‹ Traité de magnétismeChapitre 9 sur 69 · CHAPITRE VIH · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIH

Somnambulisme magnétique.

*• La signification du mot «somnambulisme » , appliqué aux

somnambules nalurcls , est très-exacte , parce qu’en effet ils marchent pendant leur sommeil , mais elle présente un

contre-sens pour les somnambules magnétiques.

De tous les mouvements que font les somnambules magnétiques , la marche est le plus difficile et le plus pénible ; leurs pas sont lourds, craintifs , incertains et chancelants comme ceux d’un homme dans l’ivresse. Le Magnétiseur est obligé de les surveiller , et souvent de les guider et de les soutenir ; aussi , rarement ils demandent à marcher, si ce n’est pour leur santé ou pour un cas exceptionnel.

Les Endormeurs qui donnent le sommeil à leurs somnambules pour faire des expériences curieuses , ou des recettes , les font pesque toujours marcher; mais les somnambules restent constamment inhabiles à un exercice qui est pour eux si fatigant, qu’il paraît contre nature , car leur démarche n’est jamais assurée , en dépit d’une longue habitude.

Quand le somnambulisme magnétique sera compris et bien défini , on trouvera facilement une dénomination qui en donnera une idée précise.

Avant de traiter la question du somnambulisme magné-

tique , il importe de rappeler, que l’âme est l’anneau qui réunit , en l’homme , deux parcelles des deux grands tout , « l'esprit et la matière essentielle » , qu’elle es^ par conséquent demi spirituelle et demi matérielle , et de citer une définition

du somnambulisme , qui donne la clef des phénomènes qu’il

produit.

« Quand on parle des facultés des somnambules : absur- » dité ! Qu’on parle des facultés de l’esprit , à la bonne » heure! .

» Le somnambulisme est l’état naturel , dans lequel la na- » turc complète , réelle , se dépouille de ses voiles , qu’on » appelle corps , pour prendre toutes les facultés , toute la » science que possède l’esprit.

» V esprit ne voit pas, il sait : c’est cette science quç nous » appelons la science infuse. C’est la science réelle et non ta » science de convention.

» Quand on dit : fraternité , on a raison.

» Chaque individu , comme vous l’a fort bien dit votre » ami Gauzence , est un exemplaire de son semblable ; c’est » une molécule du même tout , l’esprit et d’un autre même » tout , la matière , molécules réunies l’une à l’autre et fon- » dues. .

» D’après cela , vous devez comprendre la transmission » de la pensée , car l'esprit ne voit pas , il sait : il est donc , r d’un particulier, appelé dans le tout , et du tout il voit les » autres particuliers , et peut êtré appelé sur eux.

» La transposition des sens s’explique par l’appel sur une » partie quelconque de lui-mème.

» Les prévisions que fait un somnambule sont seulement » des prévisions sur l’ordre des choses possibles , car il les » pressent et les aspire en quelque sorte.

» Le phénomène de la sympathie peut aussi s’expliquer » de la même manière. <

» La partie spirituelle de l’àme étant transportée dans son » tout , abandonne la partie matérielle de l’àme ; il y a une » désunion. Or, que deviendra celle partie matérielle? II est » absurde de supposer qu’elle restera isolée dans le monde , » car alors il y aurait une chose incomplète ; ce serait une » âme sans esprit: La partie matérielle va rejoindre son tout , » la matière.

» Le phénomène de la transmission <le la pensée existe , » par ce qu’on appelle l'esprit sur une partie de lui-mème.

» Le phénomène de la sympathie existe, parce qu’on »> appelle la matière sur une partie d’elle-même.

» La sensation est perçue , comprise , analysée , car l'esprit » ne cesse pas sa surveillance.

» L'esprit est un ; il est savant .

» Celte unité de l'esprit se' subdivise ; dans chacune de » ses subdivisions , qui , à proprement parler, ne sont que » des émanations , il rencontre une subdivision de la matière, » s’unit à elle et forme une âme.

» Le somnambulisme est la faculté , donnée par Dieu , » d’augmenter l’âme , c’est-à-dire de la faire remonter vers » ses tout en les appelant sur elle, de désunir les parties de » l’âme, en portant chaque partie vers son tout , tout en con-

» servant un reflet de cette union , reflet qui empêche la » désunion complète , c’est-à-dire / la mort. »

[Paroles d'un somnambule : question du Monde.)

Le somnambulisme est un professorat.

En dégageant Pâme de la matière brute , et en rapprochant

sa partie spirituelle de son tout , il lui donne la faculté de

nous expliquer le travail de la nature , et de nous indiquer

les moyens de le seconder.

De son côté, la partie matérielle de Pâme va aussi rejoindre son tout. Cette réunion donne aux somnambules la faculté de ressentir les maladies des autres , comme s’ils les avaient eux-mêmes.

La partie spirituelle de Pâme étant dans son tout , est dans le tout des autres , et sait ce qui s’y passe. Voilà pourquoi les somnambules peuvent connaître la pensée passée , présente et future.

De même , la partie matérielle de l’âme étant dans son

tout , est dans le tout des autres , et ressent ce qu’ils ressentent. Cela explique comment les somnambules peuvent indiquer les maladies passées , présentes et futures.

D’où il résulte que les somnambules , s’identifiant avec la nature morale et physique de leurs semblables , peuvent

explorer ces deux natures , et nous indiquer le remède à

leurs maux.

Dans le somnambulisme , le corps subit une mort momen-

tanée, ou plus tôt il y a suspension de la vie ordinaire; la vie se concentre dans la matière essentielle. Cependant toute communication» de la matière brute avec l'esprit n’est pas

complètement interrompue , autrement la mort s’en suivrait. Le corps conserve un reflet de cette communication , par l’intermédiavre de la partie de matière essentielle de l’àme , ce qui empêche la désunion. L’àme alors , presque dégagée des liens du corps pénètre dans les mondes supérieurs au nôtre; dans ce trajet , elle s’entretient avec les êtres qui habitent ces divers mondes , et s’éclaire avec eux. Les somnambules appellent ces êtres : « Anges gardiens » . C’est ce qui explique comment ils paraissent souvent converser tantôt à droite , tantôt à gauche , à voix basse ou à haute voix , avec des

êtres invisibles et imaginaires pour nous , mais visibles et

• réels pour eux.

Cette ascension de l’âme , à travers les mondes supérieurs, donne l’explication de la différence que présente la clairvoyance des somnambules. Plus leur Ame s’élève, plus la clairvoyance grandit ; or, comme l’âme de tous les somnambules n’arrive pas à la même hauteur, il existe nécessairement des degrés dans leur clairvoyance.

Le double phénomène qui se passe dans le somnambulisme, sur le corps et sur l’àme , explique ce que l’insensibilité et la clairvoyance des somnambules présentent d’anormal et même d’impossible, si nous les jugeons par comparaison avec notre état de veille , et démontre victorieusement la spiritualité de l’Ame et son immortalité , par conséquent l’existence d’une vie future.

Le somnambulisme est un joyau merveilleux délicat , fragile et très-difficile à manier. II faut en user avec la plus grande réserve ; le moindre souffle impur le ternit , et lé choc le plus léger le rompt : Semblable à ces feux follets qui s’élèvent du sein de la terre, brillent dans l’obscurité, égarent le voyageur imprudent qui les prend pour guide , ,\\ est la source des fautes et de toutes les erreurs des Magnétiseurs.

Sa découverte, prématurée, ou trop tôt divulguée, est une des principales causes qui ont arrêté la marche du Magnétisme, d’où il découla: on a oublié ou abandonné la cause , pour courir après l’ effet , ébloui que l’on a été par le merveilleux qu’il présente. Aussi , parlez à un malade de le magnétiser ; il vous demandera de suite si vous l’endormirez. On ne peut encore se persuader que le sommeil magnétique n’est pas indispensable à la guérison , et , pour beaucoup de gens , endormir est synonyme de magnétiser. C’est une erreur que

les vrais Magnétiseurs doivent s’attacher à détruire.

Le somnambulisme est amené par la maladie , et ‘disparaît avec le retour de la santé.

Il donne un sommeil rafraîchissant et réparateur, qui ' au lieu d’empiéter sur le sommeil de la nuit , le rend plus calme , plus long , et le ramène quand il fuit.

Pendant sa durée , le corps est dans un tel étal d’insen-

sibilité , qu’on peut pratiquer l’amputation d’un membre , produire une bruyante détonation aux oreilles , et placer sous le nez du somnambule un flacon d’ammoniac concentré, sans qu’il manifeste la plus légère émotion. Le somnambule ne

conserve l’ouïe et la sensibilité que pour son Magnétiseur, ou pour ceux avec lesquels celui-ci le met en rapport. Il en est cependant qui conservent l’ouïe ou la sensibilité , quelquefois

l’qn et l’autre ; mais , à moins d’une exception , c’est une

preuve que le somnambulisme n’existe pas, ou qu’il est incomplet. Quand le somnambulisme est complet, non-seulement les somnambules sont insensibles , mais , à leur réveil; ils oublient tout ce qu’ils ont vu , dit ou fait , pendant leur sommeil. Le Magnétiseur, par un acte de sa volonté, peut leur en laisser le souvenir en tout ou partie. 11 ne doit user

de cette puissance qu’avec une extrême réserve et lorsqu’il

y a nécessité absolue , par exemple , s’il n’a pu retenir une ordonnance que le somnambule a prescrit. Il doit surtout ,

non-seulement lui laisser ignorer les traits de lucidité qu’il a

donnés , mais encore éviter soigneusement de parler du Magnétisme en sa présence , lorsqu’il est en état de veille -, celte conversation préoccupe l’esprit du somnambule , réagit dans son sommeil et altère Scs facultés. Les Prêtres Egyptiens, qui probablement connaissaient le Magnétisme mieux que nous , sentaient si bien la nécessité et l’importance de celte réserve, qu’ils élevaient leurs sujets dans les souterrains de leurs temples , et les séquestraient entièrement du monde extérieur. Il faut aussi ne pas laisser, autant que possible , un somnambule assister , en état de veille , au sommeil d’un autre somnambule ; on ne saurait là-dessus prendre trop de précautions. *

Le Magnétiseur peut mettre le somnambule en catalepsie , provoquer et suspendre les phénomènes psychologiques et

physiologiques que comporte le degré de somnambulisme auquel le somnambule est parvenu. Celle puissance lui vient de la faculté qu’il a , par sa volonté, de rapprocher ou d’éloigner l’àmc du somnambule de. ses deux tout : «■ Y esprit et la matière essentielle » , toujours dans la limite du degré dé somnambulisme que le somnambule occupe, car c’est une erreur de croire que le Magnétiseur peut , à son gré , faire dépasser celte limite , si la nature s’y refuse. Il peut seules ment , selon qu’il le guide bien ou mal , favoriser ou paralyser les dispositions du somnambule.

Les Endormeurs abusent de cette puissance, finissent par l’annihiler et par détruire la santé de leurs somnambules , au lieu de la rétablir. Les vrais Magnétiseurs en sont avares ; en usant de leur pouvoir dans un but utile, ils l’augmentent au lieu de l'affaiblir, et la santé de leurs somnambules s’en trouve bien. . . •

Il y a trois degrés de somnambulisme :

1er degré. — L’àme pénètre dans le monde des êtres raisonnables.

2me degré. — Elle parvient au monde des êtres de génie.

5me degré. — Elle s’élève jusqu’au monde des êtres d’inspiration. (*)

Ce troisième degré est ce qu’on appelle ; « l’extase. » Les somnambules s’y maintiennent peu de temps ; ils entrevoient le dernier monde, le monde pur, mais ils ne peuvent y pé-

{’) Voir, aux Paroles dun Somnambule , la question du Monde.

nélrer. La mort seule donne ce privilège. J’en ai malheureusement un exemple sur lequel je dois encore garder le silence.

Les divers degrés du somnambulisme sont remplis d’une infinité d’échelons , qui expliquent les nuances sans nombre qui existent entre les somnambules du même degré.

Il y a plusieurs signes certains pour reconnaître si le somnambulisme est réel , et ne pas le confondre avec la somnolence. Les plus infaillibles sont : l’insensibilité et la convulsion de la pupille vers les frontaux.

Je condamne, sans appel l’usage trop fréquent de l’épreuve de l’insensibilité. Cette épreuve laisse parfois au somnambule, à son réveil, des traces douloureuses, qui peuvent devenir funestes , s’il a conservé , dans son sommeil , la sensibilité. C’est pénible à dire : quand les incrédules , surtout s’ils appartiennent à l’ordre des Médecins , demandent à faire l’épreuve de l’insensibilité, en général ils y mettent de la cruauté. Il faut donc bien savoir à qui on la permet; du reste, elle est sans utilité , aujourd’hui que l’insensibilité des somnambules est un fait acquis et n’est presque niée par personne.

Ce phénomène précieux doit vire uniquement réservé pour

les opérations chirurgicales.

Les Endormeurs s’imaginent qu’on peut donner le sommeil à un somnambule à toute heure et plusieurs fois par jour.

Il importe , au contraire, de fixer le jour, l’heure , le nombre des sommeils et leur durée. L’heure peut être choisie à la

convenance du Magnétiseur, à moins d’un cas particulier, ou d’un empêchement sérieux de la part du Magnétisé. Le jour, le nombre des sommeils et leur durée , doivent être fixés par les somnambules , parce que , seuls , ils ont la faculté d’apprécier avec certitude ce qui est opportun et nécessaire pour leur santé. Dès que le somnambulisme se déclare chez un malade, le Magnétiseur doit lui poser ces questions :

4° Quelle est Vheure qui convient à vos sommeils ? .

2° Quel est le jour P

3° Vous faut-il plusieurs sommeils par jour P 4° Combien de temps voulez-vous dormir P Le somnambule a toujours assez de clairvoyance pour répondre à ces questions d’une manière infaillible; la dernière doit être faite dans tous les sommeils , parce que leur durée est variable. S’il y a quelque changement à faire , ce qui n’est pas fréquent , le somnambule ne manque pas d’en avertir son Magnétiseur.

Une fois l’ordre du traitement établi , il faut bien que le Magnétiseur se garde de l’intervertir, à moins d’une circonstance fortuite et d’une raison légitime, sinon il nuirait à la clairvoyance du somnambule et à sa santé , si ces changements étaient trop réitérés. Un sommeil qui est bienfaisant dans un instant donné et pendant un laps de temps fixé , devient nuisible dans un autre moment , et si on le prolonge , ou on l’abrège. La raison en est simple : quand les somnambules fixent le jour, l’heure ? le nombre et la durée de leurs sommeils , ils sont guidés par leur clairvoyance ; ils connaissent l’instant précis où la nature demande à faire son travail

mystérieux, et la durée de ce travail. L’avancer ou le retarder, l’abréger ou le prolonger , c’est contrarier la nature et s’exposer à neutraliser, ou à rendre nuisibles les efforts qu’elle fait pour vaincre le mal.

Cette régularité dans un traitement magnétique doit être observée aussi scrupuleusement, pour les malades qui ne sont point somnambules , parce que le travail de la nature s’opère avec le même ordre chez eux, une fois l’impulsion donnée , et que les mêmes causes amèneraient les mêmes résultats.

À peine un somnambule est endormi , les Endormeurs en exigent des expériences.

C’est un vice capital , une manière de procéder qui offre déceptions et dangers.

Déceptions ! parce que si vous l’interrogez pendant qu’il s’opère une crise intérieure et sourde , son esprit ne peut être lucide , alors que son corps est en travail et souffre.

Dangers ! parce que vous pouvez interrompre une crise commencée , en provoquer une que la nature ne réclame pas „ en le faisant travailler dans un moment où le repos est nécessaire ; enfin , parce qu’il peut s’en déclarer une utile et violente pendant que vous occupez son esprit , ce qui peut amener des accidents très-graves.

J’ai connu une somnambule, qui , surprise debout au milieu d’une expérience par une forte crise réclamée par la nature , tomba à la renverse et manqua se briser là tète..

Le Magnétisme étant principalement destiné à guérir leSi

maladies, il ne faut rien demander à un somnambule qu’après avoir fait tout ce qui est nécessaire pour atteindre ce but. Or, pour cela il faut :

Consacrer la première partie du sommeil au repos ; .

La seconde , à l’examen de sa santé ;

La troisième , à l’examen de la santé des malades ;

La quatrième , à l’exercice et au développement de ses facultés psychologiques ;

La cinquième , à un instant de repos pour le préparer au réveil.

Quand on demande une consultation à un somnambule , s’il refuse de la donner, il faut s’assurer s’il est dans un état qui ne le lui permette pas : Dans ce cas, il ne faut pas insister. Si l’on peut se convaincre que son refus viènt de la paresse ou du caprice, défauts auxquels les somnambules sont très-sujets , il faut l’y contraindre impérieusement , au risque même de lui donner une crise violente. La consultation qui en résulte est toujours bonne , malgré qu’elle soit imposée , et la crise , pour si forte qu’elle soit , ne peut avoir des suites fâcheuses ; au contraire , elle sert de leçon au somnambule , qui , dans le somipcil suivant , confesse ses torts , remercie

son Magnétiseur , s’attache à lui davantage et ne contracte point de mauvaises habitudes.

Tout ce que le Magnétiseur exige, à propos et dans Vin tèrét des malades ou du somnambule, ne peut que tourner au profit de ce dernier. . ■

, Si le somnambule voit les malades pour la première fois

et que leur maladie soit grave , il ne faut pas lui faire donner deux consul (a lions dans le même sommeil , parce que les douleurs* sympathiques qu’il éprouve le fatiguent, qoiqu’elles soient passagères.

Si les maladies sont légères , il peut consulter jusqu’à trois malades.

S’il a vu plusieurs fois les malades , il peut en consulter quatre ou cinq , mais jamais au-delà , parce qu’il ne se soutient pas à la même hauteur de clairvoyance pendant toute la durée du sommeil , que scs facultés s’émoussent, et qu’il finit par y voir confusément.

C’est à l’intelligence du Magnétiseur à saisir le moment

où il doit arrêter ses somnambules; leur charité est si grande,

» ' , • ' qu’ils se laissent entraîner par le désir de guérir les malades,

et qu’ils ne calculent pas toujours leurs forces.

Après chaque consultation , le Magnétiseur doit avoir le soin de dégager le somnambule des émanations morbides qu’il a prises en touchant les malades , et des douleurs sympathiques qu’il a contractées.

Quand un Magnétiseur veut exercer les facultés psychologiques d’un 'somnambule, en dehors des maladies, il doit s’assurer que le somnambule est dans des conditions favorables , car, soit disposition de corps ou d’esprit , soit paresse , ou caprice , il refuse parfois de s’y prêter. Dans ce cas , ce n’est point comme pour les maladies ; il faut bien que le Magnétiseur se garde de l’y contraindre , à moins qu’il n’y ait utilité absolue , autrement il n’obtiendrait que de faux

résultats, et, s’il procédait souvent ainsi, il altérerait la clairvoyance et la santé du somnambule.

En général , pour tous les traits de clairvoyance qui n’ont pas les maladies pour but , il faut saisir le moment où les somnambules s’y livrent volontiers et avec plaisir. On est sur alors qu’ils ne commettront point d’erreurs , surtout si on les laisse à leur spontanéité.

Leur clairvoyance dépend en grande partie de l’opportunité des questions , de la manière de les poser et de la direction du Magnétiseur.

Les questions doivent être faites dans le moment où la maladie du somnambule ne réclame pas son attention , où son corps jouit d’un repos parfait et son esprit est dégagé de toute préoccupation , car , pendant que le somnambule dort , il est souvent absorbé par une image , ou une idée qui le cap^ tive à l’inSu de son Magnétiseur, à qui il ne communique pas tout ce qu’il voit et tout ce qu’il pense. C’est au Magnétiseur à l’étudier, à connaître ses habitudes, à le deviner , pour ainsi dire , au plus léger mouvement de son corps ,- à un geste et à l’expression des muscles de sa physionomie. .

Il faut d’abord appeler son attention, lui poser ensuite les questions d’une manière concise , nette, précise et simple. Si elles sont diffuses , obscures , ambiguës ou complexes ,

' son esprit vaste embrasse trop à la fois et tombe dans la confusion , ou l’erreur.

Il ne faut jamais lui adresser deux questions à la suite l’une

de l’autre. Ou doit attendre que la première soit résolue et ne passer à la seconde qu’après un intervalle de repos.

Le Magnétiseur doit veiller que les choses se passent toujours ainsi , que ce soit lui ou d’autres qui interrogent le somnambule ; c’est en cela qu’il se montre habile , car le succès des consultations et des expériencesen dépend.

Rien de plus diflicile à comprendre qu’un somnambule , rien de si diflicile à faire que sou éducation ; aussi le somnambulisme est-il l’écueil le plus redoutable pour les Magnétiseurs. Il leur faut beaucoup de douceur , de patience et de prudence ; ils doivent observer si le somnambule n’est pas à la poursuite d’une idée favorite , lorsqu’ils veulent appeler son attention sur un sujet , lui laisser autant que possible le choix de l’objet qu’il veut examiner, à moins qu’il n’y ait utilité et urgence d’appeler son esprit ailleurs , et ne désigner soi-même cet objet , que tout autant que cela lui est agréable ou indifférent. Tout ce qu’un somnambule fait d’incliitation , ou d’inspiration , est bien , et marqué au coin de la

vérité ; tout ce qu'on lui impose , par frivolité Ou caprice ,

est incomplet , mêlé d’erreurs et souvent de mensonges.

• Le Magnétiseur qui veut guider un somnambule au gré de son caprice , le jeter dans une voie contraire à ses dispositions et le devancer dans la carrière , ressemblé à ce cavalier maladroit , qui , pour faire entamer à son coursier la route qu’il veut parcourir , au lieu de se placer par côté un peu en arrière , de lui faire pressentir , en jouant légèrement avec les rênes, qu’il a un frein dans sa bouche et que son maître est là , et de le ramener tout doucement s’il hésite, ou s’écarte, se pose'devant lui et le lire brusquement par la bride. Le coursier effrayé et sentant la douleur, résiste , recule , se

dérobe , se cabre , se renverse enfin , entraînant parfois le cavalier dans sa chute , et ils se relèvent meurtris tous les deux. ... ■ .

Voilà comme procèdent les Endormeurs : Pour satisfaire leur amour-propre , ils ont la fureur de. faire parade de leur puissance ; ils aggravent ainsi la maladie de leur somnambule, allèrent sa clairvoyance , le rendent capricieux, menteur , et se font moquer d’eux , parce que leurs expériences échouent souvent. En abusant de sa puissance, on l’émousse, et l’on autorise la révolte de celui1 qui en est la victime. Alors tous les moyens sont bons ; l’astuce eombat la force ,

et le somnambule livre son Magnétiseur au ridicule, en le trompant sciemment , lorsqu’il n’y a pas possibilité de vé-

rifîer ce qu’il dit >.et en lui faisant des réponses absurdes.

Malheureusement tous les Magnétiseurs payent un tribut à cette faiblesse ; ils ne résistent pas toujours au désir de montrer leur puissance sur leur somnambule. C’est un écueil qu’ils doivent éviter soigneusement.

Le Magnétiseur et le somnambule doivent ressembler à ces ménages , où la femme a assez de tact et d’habileté pour avoir toujours l’air de faire la volonté du mari , et pour que cette volonté soit constamment la sienne , sans que le mari s’en douté.

11 ne faut jamais laisser passer sans observation la plus légère erreur à un somnambule ; sinon , il ne prend plus la peine de bien regarder ; bientôt il divague et vous répond au hasard , pour ne pas rester court , et par vanité.

S’il s’égare , il faut le ramener avec précaiüion , par la

douceur et la persuasion , employer la fermeté , mais jamais la violence; il sait parfaitement que la puissance et la charité ne connaissent pas rernporlement.

Le somnambule a la supériorité de l’esprit:

- Le Magnétiseur doit avoir la supériorité de la raison.

En général , la clairvoyance des somnambules est spéciale pour les maladies ; cependant , il en est quelques-uns qui n’aiment pas à s’en occuper et qui préfèrent diriger leurs facultés vers d’autres objets. C’est aux Magnétiseurs à étudier leurs, dispositions , et surtout , à s’assurer si elles ne viennent pas des idées dont ils sont préoccupés eux-mêmes , car les somnambules s’ideiilifient voloutiers avec les pensées de leurs Magnétiseurs.

Le Magnétiseur doit veiller à ce que le somnambule ne contracte pas l’habitude de poursuivre une , ou deux idées favorites , qui finiraient par devenir fixes , ou de répéter trop souvent les expériences* dans lesquelles il excelle, il en résulterait que le somnambule , renfermant son esprit dans un

cercle étroit , perdrait ses autres facultés , deviendrait routinier , par paresse , et parce que sa vanité y trouverait son compte. Dans ce cas , si le Magnétiseur se ravise un peu tard , le somnambule résiste quand il, veut le ramener ; si le Magnétiseur tarde trop à le corriger , c’est un somnambule gâté pour toujours , car il est excessivement rare que la clairvoyance perdue revienne , surtout dans sa pureté primitive. Parmi les somnambules que j’ai magnêt^és et qui

avaient été gâtés par les Endormeurs , je n’en ai trou vé qu’un

exemple , que je dois attribuer à un phénomène tout exceptionnel.

Pour éviter les erreurs auxquelles un somnambule est sujet, aucun n’est infaillible , il ne faut pas insister si Pon s’aperçoit qu’il a de la peine à voir ce qu’on lui demande. On doit l’habituer à faire l’aveu de son impuissance , le- louer avec bienveillance de sa franchise , l’exhorter à toujours agir avec la même loyauté , et lui exprimer avec sollicitude la crainte de l’avoir fatigué par une recherche infructueuse. En procédantde la sorte , le Magnétiseur remplit un devoir rigoureux,

et en recueille bientôt le fruit: il améliore la santé du som-

nambule , conserve et développe sa clairvoyance , et le rend sincère et dévoué.

La sincérité , chez les somnambules , est une qualité précieuse et indispensable , dont l’orgueil leur rend la pratique difficile. Pour tant grande que soit leur clairvoyance , elle peut être mêlée de quelques erreurs , parce qu’ils ne Veulent jamais paraître en défaut , et , si l’on n’est pas sur de leur sincérité , la prudence commandant la circonspection , une erreur commise fait quelquefois repousser la vérité. Dans aucun cas, il ne faut croire aveuglément à ce qu’ils disent , pour les traits de clairvoyance à distance et de prévision, si l’on n’a aucun moyen de contrôle, ou si ces traits de clairvoyance ne se produisent pas dans des conditions qui portent le cachet de la vérité , telles que la spontanéité , ou l’ignorance complète , en étsft de veille , de tout ce qui peut se rattacher aux questions qu’op leur adresse. C’est de la réserve et non une dé-

fiance injurieuse que je recommande ; si l’on n’a aucune raison de douter de leur franchise , autrement, comme ils lisent dans votre pensée, ils en seraient profondément blessés ; ils vous répondraient d’abord avec répugnance , puis , sans se

donner la peine d’examiner ce que v,ous leur demandez , la

sympathie entre vous s’affaiblirait et l’accord serait détruit. La circonspection ne les offense pas ; ils «avent qu’un vrai Magnétiseur doit être plus exigeant et plus difficile à satisfaire , sur la pureté de leur clairvoyance , qu’ün incrédule de bonne foi , qui désire être convaincu et converti. C’est du reste le vrai moyen d’éviter les mécomptes et les déboires ,

si fréquents en somnambulisme.

La clairvoyance des somnambules bien guidés est infaillible pour les maladies. Tous ne voient pas tout , puisqu’ils n’arrivent pas tous au môme degré et que leur clairvoyance n’e$t pas égale ; ipais tout ce qu’ijs voient est exact. 11 n’en est pas de même pour la vue à distance et les prévisions ; ils sont sujets à de fréquentes erreurs , surtout si on les sollicite sans motif raisonnable , ou par pure curiosité.

. Un Magnétiseur doit étrç assez bon observateur pour reconnaître si le somnambule répond sans réflexion, dit la vérité , ou en impose. Il arrive souvent , qu’au moment où on l’interroge , son esprit est captivé ailleurs ; alors il répond vite , au hasard , pour se débarrasser de votre demande et

se remettre à la poursuite de l’objet qui le préoccupe. Lors-

qu’il a été pris plusieurs fois sur le fait et réprimandé , il ne retombe plus dans la même faute ; si au contraire le Magné-

tiseur ne s’en aperçoit pas , il devient coutumier du fait et le trompe , à dire d’expert.

Le Magnétiseur ne doit jamais se laisser aller à l’enthousiasme, lors même que le. somnambule lui donnerait les preuves les plus éblouissantes de clairvoyance , surtout si le somnambule sanctionne , par l’autorité de sa parole , une pensée que le Magnétiseur nourrit. Subtil à saisir ses faiblesses , le somnambule les flatte , caresse son amour-propre, pour bientôt intervertir les rôles, et, de sujet docile, devenir maître impérieux. Aussi combien de somnambules qui dominent leur Magnétiseur !

Un Magnétiseur doit encore éviter soigneusement d’être trop caressant , ou trop sévère avec le somnambule. Il faut qu’il soit calme , doux , bienveillant et grave ; if faut , en un mot , que tous ses actes partent du cœur, et portent l?empreinte de la raison et de la dignité.

Le célèbre Caliste , somnambule' de M. Ricar , tomba , après l’avoir quitté, entre les mains des Endor meurs. Sa santé fut bientôt altérée et sa belle clairvoyance ternie. Je le vis dans deux séances publiques ; quand il faisait quelque expérience , il ordonnait brutalement à son Magnétiseur de s’éloignor, et lui parlait toujours, comme on dit vulgairement, les poings fermés. Quelques jours après, il vint m’annoncer qu’il quittait son Magnétiseur, et me prier de le traiter. Malheureux et souffrant il m’intéressa , et j’y consentis , après m’ètrc assuré avec son Magnétiseur qu’ils se séparaient d’un commun accord. Sa santé fut rétablie avec une rapidité merveilleuse ; elle était profondément altérée , et cinq jours

suflirent pour la réparer entièrement. Puis j’avisai à ramener

sa clairvoyance. Oh ! pour cela, il me fallut trois mois. Comme

jel ’ai dit , c’est le seul exemple que je puisse citer pour mon compte. .

Pendant les trois premiers jours que je le magnétisai , je le laissai me répondre avec brusquerie , selon son habitude , et je lui parlai avec une extrême douceur.

Le quatrième jour , je lui dis froidement :

« M. Caliste , si vous prenez ma douceur pour de la fai- » blesse, vous vous trompez. 11 me semble que lorsque je » vous parle poliment vous pourriez me répondre de même» .

Il garde le silence ; un instant après je l’interroge , et il me répond avec la même brusquerie.

« SaVez-vous , lui dis-je alors , toujours d’un ton calme, » que d’un mot je puis vous briser? Si vous pouvez voir ma » pensée , lisez-la et médilez-la » . *

11 ne répondit rien. Je le laissai achever son sommeil sans lui adresser la parole , mais m’occupant toujours de sa santé avec sollicitude.

Le lendemain , à peine endormi , il me fit ses excuses de

lui-même , me dit que j’avais eu raison de me fâcher , et

qu’à l’avenir il n’y donnerait plus lieu.

« Vous avez tort , lui répondis-je , de croire que j’étais en

» colère quapd je vous ai parlé ; si vous aviez bien examiné,

» vous auriez vu que je n’ai pas cessé un instant d’être calme, » et que mes paroles avaient été presqu’aussitôt oubliées que » prononcées : Ne parlons plus de cela. »

Depuis ce jour, il fut d’une politesse parfaite avec moi , et

plus lard avec les malades qu’il consultait , et qu’il avait aussi la coutume de brusquer.

Il y avait chez lui une chose bien singulière : Le sommeil magnétique, qui ordinairement embellit les traits, imprimait aux siens quelque chose de satanique. Quand il dormait et qu’il entr’ouvrait les yeux, ce qui lui arrivait souvent , on ne voyait que la cornée opaque , ce qui lui donnait un aspeét effrayant, qui, joint à la sauvagerie de ses mouvements, imprimait parfois la terreur aux malades qu’il consultait.

Lorsqu’il m’a quitté pour reprendre sa vie errante , il était d’une lucidité remarquable pour les maladies, et pour lire dans le passé des personnes qui élaient en rapport avec lui ; il avait parfois des moments de sublime clairvoyance. Malheureusement ses goûts de dissipation ne- lui permettent point d’être constant, et le somnambulisme lui étant aussi néees- • saire que la nourriture, dès qu’il passe quelque temps sans dormir il lui manque quelque chose, et il se fait donner le sommeil par le premier venu. Il est impossible que, changeant aussi souvent de Magnétiseur, il puisse conserver ses facultés.

11 faudrait qu’il fût avec un Magnétiseur expert qui ne le perdit pas un instant de vue; il rendrait alors de grands

services aux malades et donnerait de beaux traits de clairvoyance.

Caliste cache un tempérament faible, sous les apparences de la santé et de la force : 11 est probable qu’il sera somnambule toute sa vie.

Un somnambule prend volontiers les idées de son Magné-

liseur ; il est doue bien essentiel de s’isoler quand on l’interroge , car , pour s’épargner la peine de chercher, il pourrait

fort bien user de la facilité qu’il a de lire dans votre pensée , et vous donnpr votre opinion pour la sienne ; aussi je n’ai qu’une médiocre confiance dans le somnambule d’un Médecin. Il sera infailliblement allopathe ou homéopathe , selon que son Magnétiseur sera l’un , ou l’autre ; il appréciera la maladie comme lui , et , au lieu d’avoir ia consultation d’un bon somnambule , vous êtes exposés à recevoir quelquefois celle d’un mauvais Médecin. Un Médecin croit difficilement aux facultés médicales d’un somnambule ; il est rare qu’il puisse faire abnégation complète de ses connaissances acquises , au point . de renoncer à son jugement médical et d’accepter des opinions, souvent contraires aux siennes. De là naît d’un côté la défiance , de l’autre un juste mécontentement , qui produit , si

je puis m’exprimer ainsi, un tiraillement qui blesse le som-

nambule/ obscurcit sa clairvoyance et rompt la sympathie qui doit l’unir à son Magnétiseur. Pour obvier à ce grave incon-

vénient , tout Magnétiseur / qu’il soit Médecin ou non , doit s’abstenir de juger la maladie , ou de se former une opinion sur la question qu’il adresse au somnambule. Si le Magnétiseur n’a pas la force de s’isoler , il a un moyen bien simple d’y parvenir : Qu’il interdise au Somnambule , par la volonté, de lire dans sa pensée , il est certain que tous les efforts du somnambule viendront se briser contre cette défense, car, je ne saurais trop le répéter, tout ce que le Magnétiseur commande dans un but utile réussit.

Les iïndormeurs agissent autrement : ils dictent souvent ,

par la pensée > la réponse à leur somnambule. C’est là une indigne tromperie.

Les somnambules connaissent et prévoient le travail de la.

nature et ses besoins ; ils prescrivent avec certitude les quan-

tités , les combinaisons des remèdes dont ils connaissent les propriétés , l’heure précise et l’ordre dans lequel il faut les prendre , pour qu’ils produisent leur effet. Aussi est-il indispensable de se conformer , avec une exactitude minutieuse , à leurs ordonnances , sinon ils s’en aperçoivent dès que vous vous présentez devant eux , et vous grondent. Si, vous persistez deux ou trois fois dans votre inexactitude, ils refusent absolument de s’occuper davantage de vous.

Je désapprouve qu’on leur fasse apprendre , en état de veille, la propriété des plantes, la composition des remèdes et leur vertu. Je crois fermement que cette méthode est erronée et même dangereuse ; et voici sur quoi je me fonde.

Quand le somnambule dort , si le Magnétiseur n’est pas sur ses gardes , il préfère se servir de ses notions de l’état de veille, que de se donner la peine de chercher le remède qu’il faudrait appliquer , notions nécessairement incomplètes , et souvent fausses. Le somnambule n’est plus alors qu’un Médecin , et un Médecin ignorant , parce que ses études sont toujours moins fortes que celles des personnes qui se destinent à celte profession. Pour moi , je préfère la consultation d’un Médecin, expérimenté , à celle d’un semblable somnambule , tandis que je donnerais la préférence à la consultation d’un somnambule illétré et simple , dans son état de veille , mais

livré à ses inspirations dans son sommeil , sur celle du plus habile Médecin.

Il est incontestablement préférable de laisser un somnambule à son ignorance de l’état de veille et entièrement livré à

sa nature. Sans doute , il commettra des erreurs de langage ,

emploiera des termes impropres , dénaturera le nom des plantes, estropiera celui des remèdes; quelquefois même il désignera un organe pour un autre et se trompera sur la place qu’il occupe. Qu’importe l’imperfection de la forme, si le fond est bon? Il ne faut point pour cela mal augurer de sa clairvoyance , et ne pas avoir foi dans ce qu’il dit , car, à coup sûr , s’il se trompe sur les mots , il ne sé trompera pas sur la maladie , son siège , sa cause et ses effets , sur la propriété , les doses , l’ordre , l’opportunité et l’efficacité des remèdes qu’il prescrira , en vous indiquant, à heure fixe , les^ résultats qu’ils amèneront. Lors même que son ordonnance serait bizarre, par la forme de son application, et contraire à toutes les idées reçues en Médecine , on peut la suivre en toute assurance , car c’est la nature qui le guide ; et si nous ne connaissons pas tous les secrets de la. nature, nous savons du moins quelle ne se trompe jamais.

Il arrive souvent que les somnambules , en désignant sur eux l’endroit où souffrent les personnes qu’ils consultent , confondent le côté droit avec le gauche. Caliste commettait souvent cette erreur , si grossière en apparence ; je lui en fis le reproche. Voici sa réponse ; •

« Quand je consulte un malade , je le reflète comme dans » une glace; s’il est placé en face de moi , sa gauche devient

» ma droite ; et en lui disant : vous souffrez de là , je porte » machinalement ma main sur mon côté droit. Cela n’arrive » pas quand le malade se place à mon côté ; c’est une faute » d’inadvertance. »

Je l’engageai à y veiller à l’avenir, parce que cela pouvait affaiblir, ou détruire la confiance des malades ; il ne tomba plus dans cette distraction.

On est assez généralement porté à croire que les personnes

dont l’esprit est cultivé, sont plus suceplibles de clairvoyance

que celles dont' l’esprit est inculte.

Jusqu’à présent l’expérience a prouvé le contraire.

Les facultés médicales les plus éminentes , se rencontrent principalement chez les personnes simples et d’üne bonne

nature , dont le cœur est resté pur , dont les mœurs n’ont

pas été corrompues par le contact de la société, et l’esprit n’a ' pas été usé par l’étude, par exemple, chez les habitants de la campagne, s’ils ont conservé leur simplicité rustique dans toute sa naïveté. .

Le somnambule, comme Je Magnétiseur, doit être sobre et moral j sinon point de guérison , point de clairvoyance.

Il est cependant probable, que , pour les sciences , un savant plongé en somnambulisme et bien guidé par le Magnétiseur , lors même que celui-ci ne serait pas versé dans les questions qu’explorerait le somnambule ; étendrait ses connaissances de l’état de veille , et rectifierait ce qu’elles pourraient avoir de faux. Je ne serais pas étonné néanmoins , et cela par dé-

duction de quelques faits , qu’un somnambule complètement étranger à la science , en état de veille , pût, en somnambulisme, voir mieux et plus loin, sur certaines questions , qu’un autre qui serait savant en état de veille. Ce phénomène provient sans doute de ce que l’esprit de l’ignorant est dans toute sa virginité, et n’a pas besoin du travail de redressement qu’exige

celui du savant, s’il est dans une fausse voie. Ce travail est

long et difficile , car lorsque l’esprit est faussé , rarement on

le ramène dans le droit chemin; il faut au Magnétiseur une

constance et une prudence à toute épreuve.

Il arrive parfois qu’un somnambule eherche vainement le remède, ou le nom du remède qu’il veut prescrire. Le Magnétiseur, bien qu’il l’ignore, peut, par un acte de sa volonté seule , dissiper le voile qui cache aux yeux du somnambule l’objet, de ses recherches. Que dire alors do ces Endormeurs , qui font métier de vendre les consultations de leur somnambule , et qui , après l’avoir plongé en somnambulisme au moyen d’une bague , ou de tout autre objet afin d’éblouir le

malade , s’éloignent et ^laissent tête à tète avec la personne qui vient se faire consulter? Ignorants, qui, ne consultant que leurs intérêts , blasent leur somnambule à force de lui faire donner des ordonnances, et l’endorment plusieurs fois par jour, sans presque laisser d’intervalle d’un sommeil à l’autre ! Stupides , qui ne savent point qu’il doit exister communion de charité entr’eux et leur somnambule , et qu’ils sont les moteurs et les régulateurs de ses facultés!.... Qu’arrive-t-il? Le somnambule se trouve comme un navire sans boussole ,

sans gouvernail ni pilote , qui glisse cependant sur les flots , mais qui erre à l’aventure: privé de son guide et du principe qui lui a donné sa vie nouvelle , il marche dans l’obscurité et s’égare. Comme l’élément sympathique qui est en lui ne dépend point de son Magnétiseur , il le conserve dans toute sa force, et il surprend la confiance du malade en lui désignant, d’une manière précise , sa maladie , son origine et ses effets. Quant à l’indication des remèdes , si , comme cela arrive , il ne peut- pas les voir, pour ne pas faire preuve d’impuissance , il devient médecin ; il a l’habitude de donner des ordonnances , il en prescrit une au hasard : il est à son aise ; le maître, n’est pas là pour le contrôler ! Heureusement il ne prescrit rien de dangereux ; mais si la maladie est grave et ancienne , il n’ordonne que des palliatifs , et le malade ne guérit pas. Je connais des malades qui ont été abusés de la sorte pendant plusieurs mois. '

Les somnambules guidés ainsi peuvent opérer quelques guérisons ; mais ils ne méritent pas grande confiance. Les seuls véritablement bons somnambules sont ceux que leur Magnétiseur n’endort que pour les traiter, et non pour vendre des consultations, et qui ne consultent lès malades que lorsque leur état le permet , et à l’heure de leur sommeil. Je ne prétends point qu’on ne puisse déroger à cette règle -, mais ce n’est que dans des cas d’urgence et par un sentiment de charité.

Tout individu qui ne magnétise point les malades et se borne à donner, ou à vendre des consuliations , à l’aide d’un

Somnambule, n’est point un Magnétiseur : c'est un Endor meur.

Le désir d’avoir des somnambules est si fort chez les Endormeurs , qu’il les pousse à les dérober à ceux qui les ont formés. C’est une action déloyale, et sans profit pour celui qui la commet et pour son complice. Un somnambule ne conserve pas sa valeur en passant d’une main dans une autre, comme une pièce de monuaie volée ; bientôt il perd ses facultés pour avoir commis un acte d’ingratitude, et celui qui l’a séduit ne tarde pas à être désappointé ; il est rare qu’ils restent longtemps ensemble.

Il n’en est pas de même quand le somnambule change , pour des raisons légitimes, de Magnétiseur, et avec son consentement. Les premiers jours il éprouve bien quelque chose d’inusité , une espèce de malaise qui disparaît bientôt ; si son nouveau Magnétiseur est expérimenté, la santé et la clairvoyance du somnambule n’en éprouvent aucune atteinte.

Un Magnétiseur ne doit jamais laisser endormir son somnambule par un étranger , à moins qu’il ne soit obligé de

faire une longue absence. Il doit alors mettre beaucoup de circonspection dans le choix de son remplaçant , et lui recommander de s’abstenir de faire des expériences.

Le Magnétiseur pouvant se faire remplacer par des objets magnétisés , soutenir et augmenter leur action , en se recueillant à l’heure où le somnambule doit prendre son sommeil avec eux , je les préférerais à un remplaçant.

Quoique l’on ait dit des somnambules , ils n’ont pas la science infuse!

Combien de sottises et d’absurdités n’ont point fait commettre et débiter, aux Endormeurs , ces êtres si intéressants et encore incompris ? Un Endormeur vous dira qu’iin somnambule connaît toutes les langues, parce qu’il vous aura répondu à une question que vous lui avez adressée dans un langage qui lui est .étranger, en état de veille. C’est une absurdité, ou une ignoble jonglerie. Ce phénomène , qui existe réellement, n’est autre chose que le phénomène de la transmission de la pensée. Comme la pensée n’a pas d’idiôme particulier , il n’est pas étonnant que le somnambule , qui a la faculté de la saisir, même sans qu’on l’exprime, comprenne la vôtre dans quelque langue que vous la lui formuliez.

Les somnambules se plaisent avec les bonnes natures , et ont un éloignement invincible pour les mauvaises ; ils possèdent tous les nobles sentiments au plus haut degré , surtout celui de la pudeur. Ce n’est qu’avec une extrême répugnance, et la rougeur au front , qu’ils consultent les syphilitiques , même les somnambules qui sont prostitués au. public, et dont les facultés servent à faire un métier ; malgré l’habitude , ils mettent , dans les consultations de ce genre , la plus grande convenance. Si c’est une femme qui est appelée à faire une

consultation de cette nature , fût-elle, en étal de veille, aban-

donnée à la débauche la plus déboutée , le Magnétiseur est forcé parfois de faire usage de toute son autorité pour l’y contraindre.

Le contact de ces malades inspire à tous les somnambules une espèce d’horreur, et la consultation qu’ils donnent est toujours suivie d’une crise , qui souvent est trèsr-forte. Le

Magnétiseur doit avoir le soin de bien le6 dégager.

On peut trouver de la clairvoyance chez les somnambules qui mènent une vie désordonnée , mais elle passe comme un éclair. Si le Magnétiseur traite l’àme en même temps que le corps , il peut épurer leurs mœurs ; quand c’est une femme publique , pour atteindre ce but , il doit lui recommander

expressément de garder le secret sur son traitement , afin

que son entourage ne paralyse pas l’action qu’il exerce sur elle. ' ' • •

Entre plusieurs preuves de ce que j’avance, je” vais citer deux faits, qui prouvent l’influence morale du Magnétisme sur les mœurs et les mauvaises habitudes des somnambules. Je dois faire observer qu’un Magnétiseur ne doit s’immiscer dans la vie intime d’un somnambule, que dans l’intérêt de sa santé, à moins que le somnambule ne prehne l’initiative et l’en prie, comme dans cette circonstance :

Un de mes somnambules m’ayant fait , spontanément -dans un de ses' sommeils l’aveu d’une liaison coupable , sortit précipitamment une clef de sa poche et me la remit , en me

priant de la magnétiser dans l’intentiou de rompre des rap-

ports qui étaient contraires à ses devoirs , et funestes à sa

santé. Je m’empressai de satisfaire ses désirs.

Le lendemain , dès qu’il fut endormi', sans qtiestions de ma part , voici ce qu’il me raconta.

« Hier au soir , en sortant d’ici , je me suis dirigé , selon » mon habitude , vers le lieu ordinaire de mes rendez-vous; » en arrivant, j’ai présenté, mon passe-partout à la serrure ; » jugez de mon étonnement ! il m’a semblé sentir à l’instant » une main de fer qui étreignait mon poignet et le détournait : » vainement je me suis entêté ; je n’ai jamais pu rencontrer » le trou et parvenir à y introduire la clef. Cette lutte a duré » environ dix minutes ; impatienté, j’ai fait enfin un demi tour » sur mes talons, et , sans savoir où j’allais, je suis rentré » chez moi au pas de course , comme poussé par une force » invisible.» •

Le même somnambule faisait excès de bière. Par ma seule volonté et sans l’en prévenir , je l’ai forcé à cesser d’en boire pendant deux mois ; toutes les fois qu’il la portait à ses lèvres , il lui trouvait un goût si désagréable , qu’il la rejettait aussitôt. •

11 faut toujours demander à un somnambule son consentement , avant de le réveiller , quoiqu’il ait fixé le temps qu’il veut-dormir , parce qu’il pourrait arriver qu’une prolongation de sommeil lui fût nécessaire. S’il ne survenait aucune crise qui exigeât d’abréger ou de prolonger la durée du sommeil , et que le Magnétiseur négligeât , lorsque le moment serait arrivé , de réveiller le somnambule , celui-ci ne manquerait pas de l’avertir que l’heure du réveil a sonné. Celte faculté de mesurer le temps avec une précision infaillible , est commune à tous les somnambules , et le Magnétiseur , s’il est attentif,

n’a pas besoin de consulter la montre pour connaître l’instant du réveil , parce qu’il est toujours précédé de quelques légers mouvements du somnambule. *

La clairvoyance des somnambules ne se manifeste en

général, d’une manière sensible, qu’après quelques jours ; elle

ne se soutient pas au même degré pendant la durée du sommeil, et subit diverses phases dans le cours de leur traitement :

elle suit la marche et les progrès du Magnétisme dans sa lutte contre la maladie ; elle se développe et grandit progressé

Vcmcnt , comme l’açtion magnétique , jusqu’à ce qu’elle *

atteigne son apogée ; arrivée là, elle s’y maintient pendant quelque temps, puis elle décline à mesure que le mal diminue, pour disparaître' enfin , avec le sommeil , lorsque la guérison est complète.

Le mal fa clairvoyance et les effets du Magnétisme , parcourent une double .échelle , et s’évanouissent quand leur marche ascendante et descendante est terminée. . v

Dans toutes les maladies , ce qu’il y a de plus difficile et

de plus long à obtenir , c’est une amélioration. Quand la clairvoyance arrive à son apogée , c’est une preuve que l’amélioration est réelle, solide, et le retour à la santé prochain.

Aussi la marche descendante est toujours plus rapide que la marche ascendante.

Cette loi s’applique également aux malades qui ne sont qu’en somnolence , ou qui ne dorment pas. Le travail de la nature est le même pour eux pendant leurs crises , visibles ou

rr

— to<> —

invisibles , el tout aussi salutaire, malgré qu’ils soient privés de sommeil et de clairvoyance. •

Puisque le somnambulisme est un état passager , dont la fin est le retour à la santé , un vrai Magnétiseur doit souhaiter de perdre ses somnambules. Cette perlç n’est regrettable que parce que le Magnétisme n’a pas encore acquis le droit de cité parmi nous. Quand il sera généralement pratiqué , elle sera facile à réparer ,.ct, pour un somnambule perdu , on en retrouvera dix. Il faut donc s’attacher aux som- ' nambules temporairement , d’une affection toute paternelle , quel que soit leur sexe , être animé du désir de rétablir leur santé , de profiler de leurs facultés dans l'intérêt des malades, et non d’en jouir pour sa propre satisfaction. *

Le somnambulisme étant passager , il est évident que tout somnambule , chez lequel cet état devient permanent , a un tempérament maladif , ou une maladie incurable , soit grave soit légère. Les somnambules dont on entretient les disposi-

lions au sommeil magnétique , pour les exploiter en les donnant en spectacle comme des > animaux savants , nonseulement ne guérissent pas de la maladie qui leur a procuré ce magnifique mais bien triste privilège , quand ils tombent dans des mains inhabiles , ou cupides , mais celte maladie s’aggrave de jour en jour et passe à l’état chronique , ou

constitutionnel. Ce qui est encore plus terrible , c’est qu’au

bout d’un certain temps le somnambulisme devient pour eux

une maladie plus fatale et plus cruelle que celle qui lui a donné

naissance, maladie qui entraîne, lot ou tard, prostration de forces , décomposition du sang , la phthisie , et enfin une mort certaine et prématurée. J’en conimis'malheureusemenl un exemple accompli et d’autres qui ne tarderaient pas à l’être , si la nature n’avertissait pas presque toujours la victime , qui finit par échapper à son bourreau pour se livrer à des mains plus spges , ou.qui contracte pour le Magnétisme une répugnance invincible.

J’ai traité un somnambule , menuisier de son état , qui , à ving-quatre ans , et d’un tempérament fort, avait presque perdu l’usage de ses jambes. Cette faiblesse provenait de ce que son Magnétiseur , qui l’avait enlevé à. son état, moyennantune légère rétribution , l’endormait sept à huit fois par jour , pour vendre des consultations à dix francs. Il me fallut trois mois pour le guérir; la santé revint, mais sa clairvoyance ne reparut point.

Il fut poussé à venir me trouver par une circonstance singulière, qui prouvera combien il importe de ne pas jouer avec le Magnétisme.

Il se trouvait en partie de plaisir avec sept à huit de ses amis ; ceux-ci instruits qu’il était somnambule , connaissant à peine le Magnétisme de nom, et imaginant faire une plaisanterie sans conséquence , s’amusèrent à lui faire des Passes. Dans moins d’une minute, ce jeune homme fut endormi, et de suite il se déclara une crise épouvantable, provoquée par ce mélange incohérent de fluides et de volontés , qui jetla la

terreur dans le cœur de ses imprudents camarades. Ne sa-

chant à quel saint se vouer, ils se disent entr’eux qu’il faut

aller chercher son Magnétiseur. Le somnambule , qui entendait ceux qui l’avaient endormi , leur cria :

« Non, n*y allez pas, allez chercher M. Olivier; lui seul » peut me tirer de cette fâcheuse position. »

Nous ne nous étions jamais vus, et i! ne me connaissait pas plus* que je ne le connaissais moi-même. 11 était deux hèures de la nuit; scs amis allaient partir pour venir me trouver , lorsqu’il ajouta ;

«N’y allez pas; il est absent, il est parti pour-Agde au- » jourd’hui. — Le fait était vrai. — Quel malheur! portez- » moi chez moi , et laissez-moi tranquille ; j’ai à souffrir » pendant sept â huit heures, et puis je m’éveillerai» »

Les choses se passèrent ainsi qu’il l’avait annoncé , et ses amis lui en ayant fait le récit dès qu’il fut réveillé , il quitta son Endormeur , et vint me prier quelques jours après de le magnétiser.

% L’abus du somnambulisme est le plus grand danger du Magnétisme ; j’engage les Endormeurs à y réfléchir.

La clairvoyance des somnambules ainsi sacrifiés est bien vite altérée, et se réduit bientôt au plus simple phénomène du somnambulisme , la transmission de la pensée.

La fameuse Prudence , somnambule si magnifique dans ses

poses , en était réduite â ce phénomène , après avoir été excellente pour les maladies et la vue à distance. Tout ce qu’elle faisait dans ses représentations, n’était que Ja reproduction de ce phénomène , présenté sous diverses formes pour allonger le spectacle et amuser le public. Aussi , victime immolée au 'Magnétisme , eHe était presque toujours souf-

(Vaille , el son Endormeur , au lieu de la magnétiser , pour du moins pallier le mal qu’il lui faisait , la livrait aux mains

des Médecins qui , la voyant menacée d’une congestion céré-

braie , lui pratiquaient de fréquentes saignées , et la faisaient ainsi descendre tout doucement dans la tombe , à la fleur de son âge.

Qunad on questionne les somnambules sur les maladies et

qu’on les interroge sur un cas de conscience , on peut avoir foi dans leur parole ; j’entends parler des somnambules bien guidés el non de ceux qui sont façonnés à l’image , ou au caprice de leur Magnétiseur. Tous prêchent la morale du Christ dans toute sa pureté , et je suis convaincu , qu’un sauvage , vivant dans l’état primitif, et étant plongé en somnambulisme,

prêcherait la même morale. Cette expérience serait extrême- , «

ment intéressante ; il est à regretter qu’on ne puisse la faire

dans nos. contrées civilisées.

Quant aux questions d’intérèi matériel , ou politique , il faut se tenir sur ses gardes et ne pas se laisser entraîner, ou séduire par la subtilité de leur esprit , ou par leur éloquence éblouissante. Us conservent quelquefois un reflet de leurs

idées de l'état de veille , cl surtout ils épousent volontiers les

sentiments de leur Magnétiseur , s’il est assez faible pour les laisser percer , ce qui peut arriver à celui qui est de la meilleure foi du monde. Du reste , ces questions n’intéressent que médiocrement les somnambules , el ils ne s’en occuperaient jamais si leur Magnétiseur ne les y poussait.

— Ji(V

Il est un genre de somnambulisme qui existe plus particulièrement chez les femmes , et qui mérite toute l’attention des Magnétiseurs ; je veux parler des somnambules religieux. Quand on dirige leurs facultés vers les maladies, ils sont parfaits ; mais ils s’égarent si on les laisse s’abandonner à

l’enthousiasme de leurs idées religieuses, ou contemplatives ;

alors ils tombent dans une espèce d’extase factice, surtout s’ils appartiennent à une classe dont la religion peu éclairée touche à la superstition. Ils décrivent le Bon-Dieu , le ciel et

l’enfer , les anges , leur manière de vivre et leur costume.

Le langage de ces somnambules passe pour du radotage aux yeux du monde , mais le vrai Magnétiseur doit se défendre de

faire l’esprit fort avec eux; il ne doiCmis s’arrêter à la forme, il faut qu’il cherche la vérité au fond des choses, qu’il combatte insensiblement leur superstition et qu’il se garde de les heurter. S’il est habile, s’il s’identifie à la pensée qui les anime , s’il sait séparer l'ivraie du bon grain , celte pensée lui apparaîtra sublime au milieu de cet alliage , fruit d’une éducation inculte , et il les fera servir à des cures merveilleuse^.

Le somnambulisme présente tant de phénomènes , qu’on . ne peut supposer que les Magnétiseurs se creusent la tète pour en inventer. Il n’est donc pas possible de douter de leur sincérité ; tout ce qu’ils rapportent s’est évidemment passé sous leurs yeux. Mais, il faut le dire, entraînés par l’enthousiasme ils sont sujets à se faire illusion , à croire trop facilement et à devenir illuminés.

J’ai lu des relations de somnambules religieux. Je suis

— in-

certain que les Magnétiseurs qui les ont écrites rapportent fidèlement ce que le somnambule a dit ; mais je doute, qu’à l’insu du Magnétiseur , le somnambule ne fut pas égaré , ou plutôt je crois qu’il l’était. Il y a des Magnétiseurs qui élèvent leur somnambule, à l’extase ; c’est à tort : Pour que l’extase soit pure , il faut qu’elle arrive naturellement; si elle est provoquée , le somnambule divague , et finit par prendre l’habitude d’arriver à cet état, d’autant plus précieux qu’il est plus rare. Loin de le pousser à y parvenir , le- Magnétiseur , s’il s’aperçoit qu’il y revient trop souvent, doit , peu à peu , avec la plus grande prudence , détourner du ciel et de l’enfer

l’esprit du somnambule et l’appeler sur d’autre3 sujets. L’extase provoquée n’es^qu’une surexcitation.

Le somnambulisme produit des phénomènes merveilleux, mais il ne fait pas des miracles. Ge n’est pas moi qui contesterai ses phénomènes ; d’autant que si j’en publiais un , tout exceptionnel , on me traiterait de fou , bien qu’il ne renverse pas Jes lois connues de la création. Or, quand je lis qu’une somnambule , ayant ordonné pour remède line plante que l’hiver a flétrie et qui ne se trouve pas dans la contrée, invoque son ange gardien , le prie d’aller la chercher, et qu’un instant après , la plante , traversant toit et plafonds , tombe fraîche comme au printemps , dans le salon , sur les genoux de la somnambule, je dis que je n’accuse pas la bonne foi du Magnétiseur , mais qu’il est probable qu’il a eu une hallucination. Je crois à des phénomènes aussi surprenants , mais d’une autre nature , et mon esprit se refuse à croire à un fait

qui renverserait les lois physiques dé l’univers et serait par conséquent un miracle.

« Quelques croyants me répondront , que Dieu peut tout ce qu’il veut. Sans doute , leur dirai-je * mais il ne veut que ce qui est raisonnable , et il ne serait pas raisonnable qu’il voulut aller contre l’harmonie de l’univers , contre l’ordre qu’il a établi , pour satisfaire un somnambule , pour si religieux qu’il soit. Qui dit Dieu , dit perfection : tout ce qui émane de lui est parfait ; et si Dieu touchait aux lois du monde , il ne serait plus parfait.

Il n’est pas douteux pour les Magnétiseurs qui ont sérieusement observé les phénomènes dtr somnambulisme, que l’esprit des somnambules s’élève jusqu’à des mondes supérieurs au nôtre et communique avec les Etres qui les habitent. Une chose vraiment extraordinaire , c’est que si l’esprit du Magnétiseur , malgré qu’il ne puisse suivre celui du somnambule dans les hautes régions qu’il parcourt, ne le soutient pas, le guide mal , ou l’abandonne à lui-méme , le somnambule s’égare et tombe dans un monde d’illusions et de chimères.

J’ai eu une somnambule qui me décrivait le ciel avec ses Anges et les Saints , l’enfer avec ses Diables ; elle voyait Dieu, le Christ et Satan, et parlait avec eux ; elle s’occupait de ses parents et grands parents , qui étaient morts et condamnés , disait-elle , aux flammes éternelles. Pendant ses sommeils , elle faisait des efforts inouïs pour les arrachera leur supplice; elle priait, suppliait Dieu de lui accorder cette grâce , versait d’abondantes larmes s’il refusait , promettait de faire dire des messes, que sais-je moi !.... Quand elle consultait un malade,

clic lui disait les parents qu’il avait perdus , lui expliquait les actes de leur vie qtii les avaient fait condamner à l’enfer , et lui indiquait les moyens qu’il devait employer pour les en faire sortir. C’était toujours des Pater e t des Ave , des prières

à telle , ou telle chapelleries saints , ou à la sainte Vierge.

Cependant la vérité se trouvait au milieu de toutes ces folies : elle ne se trompait point sur les parents morts et sur les actions de leur vie , et rachetait toutes les extravagances dont elle mêlait ses prévisions , par des ordonnances , ordinairement fort bizarres dans leur mode d’application , qui opéraient des cures merveilleuses. Cette exaltation superstitieuse. provenait de l’état déplorable de son cerveau et de son éducation. Peu à peu cette exaltation tomba et lit place à des sentiments religieux épurés de tout préjugé. Son cerveau était si malade , qu’il fallut plus d’un an pour obtenir ce changeriient. Je ne la contrariais pas , je la laissais dire, je tâchais de démêler le vrai du faux , elles malades s’en trouvaient bien. Je me serais

gardé de la montrer, même à des Magnétiseurs peu avancés , tant ses propos étaient étranges , ses phrases entortillées , ses gestes singuliers , et sa manière de procéder, dans ses consultations , ridicule en apparence. Une personne qui s’occupait du Magnétisme en amateur , et avec laquelle j’avais des rapports qui ne me permettaient pas un refus, me^ pria de lui faire donner une consultation. Ce que j’avais prévu ne manqua pas d’arriver. En sortant , cette personne me dit :

« Je suis étonnée qu’avec votre expérience vous soyez la » dupe de cette femme : c’est une farceuse et une intrigante.»

«« Que voulez-vous, lui répondis-je !... vous avez vu qu’elle

» esl cruellement estropiée; il lui faut trois ou quatre heures

» de sommeil par jour, et de temps en temps deux fois dans » la même journée. Savez-vous comment elle emploie ce » temps-là, cette farceuse et celle intrigante? A donner, gratis , » des consultations et à magnétiser les malades. Elle ne se » borne pas à cela ; elle y joint des aumônes au-dessus de ses » faibles moyens. Pas plus lard (ju’hier je l’ai vue , malgré » ses précautions pour ne pas être aperçue , plonger la main » dans la poche de son tablier , en retirer une pièce de deux » francs , dont l’absence s’est bien certainement faite sentir » dans son ménage, et la glisser furtivement dans la main » d’un pauvre diable , estropié comme elle , qu’elle venait de. » consulter. Joignez à cela qu’elle me fait des cures étonnan- » tes , et vous conviendrez que si elle joue la comédie , le » spectacle qu’elle me donne vaut bien celui que nous voyons » tous les jours, depuis le haut de l’échelle sociale jusqu’en » bas. » •

Celte somnambule magnétisait dans ses sommeils , et appelait le fluide magnétique , «/a grâce de Dieu. «Souvent, pour prendre du fluide , elle passait ses mains sur les miennes et sur mes bras ; d’autres fois , elle les élevait pour le puiser

dans l’air , afin , disait-elle , de m’épargner , et priait Dieu de lui en envoyer. S'il lardait à lui accorder sa demande , elle s’impatientait , boudait , pleurait amèrement jusqu’à ce qu’elle

l’eût fléchi , et alors , la figure rayonnante de joie , elle portait ses mains avec empressement sur son genou, que des remèdes trop violents avaient ankilosé depuis dix ans.

. Eps passes qu’elle faisait en magnétisant les malades étaient

singulières , et produisaient de grands effets. Tout en elle portait l’empreinte de la .folie , et cependant elle donnait des traits de clairvoyance étourdissants : Ainsi un jour , après

avoir consulté M. P..». , elle lui dit que sa sœur; dont elle

n’avait certainement jamais entendu parler et dont j’ignorais moi-même l’existence , était malade. Après lui avoir décrit sa maladie, énuméré les remèdes que les Médecins avaient infructueusement employés depuis longtemps , elle lui donna une ordonnance assez singulière , mais fort simple, qui , dans

peu de temps , guérit parfaitement la sœur de M. P Elle

ne consultait pas un malade sans s’occuper de sa famille ; on n’avait pas besoin de l’en prier et de lui donner un rapport. C’était bien la somnambule la plus étrange qui se puisse voir ; elle se réveillait seule, entendait tout et se rappelait de tout ce qu’elle avait vu , ou dit dans son sommeil ; enfin elle présentait une exception que je crois réservée aux personnes dont le cerveau est profondément attaqué.

-, Parmi les traits de prévision qu’elle a donné, je citerai celui-ci , qui est palpitant d’actualité. Quatre mois avant le 24 février 1848 , elle annonça les journées des 21 , 22, 25 et 24, et la chiite de Louis-Philippe. Elle ne laissait passer aucun sommeil sans me recommander d’avertir deux de mes amis qui se trouvaient alors à Paris. Voyant que je ne tenais aucun compte de ses recommandations , dans le mois de janvier elle insista tellement, qu’enfin, le 17 , je me décidai à donner avis à ces Messieurs des évènements qui se préparaient.

Au commencement de son traitement, elle tombait souvent

en erise supplémentaire,* surtout à la messe, eu présence du tableau du. Christ et de la Vierge. -

Pendant ces crises, elle faisait faire à son genou malade les mouvements gymnastiques, les plus extraordinaires, et, ce qu’il y avait de remarquable , c’est qu’entourée de monde, elle choisissait toujours l’instant où. personne ne pouvait voir ce qu’elle faisait , pas même la personne qui l’accompagnait à l’Eglise et qui se plaçait à côté d’elle.

Née au village , et appartenant à d’honnètes et pauvres paysans , lorsque le travail manquait elle allait quêter dans les maisons de campagne et dans les châteaux voisins. Accueillie par le cri des animaux de la basse-cour et les aboiements des chiens , la pauvre enfant , à peine âgée de six ou sept ans , éprouvait des épouvantes qui , à force d’ètro réitérées , troublèrent son sang. Jusqu’à l’âge de 55 ans, époque où elle commença à se faire magnétiser, sa vie n’avait été qu’une longue et cruelle maladie. Clouée les années entières sur son lit de douleur, et presque toujours seule , sa tète avait fini par se troubler, et , lorsqu’elle vint me trouver, elle était presque folle. Le quatrième mois de son traitement , dans ses

sommeils , elle rendait les scènes de sa vie d’enfance , en

imitant le cri des animaux et les aboiements des chiens qui lui avaient donné tant de frayeur ! Admirable travail de la nature , qui faisait remonter le mal à sa source , pour le prendre à son origine et le vaincre plus facilement. .

J’ai rencontré plusieurs fois ce phénomène chez d’autres malades.

- Celle somnambule m’a montre la plus belle cl la plus intéressante application de ce précepte :

« Guérissez-vous les uns les autres. »

Pendant, scs sommeils , elle magnétisait deux enfouis cruellement estropiés , l’un de dix ans et l’autre de quatorze. Après les avoir magnétisés l’un après l’autre une heure et demie' chacun , après avoir réchauffé , par des insufflations ,

leur corps étiolé , et répétri dans ses mains leurs membres tordus , elle les prenait alternativement dans ses bras , les posait sur son genou malade , qu’elle frictionnait avec leurs membres estropiés , et, sous le poids de leur corps, elle faisait jouer ses nerfs et exéculcr à son genou des mouvements de flexion.

11 n’a pas fallu moins d’un an pour rétablir l’ordre dans

ses idées , et ce n’est qu’après dix-huit mois qu’elle a . pu commencer à marcher avec facilité.

Il est rare que les expériences faites en public réussissent complètement; il n’y a que celles qui se font à l’improviste , dans un but d’utilité , et pendant le sommeil consacré au traitement des somnambules. Si , malgré ces précautions , le Magnétiseur s’aperçoit que le somnambule est mal disposé , qu’il n’hésite pas , qu’il ajourne sa séance , car rien ne corrobore l’incrédulité comme les expériences demi concluantes ; il vaut mieux qu’elles échouent entièrement , ou , ce qui est préférable et devrait toujours avoir lieu , que le somnambule soit habitué à faire franchement l’aveu de son impuissance.

C’est à l’absence de ces précautions qu’il fout attribuer l’insuccès des Magnétiseurs , qui ont présenté leurs somnambules aux Médecins et aux savants. Ceux-ci se sont emparés des plus légers prétextes , des plus faibles hésitations pour nier les faits concluants , parce qu’on avait commis la faute de leur -donner d’avance un programme. Quand on a un

somnambule il ne faut pas dire , « venez voir telle expé-

rience » , mais « Venez , voyez et méditez. » Il faut surtout se garder de vouloir donner des explications aux Médecins et aux savants ; si vous les suivez sur ce terrain , vous êtes sûrs qu’ils vous envelopperont dans leurs raisonnements , et vous prouveront que le phénomène qui vient de se passer sous leurs yeux est impossible et n’existe pas.

Quand un Endormeur a obtenu d’un somnambule quelques traits remarquables de clairvoyance , il est enthousiasmé , ébloui ; il est lier de son succès et se croit un être privilégié. Impatient d’en faire part à ses amis et connaissances , il a bâte de leur montrer les merveilles du somnambulisme et de faire, comme l’on dit, travailler le somnambule devant eux, sans discernement , sans utilité , uniquement pour satisfaire son amour-propre de Magnétiseur. Il ne manque pas surtout de donner le programme de la soirée.

Les phénomènes qu’il annonce sont si extraordinaires , si incroyables , que les invités arrivent chez le Magnétiseur comme s’ils allaient chez un escamoteur , prévenus , disposés à tout observer avec une défiance mêlée d’un peu de malveillance, cl à siffler le faiseur de tours , son compère, ou sa machine, s’ils parviennent à découvrir la ficelle. Qu’arrive-t-il?

Le pauvre somnambule , entouré d’une atmosphère d’incrédulité ironique , interrogé maladroitement et dans un moment peut-être inopportun, soutire, s’agite, se trouble, répond à tort et à travers , et fait le contraire de ce qu’on lui demande. Les spectateurs regardent VEndorméur avec ce sourire qui n’a pas de nom. Celui-ci commence à perdre son assurance ,

* et fait recommencer l’expérience. Les choses vont de mal en pis , et les sarcasmes de pleuvoir ! Les railleries l’irritent d’autant plus, qu’il est de bonne foi. Ce qu’il a annoncé, le somnambule l’a fait il y a quelques jours , la veille même , le malin peut-être, car il ignore qu’on ne peut endormir un somnambule à toute heure et plusieurs fois dans la journée; il croit bonnement que ce qu’il a obtenu une fois , il peut l’obtenir toujours et selon son bon plaisir : Le malheureux se tourmente et ne comprend pas- d’où peut provenir cet échec.

Que fait alors VEndorméur démoralisé ? 11 accuse l’infortuné somnambule de ses tribulations ; la mauvaise humeur et la colère s’emparent de lui et se mêlent de la partie : Il gourmande, il gronde , il brutalise son innocente victime , qui fait des efforts inouïs , sue sang et eau pour le satisfaire , et tombe d’absurdités en absurdités , heureuse encore si elle sort de cet enfer sans crise fatale à sa santé !

Force est de mettre fin à la séance et de la renvoyer à un autre jour, en assurant que les expériences réussiront mieux.

Chacun se retire , prodiguant à VEndorméur ces consolations perfides qui arrachent l’épiderme , bien convaincu intérieurement que le somnambule et VEndorméur sont deux imbéciles, ou deux charlatans maladroits , et que le Magné-

(isme est un mensonge ridicule , ou une chimère.

Ce qui peut arriver do plus heureux au somnambule , c’est que VEndortneur, découragé , l’abandonne, ou que la nature,

révoltée , l’avertisse de le quitter.

Une jeune somnambule , ainsi guidée , avait conçu une telle aversion pour son Endorment *, qu’elle disait , par intuition , dans son état de veille , que si elle osait elle le poignarderait. Quand il se rendait. chez elle pour rendormir, elle le sentait venir de loin , et se cachait de suite. Il fallait aller l’arracher à sa retraite; elle marchait au sommeil comme une victime que l’on traîne au supplice.

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En présence des. immenses facultés des somnambules , on est justement surpris et choqué en même temps de les voir tomber tout-à-coup dans des erreurs grossières , et l’on ne conçoit pas comment des intelligences et des consciences si élevées sont sujettes aux faiblesses'de l’état de veille, poussées à l’excès , et peuvent se montrer menteuses , jalouses , pa- . resseuses et vaniteuses.

Le phénomène qui se passe sur la partie spirituelle de l’âme , pendant le sommeil magnétique , nous donne la clef de celte contradiction apparente.

A mesure que la partie spirituelle de l’âme franchit un des échelons qui la séparent de son tout, « l'esprit », et se rapproche de lui , le somnambule dépouille successivement les défauts de l’étal de veille, et revêt progressivement les qualités de l’esprit, jusqu’à ce qu’elle arrive au sommet de l’échelle »

qui les sépare. Parvenue à ce point , le somnambule , presque

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