , et lorsqu’il afflue au cerveau , à l’estomac , à la poitrine ou au cœur, il y a péril si le Magnétiseur est novice et ne sait pas le guider ou le maîtriser.

Pour parer à ce danger , il suffît d’appeler vivement le sang dans les régions inférieures par des passes à grands courants, puis de l’y maintenir par une volonté forte et constante , en plaçant en même temps les mains sur les genoux et sur les pieds du malade.

Le sang ne peut faire des ravages sérieux que dans les parties supérieures du corps; il est donc prudent, à l’exception de quelques cas particuliers , de l’entraîner toujours vers les jambes.

II. existe des tempéraments si frêles et si impressionnables, qu’on pourrait les briser en employant trop d’énergie dans la Magnétisation. Fort heureusement ces constitutions sont excessivement rares , et les symptômes qu’elles présentent sont si alarmants , que le Magnétiseur inexpérimenté s’arrête, et les désordres qu’il a occasionnés n’ont ni durée ni suites fâcheuses.

Tout Magnétiseur qui n’a pas acquis une grande confiance dans sa puissance par une longue pratique , doit suspendre son action en présence d’une crise qui le surprend et l’effraye.

Il doit se borner à compatir du fond du cœur aux souf-

.(rances du malade , et , s’il met de la ferveur dans scs vœux , il est sûr de le soulager , de rendre la crise favorable et de l’amener à son terme , car cette magnétisation est la meilleure de toutes, quand le Magnétiseur hésite et doute de ses forces. .

Les abus du Magnétisme se réduisent au mauvais usage

qu’on peut faire du somnambulisme , soit contre la santé elles mœurs des somnambules , soit pour surprendre des secrets compromettants pour eux ou des tiers , soit enfin pour satisfaire les mauvaises passions du Magnétiseur ou celles d’autrui.

■. L’expérience a prouvé que les somnambules résistent toujours au Magnétiseur immoral qui veut abuser de leurs facultés ; et, s’il parvient à les faire obéir par la contrainte ou la corruption , des faits nombreux prouvent que les somnambules perdent bientôt leur clairvoyance et deviennent incapables de servir d'instrument coupable ; leurs rapports avec le Magnétiseur sont promptement brisés ou tournent à leur préjudice et à leur con fusion mutuelle.

On a vu , dans ce cas , des somnambules , par un effort de la nature révoltée , se réveiller d’eux-mêmes sans la volonté du Magnétiseur , volonté qui toujours est indispensable. Il ne faut pas de la nécessité de cette volonté en conclure que si , par impossible, un Magnétiseur ne voulait pas réveiller un somnambule , le somnambule dormirait eonslam-

ment. La nature viendrait à son secours et le réveillerait quand il en serait temps.

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J*ai souvent entendu faire cette objection ridicule contre le Magnétisme , voilà pourquoi je me suis cru obligé de parler d’un abus qui est imaginaire.

Voici un fait qui m’a été rapporté par le docteur A...., et qui prouve combien il importe de mettre de la délicatesse dans ses procédés avec les somnambules.

Le docteur A.... vivait dans l’intimité avec une jeune personne qu’il avait rendue somnambule. Malgré cela, et bien qu’il écrivit parfois dans le journal de Magnétisme de M. Ricar , alors à Toulouse , sa profession l’empêchait de croire à l’importance et surtout à la vertu curative du Magnétisme. Il considérait le somnambulisme uniquement comme un phénomène psycologique et physiologique curieux et propre à faire des expériences , au gré de son caprice ; en un mot , pour lui le Magnétisme était une chose insignifiante, en dehors du somnambulisme.

Ün soir il endort sa ^somnambule , et s’aperçoit qu’elle porte iine bague qu’il ne connaissait pas.

Poussé par un sentiment de jalousie, il l’interroge :

/). D’où te vient celle bague?

R. Votre question est indiscrète.

I). ,1e veux le savoir.

jR. Ce que vous faites là , Monsieur, n’est pas délicat...., et si c’était un secret !

/). N’importe , je veux le savoir.

, /i. Je vois le sentiment qui vous guide; c’est mal à vous , et vous ne le saurez pas.

/>. Je le veux , et je le saurai.

— Gi —

R. Vous ne le saurez pas , vous ue le saurez pas !...

Cette lutte , en se prolongeant , fait tomber la somnambule dans une crise violente. Le jeune docteur , qui àvait entendu dire que les somnambules étaient esclaves de la volonté de leur Magnétiseur , n’en tient aucun compte et persiste avec colère. La somnambule continue à répondre ,

d’une voix étouffée par les larmes et les sanglots : « Non !

non! non!.,, vous ne le saurez pas. »

La crise allait toujours en grandissant ; enfin elle devint si

terrible , que le docteur en fut épouvanté et n’osa plus insister.

11 lui fallut plus d’une heure pour ramener un peu de calme ; il avait tellement perdu la tète qu’il ne pouvait parvenir à réveiller sa somnambule. À force de peine et de temps il y réussit, mais la pauvre fille avait le corps brisé ; elle fut extrêmement souffrante toute la nuit et une partie de la journée du lendemain.

Le lendemain au soir ,1e docteur l’endormit de nouveau. La leçon de la veille avait été si forte , qu’il se garda bien de l’interroger sur cette malencontreuse bague , malgré les soupçons qui lui tordaient le cœur.

Il y avait une demi heure que sa somnambule dormait avec un calme profond , quand tout-à-coup il voit errer sur ses lèvres un sourire délicieux. Le docteur, qui n’avait pas des idées couleur de rose ,' et qui jusque-là avait gardé

un morne silence , lui dit :

D. Quelle est la bonne idée qui te traverse l esprit?

R . Ah , que je suis heureuse ! le mal que vous m’avez fait

hier est réparé. C’est bien! vous vous êtes vainou , vous ne me parlez plus de cette bague.

J).' Laissons cela : n’en parlons plus.

JL Pardon , pardon ! je vctix en parler.

Dé Non , je te le défends.

JL Allons , mon ami , point d’humeur. Hier , vous avez manqué de délicatesse ; aujourd’hui , vous vous comportez en homme d’honneur , et vous saurez la vérité. Vous connaissez mon cousin ? C’est lui qui m’a donné cette bague. Si hier vous aviez insisté davantage , vous m’auriez tuée. — Avec énergie , — Oui je serais morte plutôt que de vous le dire.

Six mois après , le docteur frémissait encore , en me racontant cette anecdote, des suites fatales qu’auraient pu entraîner son ignorance et son imprudence involontaire. Cette aventure lui donna à penser , et dès-lors il envisagea le Magnétisme sous un point de vue plus sérieux , et il l’étudia.

Peu de temps après , il rentra chez lui , pour y exercer sa profession. J’ai eu plusieurs fois le plaisir de le voir, et il in’a dit qu’il n’approchait jamais un malade sans le magnétiser du regard , ou par des attouchements faits de manière à ce que personne ne soupçonne ses intentions , autrement , ajoutait-il , je verrais déserter ma clientèle , et cependant je dois h

ô ces procédés si simples des cures qui m’ont fait le plus grand honneur, et dont j’aurais désespéré par- la Médecine légale.

Il est facile de rendre impossible tout abus du Magnétisme , en suivant les règles les plus vulgaires de la prudence.

Malgré la confiance qu’inspire un Magnétiseur, il ne faut

jamais le laisser seul avec un somnambule , surtout si- le sujet est une jeune femme.

Celte précaution doit être observée pour les femmes , lors même qu’elles ne seraient pas somnambules.

Du reste il est rare , à quelques exceptions près , qui tiennent à des positions particulières , qu’il n’v ait pas toujours quelques témoins , soit amis , soit parents , aux sommeils d’un somnambule , ne fusse que par curiosité.

Un Magnétiseur qui se respecte , malgré la pureté de ses intentions , ne doit jamais entreprendre le traitement d’un malade , tant que le Magnétisme ne sera pas généralement admis , sans le consentement de la famille du malade , et sans exiger que quelqu’un assiste aux séances. La prudence commande d’agir ainsi , pour ne pas donner prise à la calomnie ; d’ailleurs, qui peut répondre qu’il ne faillira pas? Médecins et Magnétiseurs se trouvent souvent dans des positions si délicates!..,.

H doit aussi , pçur mettre sa responsabilité à couvert , imposer la condition expresse de cesser tout traitement par la Médecine légale , sinon , il n’a pas seulement à combattre la maladie , - mais encore les effets nuisibles des remèdes , trop souvent mal appliqués , effets plus difficiles à détruire que le mal lui-méme. Le Magnétiseur qui ne prend point cette précaution est exposé à voir enlever au Magnétisme l’honneur de la guérison , quand elle arrive ; c’est un mal sans doute pour la propagation du Magnétisme , mais non pour le Magnétiseur, qui trouve sa consolation dans la pensée intime qu’il a rendu la santé au malade.

Ces motifs seraient suffisants pour exiger l'éloignement du Médecin , mais il en est un infiniment plus grave et toutpuissant : c’est que le Magnétiseur est inévitablement condamné à supporter la responsabilité des erreurs , quelquefois fatales , commises involontairement par le Médecin.

Le Magnétisme, eu compagnie de la Médecine légale , offre une foule d’inconvénients , qu’il est inutile que /énumère après ceux que je viens de signaler, et je conclus , d’une manière absolue , que , pour le moment présent , il n’y a pas de milieu pour les malades : il faut qu’ils se livrent sans ' réserve ou à la Médecine légale , ou au Magnétisme. .

Je sais qu’il y a de bons et honnêtes Magnétiseurs qui s’adjoignent des Médecins. Loin de moi l’idée de les blâmer ; je ne fais ici qu’émettre une opinion qu’ils partagent au fond du cœur ; et , s’il faut que je dise toute ma pensée , je crois qu’ils ne forment . cette alliance que pour se couvrir du masque de la légalité . Eh bien , ils se trompent ! Qu’ils en soientbien certains : si un malade, ce qui peut fort bien arriver, succombe pendant un traitement magnétique-, la présence du Médecin ne les couvrira pas , au moins moralement ; ils seront toujours' responsables aux yeux des parents et de la

société, et le Médecin toujours absous , grâce à son diplôme.

Puisqu’il est positif qu’en employant le Magnétisme seul ; pur , un bon Magnétiseur ne peut jamais faire du mal , et que s’il ne guérit pas le malade, du moins il le soulage., il doit opérer sans le concours d’autrui.

Quand les Médecins seront convaincus et réellement Magnétiseurs de cœur et d’âme , c’est-à-dire , quand ils auront

dépouillé le vieil homme , oh alors , ce sera bien différent ! Les Magnétiseurs vulgaires pourront bien encore rendre des services , mais ils devront leur céder le pas et s’effacer devant eux car il est des circonstances où la charitç a besoin du secours précieux de la science.

Cette époque arrivera lentement , mais elle arrivera. En attendant cette heureuse révolution , je répéterai :

« Magnétiseurs , faites du Magnétisme ; Médecins , faites » de la Médecine , et malades , optez pour l’un o0pour » Vautre . » i • '^r -/èob

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En général , on a une opinion exagérée de la dépendance du Magnétisé envers le Magnétiseur. Cette opinion est d’autant plus fausse que le Magnétisme est le plus puissant élément de sympathie et de confraternité. Le plus mauvais Magnétiseur ne peut se défendre d’aimer son malade ; l’intérêt qu’il lui porte est infiniment plus vif que celui du Médecin. Cette différence provient de la manière dont les deux Médecines se pratiquent.

Le Magnétiseur reste au moins une heure avec ses malades et ne peut en traiter que qqatre ou cinq par jour ; les procédés qu’il emploie partent tous du cœur et le forcent à s’identifier avec eux.

■ Le Médecin est obligé de voir trente malades par jour , et ne peut faire que des visites très-courtes. Son esprit seul travaille , et , quand son cœur est ému, cette émotion est passagère et s’éteint bientôt dans le tourbillon de sa clientèle.

Ce n’est pas la faute du Médecin , c’est la faute de son art, qu’on a enlevé de sa véritable base «la charité» pour le faire reposer uniquement sur une base accessoire : « la science. »

Aussi l’affection du malade pour le Magnétiseur prend sa source dans le cœur ; celle qu’il parait ressentir pour le Médecin a pour principe la peur de la mort ; ce n’est plus de l’affection.

L’entraînement du malade vers son Magnétiseur cesse avec la maladie qui lui donne naissance : cet entrainement a l’égoïsme , c’est-à-dire , le besoin pour base et la nature

pour moteur. Tant que le malade sent que le Magnétiseur lui est nécessaire et lui fait du bien , un sentiment intuitif le pousse vers lui. Dès qu’il est guéri il s’en éloigne, et cette espèce d’attraction cesse pour faire place à un sentiment de reconnaissance , plus souvent d’indifférence , et quelquefois d’ingratitude. Il faut bien qu’il en soit ainsi , car si l’entrainement du malade survivait à sa guérison , ce serait aussi déplorable pour le Magnétiseur que pour le malade et une raison , à mon avis , de repousser le Magnétisme.

La puissance du Magnétiseur n’est féelle qu?autant qu’il en use dans un but utile ou moral.

Une chose bien remarquable , c’est que les mauvaises natures trouvent rarement des personnes qui veuillent se laisser magnétiser par elles , et si par hasard elles en rencontrent quelqu’une, elle s’en éloigne bientôt-. Pour désigner ces mauvaises natures, on dit qu’elles ont le fluide noir. On

peut aussi le dire hardiment de toutes les personnes, qui magnétisent par frivolité ou immoralité.

Les Magnétiseurs eux-mêmes s’exagèrent leur puissance sur les' somnambules. Cette puissance est immense * il est vrai , s’ils en font un noble et salutaire usage ; mais elle se brise comme verre s’ils veulent en abuser. De là les étranges erreurs des somnambules qui avaient donné les plus magnifiques preuves de clairvoyance , quand on les sollicitait dans un but d’utilité , et les nombreuses déceptions des Magnétiseurs qui oublient , ou ne comprennent point la sainteté de leur mission. Combien de Magnétiseurs ont mis, leurs somnambules à la recherche d’un trésor ? Je ne sache pas qu’ils en aient encore trouvé aucun, et cependant il est constant , par des faits nombreux , que les somnambules ont la faculté de découvrir des objets enfouis depuis longtemps dans la terre , ou égarée soit en pleine campagne , soit dans les maisons.

On peut, habituer un somnambule à des recherches d’argent , appeler son attention sur des intérêts matériels , occuper son esprit de mauvaises passions : il cédera à la longue pour complaire à son Magnétiseur , mais jamais pour sa propre satisfaction ; car, quelle que soit sa pauvreté et la bassesse de sa vie privée , vous ne rencontrerez chez aucun l’amour de l’argent ni l’immoralité.

La clairvoyance de ces somnambules ainsi pervertis est toujours en défaut.

Plusieurs personnes ont manifesté la crainte que la puis-

sancc des Magnétiseurs ne portât atteinte au libre arbitre des somnambules.

Dès l’instant que cette puissance est passagère -et n’est

réelle qu’autant qu’on l’exerce daus leur propre intérêt ou celui d’autrui, toujours' selon les lois de la raison et de la morale, c’est comme si l’on traitait de liberticide la loi qui interdit aux individus d’incendier leur maison ou leurs récoltes. Ainsi parfois un somnambule , soit par caprice ou autrement, ne voudra pas s’examiner ou consulter un malade, et cela arrive assez souvent ,- quel mal y a-t-il que le 'Magnétiseur ait la puissance de l’y contraindre? Je crois , au contraire, que c’est un très-grand bien.

D’autres personnes regardent le somnambulisme comme très-dangereux , parce que * disent-elles , au moyen d’un bon somnambule , la vie intime ne serait plus murée.

Celte objection serait fort sérieuse si les somnambules n’avaient point le sentiment moral extrêmement élevé , et si par une loi divine leur clairvoyance ne s’éclipsait pas dès qu’on veut en faire un mauvais usage. Les honnêtes gens n’ont donc rien à redouter des somnambules , les hommes pervers doivent seuls trembler qu’ils les démasquent. Qui oserait prétendre que c’est un mal? C’est précisément pour cela que le Magnétisme est destiné non-seulement à relever l’espèce humaine du tribut déplorable qu’elle paie ù des maladies , contre lesquelles l’art et la science viennent se briser, mais encore à moraliser la société. Quand il sera répandu et généralement pratiqué , il y aura de bons somnambules en quantité , et les malfaiteurs seront retenus par la crainte

d*èlre découverts par ce nouveau moyen que la providence

a mis à notre disposition. Combien de crimes ignorés dont on trouverait ainsi les traces? Combien d’innocents reconnus et de coupables confondus , si on mettait les personnes prévenues d’un crime en rapport avec un bon somnambule bien guidé.

Je dois ajouter que , pour si clairvoyant que fût un somnambule , il ne faudrait pas se contenter de ses affirmations ; sa mission serait uniquement de donner des renseignements pour mettre sur la voie du crime et découvrir les preuves matérielles.

Que. toute crainte de l’influence , mal interprétée , du Magnétiseur et de la clairvoyance des somnambules cesse donc , et que les personnes pour qui l’efficacité du Magnétisme est bien démontrée et qui n’osent encore l’accepter par un louable sentiment de prudence , se rassurent. Les abus du magnétisme sont plus difficiles à commettre et plus faciles à prévenir qu’en toute autre chose. La nature est trop sage et trop prévoyante pour avoir renfermé un moyen facile et certain de désordre , dans l’élément de salut qu’elle a placé dans ^organisation de l’homme , d’une manière si intime , que tous ses actes en portent l’empreinte. D’ailleurs le temps portera remède aux écarts inséparables d’une doctrine encore à son berceau. Quand le Magnétisme se sera implanté dans les mœurs et dans la famille , chacun se fera magnétiser par les siens , et toute crainte disparaîtra avec le danger.

Qui pourrait assigner des limites à la puissance bienfaisante du Magnétisme ? Non-seulement il ne fait pas le mal , mais il le prévient souvent à notre insu , parce que nous ne pouvons pénétrer son travail mystérieux. En voici un exemple frappant, qu’un sentiment de réserve , facile à comprendre , me commande de dépouiller de ses détails :

JJn ami vint me prier de magnétiser une dame , séparée depuis longtemps de son mari. Elle se plaignait de douleurs au ventre, provoquées par une grosseur, qu’elle disait être un amas de sang. Je la magnétisai pendant deux mois , sans chercher, selon mon habitude, à pénétrer la cause de sa maladie. Au bout de ce temps , celte dame se trouvant mieux et ses douleurs ayant disparu, je me retirai. «

Environ deux mois plus tard , mon ami m’annonça que cette dame venait d’accoucher d’une fille en parfaite santé. Mais ce que vous ignorez , ajouta-t-il , c’est que vous avez sauvé l’enfant et épargné un crime à la mère. Redoutant les suites -graves d’une grossesse, dans la position où elle se trouve , pendant que vous la magnétisiez elle a fait trois tentatives d’avortement. Vous avez paralysé les effets des remèdes violents qu’elle a pris , tant sur elle que sur son enfant. Elle en est tellement convaincue que , dans l’intimité, elle appelle sa fille : l'Enfant du Magnétisme.

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