HISTOIRE DE LA COUR ET DES COURTISANS
Panneteries de la cour des rois de France , xvi*^ et XVII® siècles y précédées de celles de la cour des comtes d^ Artois y xiii® et xiv* siècles. Un vol. in-fol. de deux pieds de long, sur dix pouces de large, basane, racine Verte, dentelles . . i6o fr.
DE LA COUil, ETC.
is5
Les cent trois petits rouleaux manuscrits qui forment ce volume des dépenses de bouche de îa cour des princes et des rois de France, depuis le XIII® jusqu’au xviii® siècle, sont comme de longues anciennes tables chargées de pains , de vin , de pièces de viande, de gibier, de fruits, que l’on voit pour ainsi dire payer, peser, diviser^ couper, distribuer.
Table de la comtesse d’Artois.
« Lundi XVI® août année mil n® iiii” xviii : Pain (( XVII sols. Nappes xviii deniers. Vin xxii sols i de» « nier. Fruicterie vi sols... Somme de la journée (( VI liv. X sols I denier. — Dimanche xix® septem- <c bre... Cuisine... Garnison madame xx pièces « char...
Table de madame de Savoie.
(( Mercredi ix août m ccc xxxv : Pour vu pastés « de bresme ii sols... Pour un cent de tartes a ni de- « niers cascunes... Pour un cent de darioles de « cresme... Pour lx pastés de venaison xi deniers « cascun... ))
Table de Henri III.
« Lundy deuxième décembre mil cinq cents qua-
DE LA COLU
(( ire vingt cinq, Cuisine... bccasses.., un poulet « d’Inde xxv sols. . . xii allouettes v sols, gélinoles. . . )>
Table de la reine de Navarre.
« Jeudi, onzième juin mil v® iiii” vu, quinze « douzaines de pains... vin cleret... bœuf de ser- (( vice... bœuf sale'... chevreaux... pièces defour... p Cette belle princesse payait tout plus cher que le roi Henri III son frère ; mais il faut dire aussi qu’elle demeurait sur le sommet de la haute montagne d’Usson et au milieu des Normands du midi.
Table de Louis XIV.
(c Samedi XIV avril 1668... poisson d’eau douce... (t de mare'e... vin pour le poisson. »
Toutes ces panneteries, depuis le xii^ siècle, jusqu’au xviii®, sont divisées en Panneteries, Echansonnerie. Cuisine, Fruicterie, Fourrière. Dans cette partie d’administration comme dans bien d’autres tout était pour ainsi dire réglé, régi comme par un ancien rituel de cour. Mais ne croyez pas que dans les panneteries il n’y eût que les articles de dépense qu’on vient de lire; il y en avait bien d’autres; et voilà ce qui en varie singulièrement la physionomie. Par exemple^ on lit à la date du 28 mars 1298: « Item à une famé qui garit Robert monseigneur de (( son œil por poivre qui lui estoit entré dedans.—
ET DES GODUTISANS.
a Le xxxie jor de mars donne au roy des escoles de «Hesdiii qui vindrent voir monseigneur vu sols, « Faità remarquer pour l’histoire de l’inslructio n publique; les e'coles de la ville, leur roi à leur tête, vont au xiiie siècle faire visite au prince.
Collection de six cent quarante sept pièces originales relatives à V ancienne cour de France^ renferme'e dans une boîte . 200 fr.
Est'Ce que l’ancien habit de Louis-le-Hutin ou de Louis XII ressemblait aux habits fracs de Louis XVIII ou de Louis-Philippe ? Eh bien ! l’ancienne cour ne ressemblait pas davantage à la cour actuelle. On en est convaincu surtout quand on a, ainsi que moi, examine, pièce à pièce, la grande brassée de parchemins qui forme cette collection.
Aumôniers, chapelains ; oh ! que d’aumôniers, de chapelains! Prédicateurs; oh! que de prédicateurs! Confesseurs ; oh ! que de confesseurs du roi, de confesseurs du commun ! Je préviens les demandes de la curiosité. Les confesseurs avaient-ils des honoraires? Oui! En i633, ils avaient par an douze cents livres.
Gouverneurs^ gouvernantes des enfants de France.
Grands officiers de la cour ; petits officiers de la cour: y a-t-il des uns et des autres? Sur les uns je remarquerai qu’en 1078 le chambellan du roi de Navarre lui revendait du drap; qu’au xvi® siècle la
DE LA COUR
cour était remplie de gentilshommes italiens, huoinini délia caméra del re ; sur les autres qu’il y avait de petits officiers falo tiers du duc d’Orléans, de petits officiers trompettes de la chambre.
Portiers ; portiers, tant et plus : à la bonne heure. Il y avait tant de portes !
Valets; grands valets , petits valets... valets de fourrière, valets des épagneuls, valets aussi nombreux qu’un régiment, non quand il vient de la guerre, mais quand il y va.
Laquais ; laquais du corps du roi^ laquais du corps de la reine. Dans cette sous-division de collection est une quittance signée parle fou Brusquet, si célèbre sur notre théâtre, dont au moins la signature n’a rien de plaisant.
Bouche; on ferait un gros dictionnaire des titres ou des fonctions des officiers de la bouche du roi et delà bouche du commun. Galopins^ enfants de cuisine, qui souvent étaient des vieillards, porteurs en cuisine, hateurs en cuisine, potagers en cuisine, sauciers en cuisine, écuyers de cuisine, sommeliers de broches ; queux, maîtres-queux, gobelet-vin, conducteur de la haquenée du gobelet de la reine^ sommeliers cVéchansonnerie, maisire des garnisons des vinsjéchansons, gobelet-pain, boulangers, pannetiers.
Ecurie; autre gros dictionnaire. Ecuyer d’écurie passe ; capitaine de vingt chevaux. Capitaine des
ET DES COÜRTÎSANS.
mulets. Je transcris ici avec plaisir une quittance de l’annëe i5io: « Pour avoir faict xiii couvertures de « drap bleu, x aux mulets qui portent les coffres de « la chambre du roy, ii à deux autres mulets qui « portent les coffres de la chapelle et i pour l’autre ({ mulet qui porte le Uct sur lequel le dict seigneur re- « pose le jour quand il chevauche. .. » Bon roi 1 Bon roi! il sommeille, il rêve, il sourit, il voit la France heureuse. On voit par la date que c’ëtait Louis XIL
Ve'nerie; autre gros et plus gros dictionnaire. Aide de vol pour he'ron ; piqueur des oiseaux de la chambre ; piqueur pour pie 5 garde perche de la grande fauconnerie ; garde à cheval des plaisirs du roi 5 sous-lieutenant des toiles 5 valets des grands lévriers de la chambre; valets des chiens par quartier; maître valet des chiens; boulanger des chiens.
Filles d’honneur; dames dJionneur delà reine: oui! oui! eh! pourquoi pas?
Filles, femmes de service: il est fort difficile de classer les pièces de cette sous-division ; car, outre celles qui concernent les lavandières, les femmes de chambre des filles et des dames d’honneur^ il J ^ fies mandements de paiements à faire à une demoiselle de la reine, à des nourrices , à la gouvernante de toutes les nourrices retenues des enfants de France depuis la naissance du roi.
Nains, naines, plaisantes ïoWe^ leur nourriture,
128 DE LA COUR
leurs habillements. Ici nous sommes h la cour du xvU siècle.
Ménagerie; ours, lions, chameaux, autruclu^s, civettes, singes, ordinairement à la suite du roi^ porte le compte. Ici encore nous sommes toujours a la cour du xvU siècle.
Marchands suivant la cour : dans un de leurs comptes j’apprends qu’en 1612 il y a en un carrousel, bien antérieur, comme on voit, a celui de 1662, qui a donné son nom à cette célèbre place destinée à recevoir l’obélisque^ à èlre la merveille des places du monde. J’y apprends aussi que du temps du jeune Louis XIII on portait des robes de velours fond d’argent, laine a la turque. Vous ne savez pas trop comment étaient ces robes, ces étoffes; ni moi non plus.
Artisans suivant la cour. Ils avaient ainsi que les marchands leurs brevets ; et plusieurs, comme le père de Molière, étaient en meme temps valets de chambre. Dans un de leurs comptes, daté du 5i üctobie 1637, je trouve que lorsque le roi était en deuil, il s’habillait de violet jusqu’au bout du fourreau de son épée.
Jardiniers, terrassiers. J’ai encore mis dans cette sous-division des pièces relatives aux décorateurs, aux architectes des jardins ; car ou les mettre ?
Secrétaires; il devait y avoir des secrétaires
ET DES COURTISANS
de tout rang et de toute espèce ; il y en avait.
Argentiers, trésoriers; on pouvait encore moins se passer de financiers. Leur antique nom d’argentiers, de clercs de la chambre aux deniers, était, de même que les anciennes formes de leurs comptes , leur ancienne langue conserve'e dans des temps très rapprocheVde nous.
Savants gens de lettres ; on voit dans V Histoire des Français des divers états qu’il n’y en avait jamais eu autant à la cour que sous le règne de Charles VIiï, Louis XII, François Henri IL On voit ici qu’ils prenaient le titre de poète portier du roi, poète astronome , mathe'maticien, valet de chambre du roi. J’ai aussi recueilli dans cette sousdivision la signature de plusieurs historiographes , lecteurs ou bibliothécaires du roi.
Police ; la cour avait une police et une très sévère police qui était entre les mains du prévôt et du capitaine des gardes de la porte. Je ne puis dire s’il y avait une police particulière pour les femmes ; mais on trouvera ici une quittance des gages d’un maréchal de la salle des filles de la reine.
Pensions ; ici elles commencent au xiv® siècle ; mais certainement elles avaient commencé avant ce temps. Elles sont accordées à des chevaliers, des gens de guerre, bien, bien; à des magistrats, bien ; à des veuves^ très bien ; à des princes,
DE LA. COUR
il pouvait absolument y en avoir de nécessiteux. Mais pourquoi est~ce que je trouve là ce riche duc de Bourgogne du xv*^ siècle? Je tiens aussi dans ma main nombre de quittances de gentilshommes. Voulez vous savoir pourquoi ils sont là? G^est qu’ils sont italiens de la ville et du temps de Catherine de Me'dicis. Je tiens aussi dans ma main des quittances de favoris : il va sans dire aussi qu’elles sont des favoris de Henri lïl. Je tiens encore des quittances de belles 5 il va sans dire qu’elles sont des belles de Henri IV.
Dons ; il y a quelques dons de chevaux , quelques dons d’orfëvrerie ; tous les autres sont des dons d’argent monnayée Qu’avait fait Marguerile de Lorraine pour recevoir douze mille livres? A ma connaissauce elle avait fait les amours du grand Alcandre. Qu’avait fait le prince de Gonti pour en recevoir cent mille? A ma connaissance, rien.
Chartes diverses • en suivant l’ordre chronologique il s’olFre d’abord, au xiv® siècle, un mandement de payer à la reine la ferme des pannages de plusieurs forets de Normandie ; la vente de dix porcs faite à l’hôtel du roi; la quittance d^un enfant d’honneur; le compte d’un libraire du roi; la quittance d’un maître d’armes du roi; la quittance d’un maître paumier du roi.
De meme que les grandes foires ont servi aux
ET DES COURTISANS. iSi
progrès du commerce j les grandes cours ont de
môme servi aux progrès de la civilisation. Vous
voulez que je dise aussi qu’elles ont altère les vertus?
sans doute; déprave les mœurs? sans doute. Il en
sera toujours ainsi de tous les grands rassemblements
de femmes désœuvrées et d’hommes qui n’ont jien
a faire.
Ecrous des de'penses des écuries du voi^ années 1609, i5i3, i52i, i585, 1689 et 1610, manuscrit original. Un vol. in-fol. basane ^ racûne rouge, filets . . 90 fr.
Je recommande à ceux qui s’occupent de recherches historic|ues , de ne pas s’arrêter à la superficie, encore moins au titre d’un manuscrit. îci Üs lisent : dépense des écuries^ et iis se disent : j’ai autre part le prix des ferrures, des harnais, des foin rages ; ou, ce qui est pire, je n’en ai pas besoin ; ils posent le manuscrit. Et moi je leur crie : Avancez î lisez! S’ils ne dédaignent pas mes conseils, ils trouvent d’abord dans l’écrou de 1009 qu’en ces temps qui touchent au XV® siècle, la cour avait une bibliothèque portative une chapelle portative; que d’un château à l’autre elle faisait porter ses lits, ses garde-robes, scs tapisseries; que les harnais des chevaux étaient de velours et d’or ; que cette cour guerrière n’avait pas moins de deux chariots pour les armures particu»
DE LA COUR
licres du roi^ ne brûlait pas moins de deux cents fagots pour secher les lieux ou ces armures e'taient déposées. Mais se douterail-on que dans les ecuries du roi de France il y eût, comme dans celles du roi de Maroc, des chameaux? Fort bien! dira quelqu’un, cependant j’aimerais mieux savoir combien de pages il y avait , et comment ils étaient habille's. 11 y en avait quarante-sept. Je ne puis vous dire comment ils étaient habillés; je puis seulement vous dire comment iis étaient coiffés; ils portaient un chapeau jaune. Si l’on avance encore, si Ton ouvre l’écrou de l’écurie de François on rencontre tout aussitôt le jeune roi au milieu de ses plaisirs. Il lui faut un cheval^ je me trompe^ un mulet pour porter ses habillements démasqué. On veut peut-être encore savoir si dans ce temps les artistes Je la cour allaient à pied. Non^ car ces écrous mentionnent les chevaux des peintres Bourdichon et Jean de Paris.
Trésorerie générale de la vennerie ^ fauconnerie^ oiseaux de cabinet^ toiles des chasses^ année 1760. Un vol. in-foL, veau brun. . . 8 fr.
Autre même compte ^ année 176 . Un vol. infül., veau brun . 8 fr.
Ces manuscrits sont du temps ; ils ont appartenu au comptable. Autant vaut savoir ce que le roi dépensait pour ses chasses, que ce qifil dépensait pour
ET DES COURTISANS
autre chose. De'pense de l’anne'e 1765, trois cent quarante-cinq raille francs; de 1764, trois cent quarante-trois mille francs. Suit la revue de la petite arme'e infanterie et cavalerie , à la tête de laquelle Louis XV allait faire la guerre dans les belles forêts de Meudon et de Fontainebleau.
Ces manuscrits sont singulièrement curieux; ils le sont à chaque chapitre, a chaque article.
Journal des dépenses du trésor royal des restes de 1787, arrêté le juillet i y par les commissaires de la trésorerie^ en présence des commissaires de V assemblée nationale y manuscrit original. IJnvol. in-fol., bas. verte, bronzée. 20 fr.
Ce journal^ ouvert parla cour de Louis XVI, a été' subitement fermé par la révolution ; au-delà des signatures de Condorcet et de M. Merlin de Douai, les feuillets en sont demeurés et en demeureront à jamais en blanc. La partie écrite mentionne, mais sommairement, des dépenses fort variées , fort singulières, fort curieuses.
Recueil de pièces originales comptables ordonnancées parle trésorier général de la liste civile^ aux années 17915 1792. Un vol. in-4®5 cart. 8 fr.
Si je n’ai pas les plus anciennes pièces comptables des dépenses delà vieille cour de France, j’ai incon-
DE LA COUR
testableraeiit les dernières. Il y en a du maître de musique de la reine ; ce ii’ëtait cependant pas trop le temps de chanter. Il y en a une autre du maître de danse; non plus que de danser. Il y en a des tambours; je comprends cela! J’ai vu avec plaisir qu’il y en avait aussi du directeur de la belle et célébré carte des chasses.
Lettres de M, ü*"'* à M. sur ce qui s’est passé à la cour depuis la mort de Louis XV jusqiéau i8 novembre 1774^ manuscrit du temps. Un vol. in-i2j demi-reliure . 6 fr.
L’hisloire des batailles est l’histoire de France des colleges ; l’histoire de la cour est l’histoire de France des gens du monde. Est-ce a dire qu’d ne faille pas recueillir les matériaux manuscrits de l’histoire militaire? J’ai dit et j’ai prouve' tout le contraire. Est-ce aussi à dire qu’il ne faille pas recueillir les mate'riaux manuscrits de l’histoire de la cour ? Certes non ; car^ à plusieurs égards, ce sont les male'riaux de l’histoire du plus haut e'tat de la société.
Compte des recettes et dépenses de la cour des comtes d! Artois^ années 1297^ 1^9^? i3o6, i3i5^ i3i7, i335,i334 , i535, manuscrits
originaux sur ve'lin. Un vol. in-fol., basane, racine rouge^ dentelles . '. . . . 160 fr.
ET DES COURTISANS. i55
Il faut recueillir surtout avec soin les matériaux manuscrits de la cour des grands vassaux ou des princes; car, tandis qu’aux archives du royaume les tablettes plient sous le poids des comptes de la cour de France, les documents sur les petites cours manquent ou sont très rares; et, comme on va le voir, ces documents n’ont pas témoins d’intérêt. La cour d’Artois avait un séjour, c’est-à-dire une maison de plaisance à Hédin. Dépense jour par jour. Mention d’une robe linge ou robe chemise. Achat de poules pour les faucons. Livrées de draps, de pelleteries^ déplissons; hommes, femmes sont habillés par les tailleurs du comte : il va sans dire que le fou , le physicien , les enfants de la chapelle ou musiciens étaient habillés par ces mêmes tailleurs. Il y a dans ce manuscrit de bien riches pages ; ce sont les inventaires des meubles, des joyaux de la comtesse. On y voit des tentures, des lits brodés aux armes du roi de France , du roi d’Angleterre. L’or, l’argent, les pierreries brillent de toutes parts. Amis des arts, historiens des arts, venez étudier ici l’industrie des anciens âges, surtout dans les meubles. Il y a aussi un petit inventaire de bibliothèque, je dirais d une bibliothèque de dame si avec les romans de Tristan^ des Fées â! outre-mer^ de V Or denermcdstre Trencrej du Renard^ de le Fiolette petit et autres, si avec des livres de religion, il n’y avait ung roman des
DE LA COUR
guerres monseigneur de Bourgogne^ surtout ung roman des coustumes de Normandie, Rien n’est plus inte'ressant pour les de'corateurs des the'âtres représentant les scènes du xiv® siècle que ce long passage : « Parties commandées à Groisilles pour le « poisson J le serpent à trois testes... pour toutes i( choses appartenant à l’armement d’ung cheva« « lier... Tantôt la cour d’Artois voyage, tantôt elle reçoit le roi. Continuellement variété.
Dépenses de bouche et autres de la cour des contes d'^Jlrtoys^ années i3i2, i525, iS^B. Un vol. petit in-fol., bas. , rac. verte, dent. . 6o fr.
Poulailles, chars, gibiers ; grande et grasse cuisine qui au carême devient subitement maigre; toujours poisson, toujours harengs, toujours cresson jusqu’à Pâques. Les autres dépenses concernent ou la fourrière, ou les messages, ou les écritures de la cour, ou d’autres objets.
Compte de recette et dépense de la maison du comte de Montpensier ^ petit-fils du roi Jean , année iSqG, manuscrit original snr vélin. Un vol. in-fol., basane, porphyre gris , dentelles. Go fr.
Le duc de Berri, fils du roi Jean, voulut accoutumer son jeune fils à se conduire lui-même dans le monde. Il détacha le comté de Montpensier de son
ET DES COEirnSANS.
duchc d’Auvergne, et le lui donna en apanage pour qu’il allât y établir sa cour dont ce manuscrit est le compte. Je vois dans les chapitres de recette que les revenus de ce jeune prince ne suffisent guère et que son bon père ne refusait pas de grands supple'menls d’argent. Je vois aussi dans le chapitre des dépenses celles des aumônes et de l’aumônier, celles des gages et pensions oii se trouvent en tête les gages du chambellan du duc de Berri^ le mentor de cette jeune cour, comme le donnent à entendre les lettres de retenue écrites à la fin du compte. Les dépenses des maîtres veneurs de la vénerie m’ont paru être les plus considérables ; le principal goût du jeune maître était pour la classe.
Ce sont les mises d’Aufroy Gujnot , trésorier et receveur général ^ armée i45o, manuscrit du XVII® siècle 5 sur papier. Un vol. in*fol., maroquin r G U ge ^ d en tel les . 120 fr .
Ce manuscrit est une copie littérale de l’original d’un compte aujourd’hui sans doute détruit; il contient les dépenses en tout genre de la cour du duc de Bretagne , et presque toutes les lignes en sont historiques, inslructives^ curieuses, piquantes. Par exemple, je lis, page première. « A la royne d’Angleterre, « mère de Monseigneur , sur les revenus de la comté <c de Nantes. A maisire Jéhan Fiat, cirurgicn, venu
DE LA COUR
<c vers le duc pour le guarir de la goutte... )> A la page suivante, « VI tasses d’argent dorëes, données (( à l’archevêque de Tours ^ venu vers le duc en em- ({ bassade de par le roi. A maistre Jehan Doguet ,
<( procureur gëne'ral de Bretagne , que le duc or- (( donna a chevaulcher par Bretagne en la compagnie «t des ambassadeurs du Pape en exigeant les dixiesi< mes sur les gens d’e'glise. A plusieurs compagnons «et joueurs de la ville de Rennes, pour avoir joué « devant le duc le mystère de la passion et resurrec- (f don de N. S... » Ainsi des autres pages. Il y est d’ailleurs parlé beaucoup d’ambassades et de guerres contre les Anglais.
Estât de la de'pense que Madame la duchesse d’Orléans vous ordonne estre faite à la chambre aux deniers de sa maison , pendant la présente année 1695. Un vol. in-fol., basane, porphyre gris, dentelles. . . . 55 fr.
Vraiment c’était une maîtresse femme que cette princesse de Bavière, mère du régent; elle était à tous égards, et surtout a l’égard de ses réglements, bien digne d’entrer dans l’économe maison d’Orléans. Tout est compté^ pesé, apprécié^ fixé, dans celui-ci : « Menu de viande de bouche , pour servir en un « grand plat et deux petits... Disné, un potage d’un » chapon et un jarret de veau, xlix sols. Un potage
ET DES COURTISANS, î50
« de deux poulets au vermichel, xx sols, üa autre « potage d’un canard aux choux, xxiv sols... « Entrées... pour jours maigres... vin de poisson... » îi J a pour la table de la duchesse , pour celle de ses dames et filles de compagnie , pour celle de ses grands officiers , un nombre de plats qui étonné d’abord l’imagination ou sur les forces digestives de ce temps ou sur le luxe inutile des viandes ; mais attendez î les grandes ou hautes tables ont comme dans leur dépendance d’autres tables inferieures qui vivent de leur desserte, et celles-ci en ont d’autres ; en sorte que par ces savants arrangements la magnificence ne coûte pas plus que le ne'cessaire. Au chapitre de la cire on voit des articles de bougie-de cire blanche, et, ce c]ui est à remarquer, des articles de bougie de cire jaune pour la chambre de la duchesse. Viennent les chapitres des chandelles d’hiver, des chandelles d’e'té, du bois, du charbon d’hiver, du bois, du charbon d’e'të : ensuite les chapitres paille^ les chapitres fournitures , dont plusieurs articles appartiennent à l’histoire du commerce. Ce reglement est un vrai budget de de'penses , re'glë pour toute l’aniiëe, sans que les officiers ordonnateurs aient l’espoir d’obtenir ou de faire allouer des supplëments.
Compte de recette et dépense de la maison de la Reine y seconde douairière d^ Espagne ^
DE LA COUR
depuis r année 1727 jusqu à Vannée 1752. Un volume in-folio, basane , racine verte , dentelles . 80 fr.
Une jeune princesse française partduPalais-Royal, arrive à la cour d’Espagne oii bientôt elle devient reine. Le roi son epoux a dix-huit ans : elle en a dix-sept... Qui n’aurait prédit une nombreuse lignëe royale! Mais le sort, jaloux detant de jeunesse, de tant debonheur, trempe une de ses flèches dans le mortel venin de la petite- verole. Le jeune roi tombe, La jeune reine, restée seule , s’en retourne en France, velue d’habits de deuil ; et de la cour qu’elle ramène ou qu’elle rassemble, elle remplit le palais du Luxembourg. Cette reine est .Marie-Louise d'Orle'ans, épouse de Louis U, second roi d’Espagne delà dynastie des Bourbons ; et ce compte est le compte de sa cour. Le premier chapitre, celui de la recette, porte son revenu à deux cent huit raille francs, répondant, par la comparaison des prix de ces temps avec les prix du nôtre, à environ quatre cent mille francs, revenu qui aujourd’hui n’est pas fort extraordinaire a Paris, et avec lequel celte petite reine entretenait, sans faire de dettes, ainsi qu’on le voit par son compte de quatre années, sa cour en partie espagnole et en partie, en plus grande partie française 5 car s’il y avait une camériste mayor, des caméristes ordinaires^ imelayafata, un majordome, des écuyers
ET DES COURTISANS. î4i
cavalcadoLirs , des cavalerisques del campo , tout le reste de sa maison e'tait eorapose'e de Français. Et ne croyez pas qu’ils fussent en petit nombre. Il y avait des officiers de bouche, de gobelet, de fourrière, d’ëcurie, des officiers de toute espèce de service en nombre si grand que l’on ne pouvait les loger au palais. Encore n’ëtait-ce pas là toute sa cour j il y avait une aumônerie, un cierge, une compagnie de gardes-du'Corps français à cheval , une compagnie de gardes suisses à pied 5 et ajoutez une compagnie bien plus nombreuse de concierges , de portiers , de grands et de petits suisses. Du reste, point de cour sans pages; aussi y en avait-il à la cour de la jeune douairière. Il y avait premier médecin, médecin ordinaire, médecin du commun, chirurgiens, apothicaires. Le premier chapitre de dépense est tout rempli de sommes payées sur le hossillo^ la cassette. J’ai parcouru avec attention tous les autres chapitres. Les plus historiques m’ont paru être les deux derniers. Dans celui des dons , l’avant-dernier, la jeune reine est entourée de ses dames d’atour, de ses femmes de service, de ses officiers, se présentant tous la main ouverte. On y remarque la trésorière des carmélites qui se présente aussi la main ouverte. Si son titre de dépositaire du couvent annoncequ’elle ne peut avoir d’argent en propriété, mais seulement en dépôt, hommes et femmes ont dans tous les temps échappé à
DE LA COUR
rigueur des choses par l’indulgence des mots. Ou y voit aussi au nombre des pensionnaires le confesseur de la reine qu’elle avait ameiie d’Espagne ; ce confesseur e'tait un moine de Catalogne : il portait dans la maison le nom de père catalan, nom que les copistes du compte, qui ne connaissent pas cette province d’Espagne d’oii ce bon religieux était originaire, ont pris et ont partout écrit comme un nom propre patrimonial: au père Catalan: payé encore au père Catalan. Dans le lo"" et dernier chapitre la reine est entourée d’artisans , de menuisiers , de cofïretiers , de vitriers, d’artistes, de peintres, de doreurs, de marbriers , d’orfèvres , d’artificiers , de tapissiers , de miroitiers, de lingères, de brodeuses, de coiffeuses; et au milieu de ce joli monde se montrent ça et la des clercs, des vicaires aux convois, tenant a la main les états des frais de funérailles. Dans ce meme chapitre il est fait aussi mention d’une chaise de poste achetée douze cents livres, et d’une berline achetée quatre mille. Il fallait que les fabriques de chapeaux fins ne fussent pas encore très multipliées : a Au chapelier, pour deux castors, trente six livres. » Il fallait aussi que celles de bas ne le fussent pas non plus et qu’en ce temps on portât des bas rouges : « Pour deux paires de bas écarlate, vingt-quatre « livres... » Cette bonne, jeune, jolie reine^, dont les jardins étaient situés au milieu de la savante jeu-
ET DES CO URTÏSANS. î4
liesse de Paris, devait aimer à se montrer aux grands e'coliers de son âge : naturellement elle devait avoir sa petite part de vanité, d’ailleurs bien pardonnable a son sexe et à son âg’e ; et je ne suis pas surpris de trouver dans Tëtat de ses officiers un garde -bijoux. Je remarquerai qu’en France, au Luxembourg, elle se plaisaità si gner, comme en Espagne, à Saint-Ildefonse lo la Reyna,
Compte de recette et dépense de la maison de la reine ^ seconde douairière d^ Espagne ^ année 1732. Un vol. in-fol., basane, racine rouge, denteL les . 3o fr«
Tandis c[ue le compte précédent est pour quatre années , celui-ci n’est que pour une. Il j a bien les memes chapitres; mais il y a moins' de faits, on doit s’y attendre.
Compte de recette et dépense de la maison du duc d' Orléans ^ année 1748, manuscrit du temps, sur vélin et en forme probante. Un vol. petit in-fol., maroquin bleu ^ dentelles. . , . . i5ofr.
Il est des manuscrits fort précieux, comme appartenant à une haute antiquité ; il en est d’autres fort précieux , comme appartenant à des temps très modernes. Tel est celui-ci qui , dans toute sa grande épaisseur, est plein de la cour oii quelques années
DE LA COUR
après est ne notre roi Louis-Philippe. Aussi ai-je ileii d’attendre que les enchères en doubleront la mise à prix^ et même la tripleront si je le décris bien , si je le fais bien connaître : Recettes ; tous les duchés , toutes les principautés dont la nombreuse famille royale porte aujourd’hui le nom ainsi que plusieurs autres anciens grands fiefs titrés forment autant de riches chapitres; les forêts, autre fort riche chapitre; le canal d’Orléans, autre fort riche chapitre. Un des plus riches chapitres est la vente des offices ou des droits sur les offices de magistrature civile , criminelle , policière, militaire de ce grand apanage qui, aux portes de Paris, s’offrait comme une espèce de petit royaume. J’y ai trouvé toute sorte de recettes , jusqu’à la perception dhin droit sur le graveur de l’hôtel des monnaies d’Orléans. Les dépenses annoncent encore bien plus un petit royaume. Prenez l’ancien calendrier de la cour de France, et à mesure que vous nommerez un grand, un petit officier, je vous dirai : au Palais-Royal, il y en avait un de même ! il y en avait un de même ! Y avait-il une vénerie , une grande, une petite écurie ? y avait-il une chancellerie, une aumônerie? y avait-il une garde? y avait-il des chevaliers d’honneur, des gentils hommes servants ?y avait-il des maisons séparées du jeune prince, de la jeune princesse, avec des officiers particuliers ? y avait-il des dames , des filles d’lîonneur ?y avait-il
ET DES COURTISANS. 145
des médecins , des chirurgiens , des apothicaires du corps? J’ai déjà d’avance répondu; j’ajouterai qu’il y avait même ce qu^il n’y avait pas à la cour du roi ; il y avait une faiseuse de bouillie. en titre d’office ou d’emploi. L’histoire des arts mécaniques peut avoir quelque chose à prendre dans les chapitres des réparations et des embellissements du Palais- Royal, du couvent de Sainte-Geneviève , où s’était retiré et où, je crois ^ mourut le duc d^Orléans, né dans la cour au moins philosophique du régent son père.
Recueil de pièces originales comptables^ concernant les dépenses de la cour du comte de Provence^ Monsieur, depuis Louis XVIII, à Groshois et à Br unoj, années 1775^ ^77^ suivantes. Un vol. in-4°7 cartonné. ... 12 fr.
Parmi ces pièces, trois sont à noter : l’une est un état nominatif de propriétaires d’Epinay, auxquels le comte de Provence accorde une indemnité par arpens et par perches à raison des dommages qu’avaient causés sur leurs terres les lapins de la forêt de Sénart qui lui appartenait. Ces dommages furent évalués à 654 livres 10 sous. La seconde est un compte de sceaux d’argent , de cuivre, montant à 1644 livres ii sous. On y lit : a Un grand sceau « pour servir de sceau secret, sSo livres. » Je me fais
1^6 DE LA COUR, ETC
celte question : comment un sceau peut-il être secret? J’ai eu en ma possession un registre du milieu du xve siècle^intitule' Registre du sceau secretda conseil du duc de Bourgogne ; je me faisais la meme question. La troisième pièce est un mémoire de labours pour les remises à gibier et les plantations d’arbres a Brunoy. L’évaluation des prix est faite et signée par le premier arcliitecte du comte de Provence ; c’était le fameux Ghalgrin, architecte de l’arc de triomphée] e l’EtoUe dont les rivaux et les envieux ont par leurs contrariétés et leurs déclamations tenu pendant vingt ans la tète abaissée sous des échafauilages déserts. Enfin, et je suis bien aise de finir par cette réflexion ce chapitre, enfin ce superbe monument, la parure de la France, vient d’ètre glorieusement terminé; en le voyant les hommes dont on a aussi voulu contrarier et abaisser les œuvres prendront courage.