DO
DE LA FBODALITÉ
seigneur cliidict lieu, année i55o^ manuscrit -original , écrit sur un rouleau en parchemin de neuf pieds de long.
Ce rouleau et le suivant sont renfermés dans un étui.
Tout s les redevances de celte terre e'taient en argent e. devaient être perçues par le sergent du fief.
Le Rolle rentier esgail et terrier du fié de Chantelou^ appartenant à escuyer Raoul du Chaste Hier seigneur dudict lieu,,, faict et esgaiïlé par Allain J^aillant cordeuret Guillaume priseur quant afin âüen faire appurement et esgail des rentes et dehvoirs deuhz par chacun an audict seigneur des hommes et teneurs audict fié et combien chacun desdicts hommes en doit, , , fait du consentement des hommes et teneurs , selon quHl est contenu a la fin de ce présent esgail. Ce fut fait et commencé le xx® mars m v® l, manuscrit original , écrit sur un rouleau en parchemin de quatorze pieds de long.
J’ai donné tout ce titre parce qu’il jette un grand jour sur 1 histoire des terriers de Bretagne. Là presque tOLijoursli rente est un douzième de la prisaie du produit. « Somme des prisaiges des tenues dudict « fief XLiv livres xvi sols v deniers sur quoi est à
ET DES HOMMES FÉODAUX. aSi
« esgaiiier lxxv sols de rentes qui se paye par la « main du sergent du fie audit seigneur du Chas- « tellier. Item xvi sols vi deniers de rente qui se « paye par les mains du sergent dudit fie au grand « sergent de Marsilly... » Marsiliy est une terre du seigneur du Ghastellier mentionnée dans ses titres. Get esgail est signé par le cordeur et les priseurs; il est écrit avec soin, il est orné d’enjolivures faites à la plume.
Terrier de la seigneurie de Beauregard ^ année 1624, manuscrit original, sur parchemin. Un vol. in-fol., basane, racine verte^ dentelles.
Ge terrier a coûté plus de temps que le siège de Troie. Il a été commencé en 1611 et n’a été fini qu’en 1624. Il est divisé par jours ou séances du notaire, Il est formé d’extraits de reconnaissances reçues devant la cour de Ghabrié, dont les originaux étaient entre les mains du notaire auteur du terrier, signé à chaque article. Les différentes espèces de cens de ce terrier sont en froment, en poules et en argent.
S’ensuit l’esgail et terrier des rentes nobles de la Gastinaie^ année î664, manuscrit original^ sur parchemin. Un vol. in-fol., cartonné.
Les droits portés par ce terrier, divisé par tenues,
a52 DE LA FÉODALITÉ
furent reconnus par les censitaires assembles devant la porte de l’e'glise de la paroisse. Il est fort varie, surtout par les corvées. Les tenanciers de ses tenues ne sont pas, comme dans le terrier de Beauregard, des hommes de bras y de pauvres gens , mais des hommes tels que noble homme Jonas Lebreil, sieur dudit lieu qui tient une maison corapose'e de salles, de chambres... le tout couvert de paille. Mais tandis qu’à Beauregard il j a de beau froment, des poules grasses, il n’y a guère ici que des deniers, deg quarts de deniers , des godets, des quarts de godets d’avoine. J’ai dit que les terriers e'taient d’excellents matériaux pour l’histoire agricole des terres ; j’ajoute maintenant qu’ils sont aussi d’excellents matériaux pour l’histoire féodale. J’en ai recueilli, comme on voit , un assez grand nombre ; mais j’en ai eu , il y a plusieurs années, en ma possession^ non pas de plus anciens^ mais de beaucoup plus grands 5 c’étaient des terriers latins du xv® siècle de différents évêchés. Ils ont été vendus ainsi que plusieurs des plus antiques et des plus beaux cartulaires de France par mon libraire , alors associé avec moi , à M. le chevalier Phillips, un des grands et savants archéographes de l’Europe, dont la riche bibliothèque 5 en tablettes de marbre ou de fer, est pour ainsi dire^ amoureusement placée sous d’épaisses voûtes souterraines , à fabri de tout danger
d’incendie. Je dirai en passant que j^ai conseille verbalement et par écrit à M. Phillips de classer sa bibliothèque suivant le système des diverses parties de l’ordre social. Je le conseille à tous les possesseurs de grandes bibliothèques et à tous les bibliothécaires des bibliothèques publiques. S’ils ne le font pas, leurs successeurs leur reprocheront de ne pas l’avoir fait, car la peine sera alors bien plus grande.
Méthode de carter les terriers ^ manuscrit du xviii® siècle. Un vol. in-4® , cartonné, avec une planche modèle^ coloriée.
Ces onze terriers et la méthode de carter les terriers , ensemble. . . 200 fr.
On regardera sans doute comme un manuscrit précieux et rare cette très courte mais très instructive méthode, qui enseigne quelles sont ou quelles étaient les formes légales pour l’arpentage d’un territoire seigneurial et la confection d’un terrier. L’auteur en fait l’application à la carte jointe à ce manuscrit.
Déclaration des cens deubz au seigneur de Groslajetdes arrérages échus aux octaves Saint- Denis^ année i533, manuscrit du temps. Un vol.* petit in-fol., cartonné.
Pour aller de village en village, de maison en
a54 DE LA FÉODAL](TÉ
maison^ percevoir les redevances, le terrier^ surtout dans le pays où il est un recueil des reconnaissances faites par les redevables , se trouvait trop embarrassant ; on fit des abrëge's de terrier qu’on appela liève, cueilleret, desraotslever^ cueillir. Ce manuscrit est un vrai cueilleret ou liève, et c’est le titre qui le dit 5 car il mentionne les arrerages, or le cueilleret e'tait un rôle où se trouvaient les paiements, les non-paiements ou arrerages.
Compte en forme de papier censîer que rend maistre Leroux ^ procureur et recepveur de tab" haje Montmartre^ à madame V abbesse religieuse dudit lieu , de la recepte de la terre du Bourget^ années i56g, iSjo et manuscrit original, si¬
gne par le comptable, les auditeurs, Tabbesse et les religieuses. Un vol. grand in-4®, parchemin.
Le seigneur ne pouvait guère avec son grand habit rouge, couleur exclusivement affectée aux nobles, aller de maison en maison, de chaumière en chaumière, percevoir ses renies, son blé, son vin, ses poules il eut des agents appelés du nom féodal de rentiers ; encore moins une abbesse avec ses habits d’hermine, sa croix, sa crosse, pouvait-elle aller percevoir ses droits seigneuriaux? Aussi voit- on dans ce compte que celle de Montmartre avait un pro»» lïureur receveur qui la représentait 5 on y voit
ET DES HOMMES FÉODAUX. aSS
aussi combien rendait sa terre tous les ans ; c’ëtait environ vingt livres ; les cotes des censitaires étaient de quelques sous, de quelques deniers. Ces prestations pécuniaires étaient importantes au temps où elles furent établies , au temps de Philippe Auguste ; elles n’étaient pas d’une grande valeur au temps de ce compte, au temps de Henri II ; elles ne furent plus rien sous Louis XVI. Avant que la convention eut donné les rentes en blé, la découverte des mines de l’Amérique avait donné les rentes en argent.
Papier de receptes des cens et rentes de Blancmesnily commençant en Vannée 1491^7 finissant en Vannée i565, manuscrit du temps. Un vol. in-8®, parchemin.
Les états de perception des rentiers servaient de terriers au besoin. Et véritablement voyez comme ils en avaient la méthode, l’exactitude : « Les hoirs « messire Arnaiilt de Marie , pour leurs hostel et « appartenances, avec le jardin derrière le pont^ « assis au dict Blancmesnil, contenant ung arpent « de terre... Le curé de Blancmesnil pour une ma- <( sure (maison) et jardin... Luj pour son pré^ assis « aiidict lieU;, contenant xli perches... Seclilie veufve « de feu Monet.,. Les marguiliiers de régiise... »
Receptes des cens et rentes du Bourget^ depuis
DE LA FÉODALITÉ
Vannée ,jusquà Vannée 1607, manuscrit du temps. Un vol. in-fol., cartonne.
Ces quatre lièves ou espèces de lièves, ensemble . . . 4o
Dans ces états de recette vous êtes frappe' d’une mutabilité de propriétaires qui contraste avec l’immutabilité des cens, jusqu’à la révolution presqu’aussi immutables que le cours de la Seine, sur les bords de laquelle ils étaient perçus.
Mémoire surV alodialité de la pro\>ince de Berri^ manuscrit original du xvni^ siècle. Un vol. in-fol., cartonné.
Partout le vainqueur septentrional ou ses soldais n’avaient pas asservi toutes les terres ; il en était resté de libres, connues sous le nom de terres de franc aleu. M. Raynouard dit que la formation des langues^ surtout de la langue des troubadours qui depuis tant d’années fait l’objet de ses immortelles études, est la plus sensible preuve de la bonté et de la justesse de la raison humaine. Pour moi, je serais tenté de dire que la formation de la langue de la féodalité et des langues de presque toutes le§ parties de IWdre social^, prouvent assez souvent tout le contraire; car ce qui rend difficiles ces langues, ce ne sont pas tant les mots techniques, même l’emploi de ces mois techniques dans divers sens analogues , que leur
Eï DES HOMMES FÉODAUX. 257
emploi dans des sens opposes. Alodiiim^, aleti, signifie ordinairement franchise de paiement, et quelquefois il signifie paiement^ quoique, a, préposition grecque, fasse signifier à ce mot non4eudch non-peage, non-taxe, non-prestation, non-paiement; car leudu on leudiim exprimait tous ces mots. L’acadeViiie française me permettra-t-elle ici de l’inviter à écrire, dans le dictionnaire qu’elle préparé, aleu, comme l’écrivent les juristes, et non alleu comme le porte son dictionnaire actuel. Qui autrefois en France ne connaissait le franc aleu, et qui aujourd’hui le connaît, aujourd’hui que toutes les terres sont libres, c’est-à-dire possédées en franc aleu? Plusieurs provinces, entre autres celle de Berri^ prétendaient à titre de pays de franc aleu que le seigneur était obligé de prouver au tenancier qu’il était son seigneur au contraire des autres provinces où le tenancier était obligé de prouver au seigneur limitrophe de sa terre qu’il n’en était pas le seigneur. Deux habitants du Berri acquirent en 1760 une propriété suivant eux libre, franche, alodiale, une terre exempte de droits féodaux, suivant les officiers du domaine, non exempte. I C’est ce qui fait l’objet de ce mémoire, où est savamment discutée la question si le Berri est, ou n’est point pays de franc aleu. Les historiens de cette province y recueilleront plusieurs
faits historiques, si pour eux l’histoire d’un pays
DE LA FÉODALITÉ
est i’iilstoire de la tèrre aussi bien que celle des hommes.
Papier de la recepte des cens deuhz à M, de Blancmesnil à cause de sa seigneurie de franc aleu noble du Bourget ^ en toute justice,^ haute ^ moyenne et basse ^ manuscrit de l’aniiee 1617. Un vol. petit in-fol., parchemin.
Ces deux manuscrits sur l’alodialite. . . iS fr.
Je ne parlerai autrement de ce manuscrit 5 qui contient les recettes des cens du Bourget pendant dix-huit années, que pour en faire remarquer le titre qui nous apprend que de même qu’il y avait des terres franches de redevances , des terres de franc aleu, il y avait aussi des seigneuries franches d’hommages, des seigneuries de franc aleu.
Adveu de Jehan de J^ergey^ sire de Jomieux et de Champlitey au duc comte de Bourgogne ^ manuscrit du XIV® siècle , écrit sur un rouleau en parchemin long de six pieds, large d’un pied et demi, renfermé dans un étui.
Revenons au vainqueur septentrional. Il avait remis l’épée dans le fourreau, mais il restait toujours chef suprême. Un jour qu’il tenait cour plénière, au
milieu d’un festin oii il était entouré de scs officiers,
^éniours des grandes divisions territoriales qu’il leur
avait partagées^ il leur dit: Mes amis! vous me reconnaissez bien pour votre chef suzerain senieur? oui! oui ! oui ! et. vos fils aines, ainsi que leurs descendants fils aîne'Sj reconnaîtront bien mou fils aîné et ses descendants fils aînés pour leurs chefssuzerains, sénieurs? oui ! oui! oui! Ne vous plairiez-vous pas à avouer mes droits dans on instrumeni authentique? oui! oui! oui ! Et ielëndemain toutes ces épées inférieures , pour faire leur cour à l’épée suzeraine, se présentent, tenant déplus ou moins grands rouleaux de parchemin, sur lesquels étaient écrits des aveux^ tels à peu près que celui-ci : je dis à peu près parce que celui-ci qui est éloigné de nous à la même distance de temps que , lorsqu’il fut fait, il l’était de l’invasion des vainqueurs septentrionaux, est à peu près le même que ceux du temps qui précéda immédiatement la révolution. Il commence ainsi : « A (î tous ceux qui ces présentes lettres verront et oura ront^ Jéhan de Vergey, sire de Ghamlipte... faiz « savoir,., que je suis et doibz estre oms (homme) <( et tiengs en fief liège et hommage de très excellent <( noble et puissant prince monseigneur le duc « conte de Bourgoigne, à cause de son conté, les U choses qui s’ensuignent, tant celles qui sont de « mon domaine, que celles qui sont tenues de raoy « enfiedz... et premièrement en mon domaine... » : C’est bien, fort bien! dit à ses officiers, sénieurs du
DE LA FÉODALITÉ
territoire partage^ le vainqueur septentrional on^ si vous aimez mieux, le duc, comte, primitivement roi de Bourgogne au se'nieur ou sire de Ghamplite, ainsi qu’à chacun de ses autres camarades copartageants 5 vous vous déclarez mon homme • je suis content de votre hommage : vous avouez que tout ce que vous tenez, vous le tenez de raoi^ je suis conte'nt de votre aveu. Mais, là, tout n’est pas fini. Les officiers sënieurs avaient partagé leur territoire à leurs sousoffiiciers^, sénieurs; chacun d’eux dans sa division leur demande^ et par les mêmes raisons, les mêmes aveux pour leurs sous-divisions territoriales. Tout n’est pas non plus encore fini 5 chaque sous-officier sénieur^ qui
lui -même a partagé sa sous-division territoriale à ses
soldats sénieurs leur demande, et par la même raison, les mêmes aveux. Aussi y eut-il des aveux, dans tous les degrés de seigneuries^ de Tinférieur au supérieur. Celui-ci qu’on peut, àcause de ses dimensions, regarder comme une grande ancienne tapisserie représentant les pays de ce grand fief environnant le château^ est extrêmement curieux. Il offre les villes murées, les villages, les hameaux, leurs habitants, groupés en maignies, en familles de serfs, où l’on voit des hommes libres ; en maignies, en familles d’hommes libres où l’on voit des serfs. Etudiez les terriers, étudiez les aveux, vous qui écrivez l’histoire des pro vinces, vous verrez dans celui-ci quelles
étaient les enceintes, quel était le nombre des feux des villes. Par exemple, je laisse dit ici en passant que Chamîipte ou Champlite avait quatorze vingt feux. Etudiez les terriers, étudiez les aveux, vous surtout qui écrivez i’iiistoire fe'odale. Dans les livres vous ne verrez que la féodalité des grands vassaux qui . voulaient porter la tête aussi haut que le roi, qui voulaient lui tenir tête ; dans les terriers et les aveux, vous verrez la .féodalité des terres et des hommes, la féodalité nationale.
Adveu dit seigneur de Rîntoires au seigneur de H oudin^^ fait en Vannée i499? ^^i^^scrit original, écrit sur un rouleau en parchemin de onze pieds de long, renfermé dans un étui.
Peut-être les aveux ont-ils eu une autre origine. Le vainqueur septentrional a fait les parts à ses chefs ; ses chefs l’ont faite à leurs sous-chefs^ leurs sous-chefs à leurs soldats. Qu’est-il arrivé? Ou de son temps ou dans la suite les chefs ou leurs descendants se sont disputés , querellés ; ils ont imploré l’intervention du vainqueur septentrional ou de ses descendants; il leur a dit ou ses descendants leur ont dit : avouez-vous de moi comme vous ayant investis ou comme étant le descendant du chef général ou chef seigneur qui vous a investis , et je vous ferai justice. Autant il en est arrivé dans tous les degrés
DE LA FÉODALITÉ
des divisions territoriales des vieux ou seigneurs. De là, je crois , cette autre origine des aveux qui peuvent bien avoir eu ces deux origines et encore d’autres. Ici l’aveu est fait par le descendant d’un vieux, d’un seigneur soldat 5 car je trouve dès le commencement que ce seigneur de Rintoires relève du seigneur de Houding, c’est-à-dire, du descendant ou successeur du sous-cbef qui relève du seigneur comte de Flandre , c’est-à-dire, du descendant ou successeur d’un des chefs qui relèvent du chef seigneur, c’est-à-dire, du vainqueur septentrional du roi. Tout se perfectionne,' les aveux comme les chemins de fer, le gouvernement féodal comme le gouvernement représentatif : quand vous vous avouerez de. moi, dit le vieux o'i sënieur supeVieur au vieux ou se'nieur inférieur, déclarez non-seulement cjue vous tenez de moi ce que vous possédez^ mais déclarez aussi en quoi con* siste ce que vous possédez. Et aussitôt, de tous côtés, Fon entend de plus ou moins longs dénombrements suivie les aveux. Ecoutez l’aveu et dénombrement du seigneur de Rintoires « ... Monseigneur j’advoue... (( j’ai un four banier, oii tous les habitants de ma « ville sont tenus de venir , sans pouvoir aller cuire (( ailleurs... Item ai un baril où tous les habitants a sont tenus de venir mesurer... Item ai droit d’afrt forage, savoir deux lots par tonne!.... □ Item (f déclare... terre... manoirs... tenus par les subjets
<( dü fief... )) Chaque peau de ce rouleau est cousue à la suivante par un cordon en parchemin dont les bouts sont termines par une boursette^ aussi en parchemin^ renfermant un petit sceau de cire rouge.
Adveu du seigneur des Mires au seigneur de Boutendlliers ^ fait en F année ï525^ manuscrit original , sur vëlin. Un vol. in-fol.^ basane , racine rouge , dentelles. , ,
Ecoutez maintenant celui du seigneur des Mires ; il est aussi détaille , aussi vivant , et , pour le canton^ il est aussi historique, aussi exact que le plus épais terrier 5 et il est aussi bien écrit.
Ad^eu du seigneur d^Alancé à la damoiselle de Doulce , année 1527, manuscrit original, sur vélin. Un vol. in-4®, cartonné.
C’est ici un vieux^ peut-être un jeune vieux, qui fait son aveu à une vieille peut-être une jeune vieille à une domicella , damoiselle ^ dame de Doulce : <{ De vous ma très noble et très honorée damoiselle « je reconnais estre votre homme de foy. )> Ainsi commence l’acte d’aveuj et il finit : « ... Je m’advoue « de vous... Je vous veil servir et obéir , ouiïrant « de vous déclarer les dites choses par monstre ou (t autrement... laquelle protestation je.vous fais... »
a64 de la Féodalité
Gomment dans un roman pourrait faire , pour mieux s’exprimer , l’amant le plus tendre ? C’est que le système de la fe'odalitè , alliance, était un système d’amour où par le baiser féodal qui parcourait tous les échelons de seigneurie, le seigneur le plus bas était nui par des liens sacramentels au seigneur le plus haut. On croirait que ce petit seigneur de Laure est au plus bas échelon ; tant s’en faut. On voit au chapitre : s^ensuwent les hommes qui tiennent de moi à foj et hommage , deux seigneurs inférieurs. Je suis prêt à croire que, si l’on compulsait bien les archives de la féodalité , on trouverait dix , vingt degrés de seigneurie et peut-être plus.
Adveu de la dame de la Bécassière au seigneur de la Roche Baraton^ année i565, manuscrit original^, sur parchemin. Un vol. in-4®7 cartonné.
Où étaient les foudres de la puissance ecclésiastique, lorsque les barons s’emparaient des dîmes? Ou bien les cuirasses des barons étaient-elles à l’épreuve de ces foudres? Il le faut bien, puisque des dîmes passèrent à leurs descendants. Cet aveu fait mention de plusieurs de ces dîmes laïques , dont il y avait un si grand nombre en France. La dame de la Bécassière, après avoir, comme dans tous les aveux, déclaré sestënements, déclare les ténementsdesescen-
sitaires et de ses seigneurs infe'rieurs; elle termine ainsi : «... Je vous recognoys et confesse deb- « voyr... Quatre solz de service rendables en vostre « hostel de la Roche Bai a ton..... et un g cheval de
« service; pleige et gage . toute obéissance, telles
« que homme ou femme de foy simple doibveiit et <( sont tenus faire à leur sieur de foy simple, et les « tailles, aydes quand elles adviennent . )>
Hommage fait au roy par Izabelle de La Bouerriac pour seigneurie de la mouvance de la seigneurie de Norlaix^ année i575, manuscrit original, sur parchemin. Un vol. in-fol., basane, racine bleue, dentelles.
Dans la langue de la féodalité', de'nombrement et aveu se confondent souvent, et aveu et hommage se confondent souvent aussi. Toutefois il y a des de'iiombrements sans aveu, des aveux sans de'nombrements, des hommages sans aveux; mais engéne'ralces trois actes du seigneur infe'rieur envers le seigneur supe'rieur sont re'unis, comme ici, au même procèsverbal dresse'^ tantôt comme celui-ci devant une cour de justice^ tantôt devant un notaire. Dans cet hommage la dame de Bouerriac, au nom de son fils, fait hommage direct au roi. Est-ce à dire que son fief soit au rang de ceux des grands vassaux ? Non certes ; mais, comme seigneur de Morlaix, le roi n’est que
DE LA Fi^ODALITË
seigneur inférieur, auquel un seigneur plus inférieur rend hommage. Il j a d’ailleurs cela de singulier dans cet acte que, la première ligne de chaque article du de'nombrement e'tant écrite en gros, et les articles étant très courts , ce manuscrit ressemble à un antique cahier d’exemples de jeunes écoliers. Parmi ce grand nombre de paysans qui y sont portés comme tenanciers, se trouvent plusieurs seigneurs; et ils se trouvent là parce que, soit pour cause de forfaiture ou de déguerpissement de leurs hommes , soit pour autre cause, ils leur ont succédé dans leurs propriétés.
Adveu et dénombrement fait par le seigneur du fief appelé du Piiyfadis de Lames an, au seigneur de Lespare^ manuscrit original de Fannée i638, sur parchemin. Un vol. in-fol., cartonné.
Observation sur Ce manuscrit. Cet aveu est fait au duc d’Epernon , le favori de Henri III, comme sire de Lespare, qualification antique , autrefois générale en France, qui passa en Angleterre ou elle se maintient si vigoureusement encore. Autre observation. Dans cet acte , on donne au duc d’Epernou un fort grand nombre d’auti'es titres, et, entr’autres celui de seigneur de la maison noble de Puy-Paulin de Bordeaux , dont le propriétaire avait de si extraordinaires privilèges, ainsi que je l’ai dit au xvi® siè-
cle^ à la station du vielleur ^ cette grande tablette cliarge'e de tant de faits , cette si grande et si instructive page de la vraie histoire de France. Autre observation encore. Le duc d’Epernon possédait tant de seigneuries qu’il avait pour le représenter deux commissaires à recevoir les aveux et les de'nombrerneiits ^ dont l’un prenait le titre de commandant les terres du duc en Medoc, et l’autre le titre pins raisonnable et plus français d’intendant de ses tei res. Autre observation encore. Ï1 y avait des ténements ou l’agriculteur payait le cinquième au seigneur, ou il ne pouvait dépouiller son champ, sa vigne qu’en présence d’un garde-fief. Autre et dernière observation. Si l’aveu et dénombrement du fief n’était pas fait dans les quarante jours de l’entrée en possession, saisie.
Adveu du seigneur de Millj au seigneur châtelain de Rwaranes y manuscrit ‘ original de l’année i655, sur parchemin. Un vol. in-fol., cart.
Ces neuf aveux ensemble . 160 fr.
Que d’observations à faire encore sur le manuscrit de l’article précédent ! je me hâte de passer au manuscrit de cet article , bien autrement précieux. Et d’abord je dirai que, si en général dans les terriers on voit les chaumières , les fermes mieux décrites, dans les aveux on voit le château mieux décrit.
DE LA FÉODALITÉ
Je pourrais citer tous les aveux de ce traite', je citerai seulement celui-ci : « Assavoir est mon hostel...
(t fossez , douves , pont-levis , mâchicoulis , tours ,
<( tourelles, canonnières... » Ordinairement la garenne tenait au château; l’aveu ainsi que celui de droit de chasse en sont faits ici en ces termes :
« ... Et aussi ma garenne ; et deflenses de tous (( oiseaux quelconques en mes terres et tousche de (( Millj, .. )) Et quel est le devoir du château de Millj envers le château-châtellenie de Rivaranes ? C’est tous les ans l’hommage d’un collier de levrier; que, s’il y avait muance du seigneur inférieur ou du seigneur supérieur, « L’hommage était d’un collier de <t levrier garny avec la lesse de soie de cheval... » C’est-à-dire une longue lesse de soie rouge pour servir dans les chasses à cheval, comme on le voit dans les miniatures des anciens manuscrits. Plus loin il est fait mention des levées de la Loire auxquelles aboutissent plusieurs des possessions avouées. Mais ceci est bien plus remarquable : « ?.. Item mon « prévosl^ mon homme lige de foy simple, a trois solz (( de service, .... quatre deniers de garde, à mon « chasteau, et deux deniers de cens à cause de sa (( prévosté et seigneurie de Milly... Item a mon dit
(( prévost sur chacun quartier de pré une veilloche
(( de foin... et si les hommes de ma dite terre ne le « laissent sur la place, le dit prévost peut monter
« ou faire monter sur les mules , et eu emporter...
« Item a le tiers des amendes... quatre deniers par « beste prise. . . un fromage par beste prise. . . Item. . .
« Item... » Tout ce que le prévôt a, le seigneur infe'rieur qui est son seigneur est censé Pavoir et il en fait Paveu ; tout ce que le seigneur inférieur a , le seigneur supérieur est censé Pavoir et il en fait Paveu. Ainsi en remontant jusqu’au chef seigneur, le roi.
Ce sont les cens et rentes qui estoient ci Ro~ bîn Bichard ^ du temps quil vieoit^ manuscrit du xv^ siècle. Un volume petit in-folio , cartonné . 12 fr.
Quand Paveu n’était pas fait dans le délai prescrit le seigneur s’emparait du fief non avoués par défaut d’homme avouant ; c’est ainsi que dans ce censier il est dit que les héritiers de Bichard et autres perdirent leur fief au profit des hauts seigneurs de Dampmartin ou de Blancmesnil. « Lesquels cens, (( rentes et molins , monseigneur de Dampmartin « en joït par défault d’homme. » Je trouve encore dans ce censier et à plusieurs reprises... « Madame « de Dumont pour sa voye d^aller à l’église doibt « aux octaves Saint-Denis , troys oboles... » On ne
voit pas si c’est féodalement ou prédialement que
ces trois oboles étaient dues.
DE LA FÉODALITÉ
Dénombrement donné par Hemrate', dame comtesse de Montheliart au duc comte de Bourgogne^ manuscrit original de i’an J 4^4* Un vol. in-foi. max., veau rose, gaufrures, fil. d’or. 200 fr.
Les délais pour les hommages et les aveux étaient très briefs ; je viens de prouver qu’ils pétaient aussi très rigoureux. La veuve Hemrate, vieille rusée, craignant de perdre son fief, courut vite recevoir à genoux le baiser féodal de son seigneur suzerain. Elle prit ensuite le temps plus à son aise pour faire le dénombrement presque toujours joint à l’aveu, mais quelquefois, comme ici, séparé et d’une date postérieure. Cet acte est un modèle d’analyse descriptive qui, ainsi que celui de la logique de Gondillac, décompose successivement et avec ordre les diverses parties du tableau. On y voit comme dans la belle page de Gondillac le village, le château, la prairie, le bois^ l’étang : on y voit de plus des charges de blé, de vin, des chars de bois, de foin, de paille, des paniers de poules, de chapons, d’oies, ‘de cannes^ des veaux, des moutons attirés, comme par un aimant, vers le noir château qui abat son pont-levis, qui ouvre son grand portai pour ainsi dire^ sa grande bouche : on y voit non-seulement les maix, les chasais, les maisons de bois du pays, non-seulement les terres ; qn y apprend encore quelle était la condition des hommes qui les travaillaient, des hommes main-
mortables, corvéables, taillables à volonté. Toutefois il ne faut pas se représenter cette veuve Hemrate comme une veuve impitoyable, tondant avec ses ciseaux seigneuriaux son troupeau jusqu’au sang ; elle était femme, elle était bonne... « Et ay fait et « faiz par ces présentes protestations que se par « ignorance, inadvertance, négligence, ou aultre- (( ment, j’avois obmis ou délaissiez aucune chose à <( déclarier ou mectre en ce présent dénombrement « qui soit ou doize estre du fiez de mon dict seigneur c( a cause que dessus, que ce ne me tournoit en au- « cune manière à dommage ou préjudice; mais le « puisse ou doige baillier pour déclaration ou dé- « nombrement , toutes fois qu’il viendra à ma cog- (c noissance. En tesmoignage de laquelle chose j’ay « fait mectre mon séel pendant en ces présentes lettres bailliées pour dénombrement , faicles et <( données le xv® jour du mois de septembre l’an de <( nostre Seigneur courant par mil quatre cent vingt « et quatre. Du commandement de ma dicte dame <{ la contesse , Ch. Pitoul. » Ainsi finit ce dénombrement; mais je ne puis vous dire comment il commence, car il n^a pas la tête. On l’a emportée, ou bien il l’a perdue peut-être depuis plus de cent ou deux cents ans : Mon cher ami , ai-je dit à l’habile imitateur de vieilles écritures M. Frédéric de Fontannois, vous qui avez à peine vingt-trois ans, l’auriez-
2^2 DE LA FÉODALITÉ
■vous vu cette tête? — Oui* ou du moins j’en ai vu quelques mots de la première ligne. — Eli bien 1 veuillez les êcrireà leur place ; et il les a écrits en encre rouge. El pourquoi? c’est qu’il a dû les écrire avec cette encre ; c’est que dans le corps de l’écriture on trouve deux très grandes lettres majuscules écrites avec cette encre, qui rendent ce manuscrit non pas très précieux mais très cher. Dorn Mabillon n’avait vu qu’une seule fois en sa vie quelques mots écrits en rouge dans une charte. J’ai été plus heureux ; j’en ai possédé une où la première ligne était écrite en cette couleur. Elle portait les statuts de ^église de Troycs intitulés: la pel, la peau; elle est aujourd’hui entre les mains de M. le chevalier Phillips dont j’ai déjà parlé. Cette charte fut vendue fort cher. Celle-ci ou ce dénombrement, bien qu’il n’ait que deux lettres en encre ronge, est d’une mise à prix assez élevée. Les bonnes choses ne sont pas toujours les plus recherchées ; souvent ce sont les plus singulières. Le caprice se môle de tout; pourquoi ne se mélerait-il pas des vieux parchemins ?
Enquête sur le fief de la Guenedaiz près Vernon^ manuscrit original de l’année i543. Un vol. in-fol. max., cartonné . lo fr.
Un fief était une propriété féodale qui s’étendait sur une ou presque toujours sur plusieurs pro-
ET DES HOMMES FÉODAUX. ayS
priëtës territoriales. Ordinairement il ëtait^ comme celui-ci, composë en partie de manoirs et de terres. Nous venons de voir combien les lois de la fëodalitë se montraient rigoureuses sur les aveux et sur le dëlai des aveux ; un fief^ non avouëdans le temps prescrit^ ëtait confisquë : mais il y avait aussi d’autres causes de confiscation 5 car on confisquait encore une partie d’un fief non avoLiëe, omise dans l’aveu 5 aussi les seigneurs infërieurs prenaient les prëcautions les plus minutieuses pour ëchapper aux omissions des dënombrements de leurs aveux. Ici le seigneur du fief craignant, non la bonne Rënëe de France, fille du bon roi père du peuple , mais ses inflexibles officiers, prend le parti de faire une enquête devant le juge du lieu, et tout ce que cette longue enquête porte il l’avoue ; et le voilà à l’abri de toute poursuite ; et le voilà tranquille !
Bail emphytéotique de la ferme de Haulbran près Chevreuse^ manuscrit sur parchemin, enferme probante, annëe 1719* Un vol. in-foL;, cartonné. ... . . . . 8 fr.
Je reviens encore, mais pour la dernière fois^, au vainqueur septentrional, à ses officiers, à ses soldats et à ses partages que je suppose depuis long-temps faits. Il me semble entendre dans les differentes divisions territoriales,, depuis appelées féodalement
274 I>E liA FÉODALITÉ
terres: mon vieux! mon sënieur! jugez-nous! jugeznous! et le sënieur les juge ; ainsi établissement du premier degrë de justice , de la basse justice. Les plaideurs de la terre du soldat sënieur sont mëcontents, ils appellent à l’officier sënieur, au sënieur supërieur 5 ainsi etablissement du second degrë de justice, de la justice moyenne ou directe. Ils sont encore mëcontents ; ils appellent au haut, au suzerain sënieur; ainsi ëtablisseraent du troisième degrë de
justice, de la haute justice. Cent milie, plus de cent mille justices seigneuriales couvrirent la France. Lesmêmes terres, les mêmes hommes étaient, suivant les diffërents cas, diffëremment justiciables ; je le trouve dans les aveux de ce chapitre, notamment dans l’aveu de Jehan de Verge3^ Il faut savoir de plus que, dans un très grand nombre de fiefs, comme dans celui de la damoiselle Sellier. et dans celui de Haulbran dont parle ce bail emphytëotique les trois justices étaient fort souvent retinies dans la main du même seigneur ; il faut savoir encore qu’outre ces trois justices, il y en avait une quatrième, qui était aussi quelquefois rëunie aux trois autres, celle du seigneur censier; ce bail en fait mention en ces termes : «... Et tenir pendant ledit « temps de quatre-vingt-dix-neuf ans ladite ferme « en la haute, moyenne et basse justice de notre dite « terre de Chevreuse et en la <censive... » Le juge
censier ne connaissait que des contestations sur le paiement des cens et des prestations censuelles. Tous ou presque tous les aveux et les hommages de ce chapitre mentionnent bien les trois justices ^ mais non, comme ce bail, les quatre justices réunies. Voilà pourquoi cet acte, rural par son essence^, est, à cause de ces trois seules lignes, dans les rangs des actes fe'odaux.
Procès entre la comtesse d’Artois et le sire de Couchy et dOisy , arine'e i525, manuscrit en forme probante , écrit sur trois rouleaux en parchemin d’un pied de large, tirant ensemble i3 pieds. Un vol. in-fol., maroquin bleu gaufrures , filets d’or . 60 fr.
Lorsqu^avant Tinstitution de leurs juges les seigneurs n’avaient pu suffire aux jugements des trop nombreux procès, ils avaient appelé à leur aide leurs vassaux. La cour judiciaire des seigneurs , garnie de leurs vassaux , était appelée la cour des juges pairs. Sous le règne de Saint-Louis, les seigneurs cessèrent de rendre la justice, mais leurs vassaux, leurs juges pairs, leurs hommes de fief, leurs hommes continuèrent à la rendre; on le voit ici écrit dans une espèce de requête : « A la fin qu’il soit dit
(c et pronon chié par droite par les hommes madame « d’Artoys, du castel d’Arras , que li sire de Cou-
3^6 DE L^ FÉ 0 DALITÉ
« clij el d’Oisy et si servians cbastelains et hommes <( soient et aient este souffisamment adjournez par les <( servians madame en la magnière que adjournez (( ont este ; et que li adjournemens soient et aient «este' competans et convenables et souffisamment « baillez et recliuz ou par les dicts servians , ou par H les procureurs du dict seigneur , servia nsoubom- « mes, et que il soit tenu d’aller avant et de bailler « response par devant le baillieu d’Arras , ou son (( lieutenant en le court à Arras... » Le lecteur remarquera que les juges inferieurs^ les hommes d’Oisj, sont, comme juges infe'rieurs , aussi bien que le seigneur d’Oisj , ajourne's devant les juges supérieurs , les hommes du château d’Arras. Quand les hommes, c’est-à-dire la cour des pairs , n’étaient pas assemblés , les actes étaient adressés à leur chef , au bailli ; nous venons de le voir. On comprend fort bien ces deux degrés de juridiction dans deux fiefs différents ou même dans le même fief j mais voici ce qu’oii ne comprend pas aussi bien ; c’est que le sire de Goucj, comme seigneur d’Oisj , terre si considérable qu’elle était ou qu’elle fut érigée en comté, pût, à la volonté du seigneur supérieur, être jugé par la cour des pairs barons ou par la cour des pairs inférieurs. Ecoutez la vieille requête : « Que autres «juges ne soient bailliez au seigneur de Goucj et « d’Oisj^ fors li baillieus d’Arras et ses lieutenans et
(( que par les hommes de madicte dame soient jugiez ; et (( que li cours et li jugemens ne doient estre bailles, <( ne envoyés , déterminés, ne jngiés, par li barons, (( fors au kemun, avant les autres se ils y sont... » Dieu nous préserve d’avoir souvent à comprendre les écrits obscurs des siècles de ténèbres ; 011 se dit cela tout en colère. On n’a pas sous la main un Desfontaines, un Beaumanoir, un Boutillier, un Massuer. On interroge la requête, c’est-a-dire qu’on lit le contexte oii l’on trouve : « Le sire de Gouchy dit a qu’il est noble et tient sa terre d’Oisy en baronie (( de madame et doit estre adjourné et mené en ju- (( gement par les barons d’Artoys. » La requête répond à cette objection qu’elle se fait : « Madame est « en saisine de adjourner, traicter et mener les seiu giieurs d’Oisy ou leurs menistres et de retenir à la « cognoissaiice comme de leur homme sans barofl nie... )) Ainsi autrefois ces cours des pairs portaient ce titre , non, comme on l’a dit, parce que les juges étaient entre eux égaux, pairs, mais parce qu’ils jugeaient leurs pairs. Les barons jugeaient les barons, et les hommes inférieurs^ le kemun, jugeaient les hommes inférieurs, les hommes du commun. Combien fallait-il d’hommes pour former une cour de pairs ? Le parchemin répond : « Item que suivant la (t coustume du pays d’Arras troys hommes peuvent «faire jugement... » Le sire de Gouchy ne demeure
2;8 DE LA FÉODALITÉ
pas niuelj ecoülez-lo ou sou avocat^ et vous saurez quel était le droit féodal de ce temps-là. «Item que le « sire de Couchj est noble personne, bers et extrait « de tel sanc et si noble , que en lui chiet et doit a cheoir toute justiche en ses terres, et spécialement « toute garde et défense, toute pugnition et correc- « tion et redressement de tous ses subjects et demou- « rans es termes de ses justiches et chastellenies; ne « à s’en mesler ne sauroit (la comtesse d’Artojs) en « nulz cas si ce n’est en cas de défault de droit ou « de mauvais jugement... » Ce qui veut dire que la qualité plus ou moins élevée de la personne donnait plus ou moins de droit 5 ce qui veut dire aussi que le sujet du seigneur ne pouvait fausser la cour, ne pas plaider à sa cour, si ce n’est en cas de refus de justice ou en cas d’appel. Je vais maintenant parler du différent qui fit naître ce procès, oîise trouve à peu près un traité de haute procédure féodale. Le sire deGoucy,dontIe nom est si célèbre, possédait , outre sa terre de Coucy ou Couchy, comme on disait alors, la terre d’Oisy, située au milieu des terres de la comtesse d’Artois. Il aurait sans doute voulu vivre en paix avec cette haute et peut-être belle dame; ses gens et les gens de la comtesse d’Artois ne le voulaient pas. Ces meutes de sergents, de gardes, de procureurs ne cessaient de japper, d’aboyer, de se mordre. Les officiers du sire de Coucy entendaient
être juges, et, à quelques égards, être juges et parties^ les officiers de la comtesse veulent aussi de leur côtë, et^ a ce qu’il paraît avec plus déraison, juger : mais ce n’est pas tout on disputait sur la famille, les descendants, la haute qualité, sur le droit de garde des églises, des béguinages , sur le sceau. En vérité il semble que ce vieux volume soit comme le vieux spectre du xiv® siècle, qui vienne nous apprendre la partie la plus piquante et la moins connue de l’histoire de ce temps.
Plumitif des audiences du maire et garde de la justice de Groslay, années i4bo, i46i et r46‘2, manuscrit du temps. Un vol. in-4°7 basane, racine verte, dentelles . i5 fr.
J’ai dit , je le répète ici afin qu’on se le rappelle, qu’on le sache bien, qu’on ne l’oublie pas , que l’histoire de France est, depuis le ix® jusqu’au xv® siècle, une histoire féodale; qu’elle l’est a plusieurs égards, même avant, même après ces temps. J’ai dit aussi, je répète aussi que la féodalité frappait de son empreinte la terre, les hommes et les choses. J’en suis ici à la justice; je citerai donc, entre autres, la justice qui, jusqu’à la révolution, en est demeurée profondément marquée. Aujourd’hui quatre mille tribunaux de paix suffisent. Eh bien ! il en fallait à la féodalité vingt et peut-être quarante fois plus;
DE LA FÉODALITÉ
car la loi féodale reconnaissait quaîre degrés de justice par seigneurie , ou terre, ou fief; il y en avait en France plus de quarante mille. Les mairies de Champagne , d’Artois et de plusieurs autres provin* ces étaient une variété de ces justices. Les mairies gardes, telles que celles de Groslay près de Paris, étaient une variété de cette variété. Mais puisqu’il y avait cent, cent soixante mille justices féodales, il devait y avoir de ces plumitifs d’audience par millions ; et il doit en rester par milliers : non pas à ma connaissance. Les très anciens plumitifs sont aussi rares que les très anciens almanachs, puis en rencontrer un , je le regarde comme une trouvaille et j’y découvre tout ainsi que dans celui-ci le tableau des anciennes campagnes , de la police des terres, des pasteurs et des troupeaux : «Du dimanche « xiiie jour de juing M cccc lx Guillaume Fresle a « pleigé l’amende en ma main... pour un cheval à « lui appartenant lequel avoit esté trouvé à les cloi- » sons du boys de Goiüdray , laquelle amende avons « tauxé à V solz... Du dimanche... pour des pour- « ciaulx... V solz... Du dimanche... pour une « vache... v solz... » Il y est aussi fait mention de vols , d’autres délits : « Dudict jour , ledict Pierre « Gien a confessé avoir bouté le feu à une meule de « foin g , dedans le grand pré de Groslay... lequel « a pleigé l’amende en nos mains... » J’y lis encore
que le jeu de dez était défendu : « Du xv® jour du « mois d’octobre... ledict Durons apleigé Tamende « en mes mains... pour ce il dict avoir joué aux dez <c en la compagnie de ung nommé Anthoine et du « nommé Aubert , lesquels avoient gagné de lui la cc somme de xxv solz d’un costé et une jacquette de cc drap viollé , doublée de blanchet. »
Plan du territoire de Charenton , écrit vers l’année 1760, sur parchemin blanc, bordé de violet, avant six pieds de long sur deux de large. [\o fr.
Ce beau plan semble un morceau détaché du rivage de la Seine entre Berci et Saint-Maurice; il en a les couleurs des cultures, des plantations qui n’ont guère changé; il en a aussi les anciennes divisions territoriales de la féodalité, qui ont entièrement disparu. A gauche. Terre du roi... Clos des religieux de Saint- Mandé... Terre de l’église...' A droite. Terre du seigneur de Berci... Terre du seigneur de Charenton... Remises de Gibier. . .Fief deThérouenne,céièbredans riiistoire de Paris... Justice deSaint-Maur... Justice de Charenton... Justice de Saint-Maurice... Les délimitations territoriales des justices ont déterminé ici la place de ce plan qui pourrait, d’une manière piquante, orner un salon des cent riches maisons de campagne qu’on voit dans les deux lieues de terrain qu’il figure.
DELA FÉODALITÉ
Ce sont les personnes qui contèrent devant le duc de Bourgogne et ce quils dirent , manuscrit du milieu du xiv® siècle , écrit sur un rouleau, en parchemin , long de dix pieds et demi , renferme' dans un e'tui . 2 5 fr.
Lecteur ! Vous attendez ici une se'rie d’anciennes histoires de château : mais ce long rouleau écrit, du temps oîi l’orthographe de compte d’argent, de comte d’Artois e'tait la même que celle de conte narration , n’est qu’un extrait de l’acte de partage de la succession de la duchesse de Bourbon entre le duc de Bourgogne, comte d’Artois, et le comte de Clermont ses he'ritiers. Toutefois le spectacle de la fe'odalitë s’offre là dans ses plus riches phases. Que d’espèces d’argent, que d’espèces d’or , provenant des revenus fe'odaux de cette heureuse et pacifique province de Bourbonnais ! Que de vin , que d’huile , que de ble', de fèves^ de millet , de riz ! que de poivre, de sel ! Ne soyez donc pas en peine sur cette bonne duchesse 5 sûrement elle n’avait manque de rien : elle n’avait surtout pas manque' de bois; plusieurs pieds de ce rouleau sont exclusivement occupe's par le compte des coupes. Toutefois le mobilier, du moins le mobilier mentionne dans ce partage, me paraît fort au-dessous de l’ëtat des maîtres : une chaudière d’airain deux poêles, deux pots de cuivre : tout cela est bien petit pour faire cuire les trois mille poules de rente et le pois-
son de quinze ou vingt grands étangs. Ce rouleau, à certains égards, est une espèce de carte du pays qui vous offre, d’espace en espace, les villes, les châteaux , dont chacun a sa chapelle, son chapelain, sa sacristie ainsi que son arsenal , avec arhalestes , gettes^ etautres armes. Il faut convenir que cc’S vieux parchemins savent bien l’histoire de France, et que nos quotidiennes brochures ne la savent pas mieux.
Plan manuscrit du fief Berruyer et du grand estang de Somme-Fontaine^ année 1747? deux pieds et demi de long sur un et demi de large, renferme dans un portefeuille . 8 fr.
Dansle commencement, lorsque les sënieurs descendants des chefs , des sous-chefs ou des soldats septentrionaux avaient plus ou moins long-temps dispute relativement aux limites de leurs terres , ils vidaient leurs differents avec la lance. Dans la suite ils les vidèrent avec le compas des géomètres : des plans d’abord informes , mais enfin de plus en plus réguliers , furent faits. Ces plans féodaux , tels que celui-ci doivent être recueillis , car s’ils ne disent pas tout ce que les terriers et les aveux disent^ on y trouve souvent ce qu’on ne trouve pas ailleurs. Mes yeux distinguent avec plaisir à une extrémité de ce long plan la chaussée et la grille du grand étang seigneurial,, et à l’autre extrémité l’antique petite
284 DK LA FÉODALITÉ
croix rouge, appelée la croix de Saint-Jacques.
Plan manuscrit colorié de la vicomté de Font- PertuiSy dans V Orléanais , renfermé dans un portefeuille . 6 fr.
•Ce plan du milieu du xviii® siècle^ représentant en petit la ville de Baugency , les forêts et la partie de la Loire, avec les ruisseaux affluents qui arrosent le territoire de la vicomté, est surtout précieux par ses délimitations féodales qui peut-être n’existent plus que là.
Carte manuscrite des vingt-deux fiefs des territoires de Versailles ^ Che^reuse^ Maguj^ trois pieds de long sur deux de large, renfermée dans un
portefeuille . 9
Par les mêmes considérations , cette carte n’est pas moins précieuse. Elle présente les sous-divisions féodales de quelques cantons de la France, et donne lieu à cette question : combien, du temps de la féodalité , y avait il de divisions ou sousdivisions , c’est-à-dire de fiefs , d’arrière-fiefs ? Je me suis tantôt répondu quatre-vingt mille , cent mille, cent cinquante mille, deux, trois cent mille; puis je suis revenu à cent cinquante mille , à cent mille. Ici l’arithmétique de probabilité est très fautive , il n’y a que celui qui aurait le dénombrement
ponse positive et sûre: mais ce de'nombrement existet-il? je ne le crois guère ; mais a-t-il existé? je n’en puis douter.
Abrégé de V état des domaines du roi dans la généralité de Rouen , manuscrit du xviii® siècle. Un vol. in-fol.j parchemin vert . i8 fr.
Rien n’est plus difficile que la classification des manuscrits; ici en est une nouvelle preuve; ce manuscrit peut appartenir au chapitre des finances, section du domaine; il peut appartenir aussi à celui de l’histoire des provinces , sous le rapport de leur histoire féodale; il peut appartenir encore à celui de la féodalité , et c’est là que je préfère de le mettre^ tant je m’en suis servi à cet égard. Qu’on ne s’arrête donc pas au titre , aux premiers feuillets d’un manuscrit, je le répète , je ne cesserai de le répéter, car celui-ci offre comme la vieille face de la Normandie divisée en duchés sous-divisés en marquisats , en comtés , en baronnies. Un fait qui me prouve combien le normand a toujours été chicaneur ou^ pour parler avec plus de politesse , strict observateur de la loi , sévère constitutionnel, c’est que tandis que dans les autres provinces, les vicomtes, officier s judiciaires et financiers, étaient devenus dignitaires féodaux, ils étaient restés dans cette province ce que^ dans
DE LA FÉODALITÉ
les commencements ils étaient. Aussi ai-je plus de confiance dans la féodalité moderne de la Nor-' mandie, pour en conclure a des anciens us , que dans celle des autres provinces. Et d’ailleurs combien elle y est variée 1^ C’est là que vous trouvez les rotures seigneuriales, les fiefs fermes, les fiefs sergenteries et les fiefs d’aînesse. Les prestations n y sont pas d’ailleurs moins variées ; je lis cet abrégé àl’article, vicomté d’Arques; j’y trouve un arrentement à la charge annuelle de prestations de froment, de seigle , d’avoine , de chapons , de poules , d’œufs, de harengs, d’oies , de brebis, d’agneaux, de coqs, de pigeons blancs. C’est vraiment une riche mine; je l’ai ouverte le premier ; mais je ne l’ai pas , il^s’en faut, épuisée. Il en est de ce manuscrit comme des autres. Je n’en ai pas pris le centième , le millième dece que, sous d’autres rapports, on peuten prendre.
Table générale alphabétique du dépôt des fiefs, pour servir au projet d’un nom^el inventaire^ par généralités , manuscrit autographe du xviii® siècle. Un vol. in-4®5 parchemin . 5o fr.
Les antiquaires, lorsqu’ils passent au milieu de la cour du Louvre , sentent , pour ainsi dire , sous leurs pieds qu’ils foulent la terre oii gisent les fondements de la fameuse grosse tour , rasée du temps des savants de François L*", qui ne savaient guère mieux que les
historiens français et les autres historiens de l’Europe l’histoire féodale, encore une fois la vraie histoire agricole^ industrielle, commerciale, législative, militaire, politique, nationale, au moins durant dix siècles. C’est de cette tour que relevaient tous les fiefs et arrière-fiefs du royaume; c’est en vertu desasupi ême suzeraineté, de sa suprême juridiction que se faisaient toutes les réunions, toutes les confiscations qui remplissent les volumineux livres du domaine dont voici une fort précieuse table, sans doute destinée à un grand établissement, et je crois qu’elle y serait encore très utile. Cependant j’avertis qu’elle ne va que jusqu’à la moitié de la lettre R. L’auteur , surpris par la cloche de la mort ou plus vraisemblablement par la cloche de la révolution garda le reste de son encre et de ses plumes pour aller écrire dans un nouveau bureau , que disje dans une nouvelle France que le quatorzejuillet venait de faire ^ des procès-verbaux de séquestre, de biens d’émigrés^ de ventes de domaines nationaux^, par quoi s’est terminé cet antique et immense monde féodal.