‹ Traité de matériaux manuscrits de divers genres d'histoireChapitre 21 sur 29 · maroquin bleu, dentelles . 3oofr · texte numérisé non relu

maroquin bleu, dentelles . 3oofr

Voila bien un vrai cartulaire dans toute la rigueur de la définition de l’Acade'mie : pour comble de bonheur il est complet, si l’on entend par complet un manuscrit qui se trouve dans l’e'tat ou il était depuis très long-temps, et c’est encore à noter dans un cartulaire. Plus de la moitié de celui-ci est écrite au xiiie siècle ; le reste au xiv®, d’où il suit quùl est vraiment original. Autre remarque : toutes les chartes latines sont à titres français , et toutes les chartes

françaises sont à titres latins.

Collection de sept cent trente - six pièces originales depuis Vannée \^\^\jusqu!à Vannée 1797, pour servir à V histoire de V église^ contenues dans une boîte . 260 fr.

On n’a pas besoin de réfléchir long- temps pour voir que c’est parce que le clergé a été pendant un grand nombre de siècles seul dépositaire des lumières ^ parce qu’il a toujours fait corps et qu’il a toujours habité dans des enceintes sacrées, que ses monuments sont nombreux et chronologiquement continus depuis la plus haute antiquité chrétienne. Cette collection remonte au xii*' siècle : elle se recommande aussi par sa diversité. Celui qui la possédera pourra, au moyen de quelques notes de liaison,

en faire un beau volume qui oiFriraPIiistoire de l’ëgiise de France sous une toute nouvelle face. On n’en doutera pas en lisant seulement le sommaire de quelques pièces.

En 1257, le pape Alexandre IV, représentant l’indulgence de l’e'glise envers la plus frequente inclination des femmes , adoucit les rigueurs du silence claustral: Bulle de la 5® année de son pontificat, relative aux religieuses de l’abbaye de Sainte-Marie^ dans le Lyonnais.

En 1293 et anne'es suivantes , inspections monastiques conventuelles des autels , des chapelles , des cloîtres, des dortoirs, des réfectoires, des cuisines , des greniers , des caves, et en même temps informations de la vie religieuse et morale des moines. Douze rouleaux portant le procès-verbal de visite du visiteur nommé par le chapitre général de l’ordre de Cluni : VisltaKnmus domurn.., clansirum,,. surit viginti monachi,*. Le lecteur, depuis le commencement jusqu’à la fin ^ assiste à ces visites aujourd’hui si historiques.

En 1298, les rois pacifient les difFéreiils des monastères, transaction entre le couvent de Nazaret et Guillaume de Mont-Olive faite, aux instances du roi de Jérusalem.

En i3o47 l’église battait monnaie. Lettres royaux confirmant les privilèges du chapitre de Nevers.

DE L’ÉGLISE

Eli iSaS, richesses métalliques des sacristies , inventaire de la sacristie de l’e'glise de Saint- Vaast d’Arras.

En i5dù. j e'glises armées. Quittance du capitaine de l’église de Terouène pour service d’arbalétriers.

En i365, l’église accorde une décime au roi. Rouleau du compte de cette décime pour le diocèse de Blois.

En iSGqj hommes assermentés des églises. Serment fait par Jéhau de la Mothe à l’église de Langres.

En prisons féodales des églises. Mémoire

du chapitre de Nevers contre le doyen.

En 1489, l’eglise consent^ au moins une fois, a ne pas parler latin, à parler même la langue méridionale. Fondation d’un anniversaire dans l’église de Sainte- Eulalie en idiome bordelais.

En 14987 enquêtes pour vol fait aux sacristies. Monitoire fulminé par l’église de Nevers.

En 1700, acte du pouvoir laïque relativement a la juridiction ecclésiastique; c’est la transition à la célèbre constitution civile du clergé. Arrêt du conseil d’état relatif aux absences des chanoines du chapitre de Vincennes.

Obituaire de l’église métropolitaine de Sens , manuscrit du xiii* siècle et siècles suivants, grosse et

belle écriture rouge, noire, ligues longues, sur beau veliu. Deux vol. in-fol, , veau noir^ dentelles d’argent . 240 fr.

Oh ! le bon manuscrit ! Comment cette ancienne ville métropolitaine de Sens n’a-t-elle pas fermé^ses portes pour l’empêcher de sortir! Là est, à presque tous les feuillets, la topographie historique de scs rues ainsi que celle de plusieurs autres villes. Je iis , feuillet: Ohiit spnon decanus,., domusnostre de foro senonensi,,, 4^ feuillet : Ohiit dominiis jélexandej^doinus apudmarchellum, , , 9 feuillet : Ohiit magister Petrus de Thori^naco , . , domus sitain vico pergamenarie . . » Il j a aussi l’histoire de l’architecture des maisons; même feuillet: Domus sita suhter turrim quam edificavit. Il y a aussi l’histoire des mœurs, feuillet: Item distrihuantur in pane pauperibus,,. item pauperibus dis tri huantur quinque solidos»». Il y a l’histoire des finances: 2® feuillet... Eadem die ohiit Adam c anior.,. distrihuantur xxx solides percipiendos in censihus de pontihus super Yonam.., Les nombreux feuillets suivants ne sont pas moins riches, s’ils ne sont plus riches. Encore deux observations sur ce manuscrit : on a bien dit que l’église avait toujours les mains ouvertes pour recevoir, mais on n’a pas encore dit que souvent l’église donnait à l’église. Dans cet obituaire il y a sans doute beaucoup

DE L’ÉGLISE

de miles J de burgensis^ qui donnent^ mais ils sont en bien moindre nombre que les canonicus^ \csepiscopus. L’autre observation est que ces obituaires, qui passaient dans les nëcrologes sous ces paroles : Obüt qui nobis dédit campos^ prata,^ boscos,, decimam agnorum lance sextuaria frumenii portenda super equos silos ^ admolendina nigra^ ad inolendina alba, , , inedietatem vini de pressorio, , . étaient chantés sur l’air du récitatif de notre musique dramatique^ au milieu de la nuit du temple, au milieu des cierges allumés, et devenaient de riants tableaux delà vie agricole qui charmaient lalongueurdes saints offices. Clercs de l’église française actuelle! vous avez reçu, vous recevez aussi des dons, vous avez

laissé les obituaires, les nécrologes dans les anciens bréviaires ; et ce n’est pas en cela seulement que vous avez moins d’esprit que vos prédécesseurs, quoique cependant, j’en conviendrai, il vous en reste beaucoup encore.

Services du conte ^ manuscrit original de l’an i5o3. Un vol. in-4°, basane noire^ dentelles et ornements d’argent . • . . fr.

Ce manuscrit, bien qu’il soit complet, n’a que peu de feuillets ; mais tout ce qu’il dit est précieux pour l’histoire de la plus imposante partie de notre ancienne liturgie : « L’an mil ccc et trojs, le premier

<( iundy de septembre feu fez à Saint-Estienne de « Bezançon li service monseigneur le conte, et doune « crieeenla ville por liij. )) iVussitôt que Robert II, comte XIV de la première dynastie des ducs-comtes de Bourgogne cape'tiens meurt, toutes les cloches de la Francbe-Gomte' témoignent leur douleur par leur lugubre tintement; toutes les églises s’illuminent de tous leurs cierges, de toutes leurs torches : a Besancon 011 brûle neuf cents livres de cire, et dans les autres églises de la province , il en est proportionnellement ainsi. En même temps partout on chante ; à Salins il n’y a pas moins de trois collèges de chanoines, de trois abbés pour célébrer l’office. Tout îe monde est bien payé ; les honoraires sont portés en marge: on se réjouit ou du moins on fait bonne chère en pleurant : « Item pour les despens de mon- « signour Hue de Lielle et de sa compaignie xl livres (( xiii solz. î) Voyez d’ailleurs sur les repas funèbres^ a mon xv® siècle, l’histoire du pauvre et l’histoire de l’artisan. Ce n’est pas tout, on fait des distributions as ospitouls^ as malades : on en fait surtout as poiwres. Ces aumônes s’appelaient doues criées. On les annonçait à plusieurs lieues à la ronde. Voyez encore a ce même siècle l’histoire du pauvre. Quelques auteurs modernes disent que Robert II mourut en i5o5; ils le savent bien, mais ce compte écrit en i3o3 le sait mieux.

DE L’É<;L1SE

Summa de pœnitentici extrada de siunma Raymundj et de apparatu aut etiain glosis^ manuscrit du XIV® siècle sur vëiiu. Un volume iu-4®, demi-

reliure . 4^ ü’*

Vous ne voulez pas acheter ce manuscrit, encore moins le lire. Je l’ai acheté, je l’ai lu^ je l’ai lu meme jusqu’aux dictons, aux petites pièces de vers, écrites sur les gardes. J’y ai appris que cette somme avait été écrite en l’année i357. La première page esta recueillir dans l’histoire des rites et surtout de l’instruction populaire. Le prêtre qui confesse, y estil dit, doit s’enquérir du pénitent s’il sait le/;^zto’, le credo et l’ave; s’il ne les sait pas, le prêtre doit exiger qu^’il apprenne au moins le pater et l’ave. Il doit lui enseigner la forme de la confession : '( Quod « sedeant humiliter ad pedes sacerdotis: feminase* « deat ex Irans verso, id est ex latere, precipuè si est (( juvenis^ ut sacerdos non respiciat in faciem mute lieris. » Ce latin est fort prudent; j’en infère d’ailleurs qu’alors le confessionnal ne consistait que dans le fauteuil ou la chaise du confesseur. Dans les chapitres suivants vous avez la série des diÜérenles infractions à la loi divine. Chapitre des péages ; là se trouve la doctrine sur les péages licites. Chapitre des guerres justes, injustes; les unes et les autres sont très bien caractérisées, et dans les guerres justes seulement la restitution “du butin n’est pas oixlonnée.

ET DES ECCLî^:SîASTIQÜES. 189

Autres chapitres ; défense aux clercs de porter les armes, de verser le sang. Autres et autres chapitres quine sont nullement e'trangers à l’histoire des divers e'tats ou des diverses parties de la société'. Ceux qui ont vu ce manuscrit pourraient avec raison me reprocher de n’avoir pas fait remarquer la reliure dont les plats, tendus d’une étofîe desoie, se montrentà travers ses grillages gothiques recouverte d’une mince lame de bois. Il serait facile, au moyen d’un emportepièce, d’imiter à bon marché ces grillages et de donner une nouvelle variété à la reliure.

Compte de la grand’ chambre de Vëglise de Troyes^ année i588, manuscrit du temps, sur vélin. Un volume in-fol. max., basane racine bleue, dentelles . 80 fr.

Le siècle revit dans ces grands parchemins de Champagne. Voyez-vous le chanoine chambrier qui vient rendre ses comptes à ses confrères assis sur les longs bancs à dossier de la salle capitulaire? Je l’entends qui lit : « Est assavoir que le florin d’or « appelé franc a valu pour tout l’an dessus dict vingt « sols tournois... Le royal d’or... Le gros denier « d^argent... » Alors tous ou presque tous les comptes commençaient par l’évaluation des monnaies. (( Recettes desmolinsauxtoilles... Desmaistres « de la rue des Cronals pour molins à draps... Des

Page 1