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CHAPITRE XI

HISTOIRE DE LA FÉODALITÉ ET DES HOMMES FÉODAUX, SEIGNEURS, CENSITAIRES, SERFS.

Lecteur ! je vous prie de donner une attention particulière a ce chapitre. L’histoire de la féodalité est au moins pendant neuf ou dix siècles l’histoire nationale de la France, tant la fe'odalitë avait universellement et profondément marqué de son timbre la terre, les hommes et les choses. Cette histoire est très difficile à bien faire. Brussell , Boiüainvilliers , Dubos et autres l’ont inutilement tenté. L’aigle de Bordeaux, celui de tous les aigles qui peut-être a volé le plus haut, n’a pas non plus réussi dans son Esprit des lois. Deux obstacles insurmontables se sont opposés a lui ; le petit nombre de documents , la langue de ces documents de plus en plus vacillante , de plus eu plus obscure^ à mesure de leur plus grande antiquité : et toutefois , par cela seul que Montesquieu a tenu la plume , c’est, sous un autre nom^ l’histoire féodale la mieux faite. On trouvera ici ce qui n’est ni dans l’Esprit des lois, ni dans l’Usage des fiefs, ni dans les Mémoires de l’ancien gouvernement de France , ni

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dans l’Etablissement de la monarchie française, ni dans les autres ouvrages sur la féodalité. On y trouvera des comptes féodaux, des mémoires de serfs, des terriers 5 des censiers, des aveux, des dénombrements, des hommages et de toute sorte d’actes. Ici on ne s’élèvera pas plus haut que ce qui existe, mais on descendra plus bas.

C’est la valeur du doaîre madame ( de Bourgogne) sans la saugnerie de Salins de la demie année finissant à Basques que U milliaire commence lan mil ccc et cinq dont rnessire Odet de Lielle rent conteen la manière qui s’ensuit , manuscrit original, parchemin. Un vol. in-fol., basane, racine verte, dentelles. .......... 4^ fi'»

Je commencerai le chapitre de la féodalité par trois études : l’une sur ce compte, les deux autres sur les deux comptes suivants. Qu’on se souvienne que ce qu’aulrefois nous appelions glose, commentaires, remarques, réflexions, observations, nous l’appelons aujourd’hui études. Celle-ci sera comme une espèce d’introduction, a... Li fours, li molins, les amendes, « la haule, les sergenteries , les avoueries sont amoi- « sonnez par an iiF lx livres... » Au nombre des droits des seigneurs était celui d’avoir un moulin banal ou tout le monde était obligé de venir moudre son blé , un four banal oii tout le monde e'tait

DE LA FEODALITE

oblige de venii’ cuire sou pain. Le seigneur avait aussi le droit de prendre le prix des amendes civiles ou criminelles prononcées par le juge. Il affermait aussi les places aux halles ; il affermait les produits de l’office de sergent , ainsi que la haute protection qu’il accordait aux bourgeois qui s’avouaient de lui. « ... Por fagoter la chaucië de üestang le Rogier... G Por les despens du clerc, de deux pescheurs , de « deux valle's qui pescherent l’estang cxvi solz... » Ordinairement près les châteaux il y avait un ou plusieurs e'tangs ; le droit d’ëtang était un droit comme celui de garenne. Chaque étang avait un ou plusieurs gardes qui avaient des loges ; ici il est lait mention d’une loge ou le feu prit, oii tout fut brûle jusqu’au lit de plumes. « Item valent les scels « d’Ornans xxxvi solz. Pour la valeur du scel de la « court de Salins... ivliv... )> Les perceptions sur le sceau des actes étaient tarifées et appartenaient au seigneur, a Pour la valeur du péage de Salins pen- « dant ung mois iiiixx viii livres xviii deniers... G Gaiges du receveur du péage iiii solz par semaine, c Parchemin pour escripre le péage ii solz... » Le péage était un autre droit seigneurial dont les clercs et les nobles étaient exempts, u ... Pour le poids « de la loye xiiii solz vu deniers. » Le poids public et les droits de pesée étaient aussi au seigneur.

Missions faictes en Bracon. Premier pour tailler^

ET DES HOMMES FEODAüX.

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« lier, fossoyer les vignes xvii livres xvi solz..« « Item pour vendanger... Pour relier cuves et vais- « sels... » Point de châteaux sans terres arables, sans ferme, etable , bergerie; sans vignes^ cuves , pressoirs. « Pour les gaiges de xx sergens « qui furent mis en garnison en la saule de Pon- « taliier. » Dans plusieurs provinces le château s’appelait la salle. <( Quand Hugues de Bracon vint « de part madame et apporta la nouvelle que messire « Jehan de Châlons l’avait deffiee... « Entendezvous ce terrible mot? après le deTi ou burlette un seigneur pouvait ravager, brûler, tuer impune'ment sur le territoire de son voisin de'fie'. Voyez ce que j’ai dit au xiv^ siècle sur la législation des guerres jndve'es. Quelles précautions, quels moyens de défense ne prenait-on pas ? Ce compte est rempli d’articles de fortihcaîions, d’armures fabriquées ; il y a jusqu^à huit, dix pages de suite d’articles d’arbalettes, de quarreaux , d’artillerie^ d’engins , d’artilleurs et d’engigneurs (ingénieurs). C’est là que l’historien de la partie matérielle de la guerre pourrait ramasser à jointées. Tout à côté de ces images de fers tranchants , de meurtre et de sang, il s’en présente une toute douce, l’image du culte religieux : « Missions <» extraordinaires faictes en Bracon. Pour deux « agnes (aunes) de cendal vert pour forrer deux « paires d’estoles et deux manipules pour les cha-

UK LA l'IiOUALlTE

(( peiles de Bracoii xiiii solz... Pareniens de dra[) U d’or... Chapes... chasubles... chandelles, buret- (( tes... lanternes... » Messieurs les peintres, qui me faites quelquefois l’honneur de venir me consulter sur la disposition, les formes, les couleurs des objets des siècles passes ! Je continue à extraire ce passage pour vous : « Item xlii grands larges ver- (( raeilles pour faire mantels, et en chascune au mia lieu une large des armes de Bourgogne... » Ainsi la fe'odalite frappait le -haut du pluvial du prêtre , de sa couleur, de ses armoiries, de son cachet. Ce compte finit ainsi : « S^nme de la valeur du doaire Œ d’une demie année ii“ v^^ xxviiii livres xvii solz « 1 denier. »

C’est la valeur du doaire madame,,, de Van mil CCG et sis ^ manuscrit original sur parchemin. Un vol. in-fol., bas., rac. rouge, dentelles. 6o fr.

Le compte précédent a des chapitres que celui-ci n’a pas, notamment ceux : Gages des gentils hommes, sergents et portiers ; Gages d’artilleurs ; Missions extraordinaires; mais celui-ci a dans son appendice un compte particulier que le précédent n’a pas. Ainsi quelquefois ces deux comptes se ressemblent , et quelquefois ils sont totalement difiérenls. Passons à la seconde étude, naturellement elle ne doit porter que sur l’appendice : « G est la valeur de la terre

(t que Madame a en Bourgogne, hors de son doaire

a d’une anne'e , finissant à la Saint-Michel , mil ccc et « sis... Castelène... Li maires de la Gastelène, des (/ rentes de la Castelène. » Maire n’a pas toujours eu le sens que nous lui donnons aujourd’hui ; souvent il signifiait juge; ici il signifie probablementjuge et collecteur derentes. « De la cense de la Saint-Martin d’hiver <( des ommes à deniers et des comands; et croist et « decroist... » Il y avait des hommes qui e'taient taxes à un denier : Il y en avait d’aiUres qui payaient la commandise, prestation le plus souvent entachée de servitude. On voit parles mots croist et de'croist que le produit de ces droits n’e'tait pas fixe. « Pour « la taille des ommes de Valate... Pour la taille de , a la quaresme xxx livres... Pour la taille de Saint- (( Michel xxx livres... » Je me réfère à ce que j’ai déjà dit sur les tailles féodales des terres, au chapitre de l’agriculture. « Pour la taille des ommes achatez « de nouvel à Jehan de Saint-Germain l livres. » Il s’agit ici de la taille des serfs dont j’aurai bientôt occasion de parler. Les dîmes, perceptions purement ecclésiastiques étaient devenues, dans plusieurs lieux, féodales; on va voir comment ici elles avaient conservé l’ancienne variété de leurs droits : « Li U dismesdeCharin valentà la moisson cccvbichetsnii <( minots de froment , ht bichets d’avoine ^ i bichet « de mil, v quarterons de fèves , vi quartes d’orge ,

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« I boissel de noix, xxviii masses de chanvre. » Voici encore un autre droit ecclesiastique, tlevenu fe'odal : « Pour le patronage de Saint-Vjvant

« 1111 livres. » On se doute bien que les seigneurs avaient le droit de forcer les villageois à venir faire le guet au château ; mais ordinairement ils prëfe'raient une taxe en argent : « Pour les guetz de « Santan... xxx livres. » Les bourgeoisies, dont il va être fait mention, n’e'taient pas toujours la même choge que les avoueries, mais elles différaient peu : (( Pour la bourgeoisie Jehan Malart vi livres de « cire... Pour les étaux... w Voyez à mon xv® siècle, histoire du marchand, le droit féodal des étales. Les perceptions sur les marchandises étaient encore d’un grand rapport : « Pour la foire de Beuchart XXXVII livres. » Au seigneur appartenait aussi de donner l’autorisation de tenir la foire, il la faisait ouvrir par ses officiers ; et cela s'appelait vendre la foire. Voyez l’histoire du marchand. Je conviens que plusieurs auteurs ont traité de ces mêmes matières féodales, mais je renvoie de préférence le lecteur a r Histoire des Français des dwers états :

cela est pour moi plus sûr et plus facile.

Oest li comptes que messire Jacques de Thoraisse ^ chevalier chastelain de Chasteillo??^ sur BezangoUj rent ès seigneurs tenant les

ET DES HOMMES FÉODAUX. a55

comptes à Dijon pour inonseignour le duc et conte de Bourgoigne des rentes appartenant à ladite chastellenie depuis le xx\® joiœ de de'cembre mil CGC Lix, jusqu au xxviii® jour de décembre mil CGC Lx, quil se partit de la dicte chastellenie et aussi des paiemens et mises quil a faites audit terme ^ manuscrit original sur parchemin. Un vols in-foî., cartonné en parchemin. . 12 fr.

Troisième e'tude. Elle aura pour objet l’analyse de ce troisième compte dont le titre est aujourd’hui fort remarquable. Quoi ! un grand seigneur d'une des plus grandes maisons de la province, consentait à être régisseur, homme d’affaires ? Oui sans doute! et c’est parce que la féodalité dorant tout, ennoblissant tout , l’appelle châtelain et lui donne , comme aux baillis , aux sénéchaux, l’épée en même temps que l’écritoire. « De la vendue de la paisson du bois « Vauray... x livres, » En ces temps ou les forêts de chêne couvraient les terres, aujourd’hui chargées de beaux épis , la moisson était pour ainsi dire le gland que les animaux consommaient en grande partie sous les arbres même, et que le maître jde la foret ^ le seigneur affermait sous le nom de paisson onde glandée. «... Rapporte le chastelain « que il ha rechu de la ville de Chasteilion et des « villages de ladite chastellenie de don fait à mon- « seigneur, à la requesle de messire Jacques de

DE LA FÉODALITÉ

« Vienne, en florins x livres... » Alors celui qui avait peu était oblige' de faire des pre'sents à celui qui avait beaucoup ; le pauvre e'tait obligé de faire le riche ; et il faut convenir ici que ces noms de dons^ d’aides, dont alors on appelait l’impôt qui , au temps présent , ne seraient que plaisants et risibles , étaient, au milieu du xiv® siècle , spirituels et adroits. « Aumosnes et rentes à tou- <( jours... à l’abbesse de Mo telet, pour l’anniversaire le <( comte de Bourgoigne lsoIs... à l’abbesse de Bateux « pour* l’anniversaire la comtesse Alix... l solz... » Dans tous les comptes féodaux il y a ordinairement, sous le nom de chapitre de fiefs et aumosnes , le chapitre des pieuses libératés. « Item que le (( truel de Gliasteillon a gaignié en truelloisons , l’an ({ dessus dict, mi setier... » Il y avait un moulin banal, un four banal; il devait y avoir et il y avait un pressoir banal. Mais je ne m’arrêterai pas là; j’ajouterai que je trouve dans de vieux titres des provinces du nord les mots techniques de la culture des vignobles des provinces méridionales : capvirade, tranchée pourl’écoulement des eaux ; pessel, échalas ; et ici truel, pressoir; d’où nous devons conclure que la culture de la vigne a été introduite dans le nord de la France postérieurement aux invasions des Teutons et des Welches. « Rentes... « cens... » Les rentes et les cens étaient les deux

redevances féodales, les plus communes. Il y en avait en grains , en toute sorte de grains , en toute sorte d’animaux, en volaille surtout, en toute sorte d’objets, en toute sorte de monnaies. Si j’essayais d’en faire une nomenclature , même abre'gëe , je ne finirais pas , et je veux finir.

Collection de cent quatre-\^ingt-sept pièces originales^ concernant la féodalité ^ depuis le xiii® jusqu'au xviif siècle^ renf. dans une boite. 90 fr.

Sans doute cette collection n’est pas des plus volumineuses; mais elle est des plus complètes. Il y a de quoi mettre une ou plusieurs pièces dans chacune des differentes tablettes ou cases d’une salle d’archives fe'odales. Il y a donc de toute sorte d’actes ? à peu près. Il y a donc des actes de traditions des fonds par le seigneur au censitaire ? il y en a. Des reconnaissances du censitaire faites au seigneur? il yen a, et en langue d’owf ou langue française, en langue d’oc ou langue française me'ridionale. Des aveux, des dénombrements, des hommages? il y en^a, et dans les deux langues : Des cessions, des mutations, des ventes, des retraits? il y en a: Des oppositions, des transactions, des procès, des jugements, des arrêts? il y en a : Des confiscations, des saisies? il y en a : Des sursis ? il y en a : Des lettres du roi, de ses officiers? il y en a; entre autres du bailli

Î)E LA FÉODALITÉ

d'Évreux pour le roi de France^ â! Jn^leterre^ seigneur d^ Irlande^ duc de Normandie relative à la rente d’une meule de pierre que devaient au roi les carriers de Houlbes. Il J a d’autres et d’autres pièces d’un intérêt piquant, historique, relatives aux droits féodaux, aux usagesféodauxquidans les anciens temps étaient ou devenaient des droits.

Mémoire judiciaire présenté au parlement oh des serfs du Nivernais veulent prousrer quils ont toujours été libres y manuscrit original, sur parchemin, de l’an 1387. Un vol. in-fol., basane, porphyre bleu, dentelles.

Comment s’est formé ce grand réseau féodal qui, a l’époque des premières croisades, couvrait la face de l’Europe, qui la couvre encore en Russie, en Pologne, en Hongrie, qui peut-être encore la couvre dans une partie de la Suède, du Danemarck, et qui seulement en France, est brisé jusqu’à la dernière maille? Je ne sais ; mais pour bien faire entendre le système des matériaux manuscrits qu’olîre ce chapitre, je suppose que ce réseau s’est formé à peu près de cette manière. Un de nos vainqueurs septentrionaux , car avant l’invention de la poudre la victoire devait naturellement aller du nord au midi, fait, le lendemain de la bataille, assembler les vaincus, et tenant son épée encore fumante de leur

sang, il leur dit en teuton ou en slave ce que je traduis librement en notre style du jour : Je pourrais, si c’était mon bon plaisir , vous exterminer ou vous faire esclaves, je pourrais m’emparer de vos terres, les vendre, ainsi que c’était autrefois, dit-on, l’universelle coutume chez les Assyriens , les Grecs , les Romains, cependant, comme le siècle devient de plus en plus philosophe ou, pour parler à la manière de vos nouveaux savants, devient de plus en plus religieux, de plus en plus chrétien, comme il est en progrès, et que je fais gloire d’être un homme du mouvement, je me contente de vous faire serfs au lieu de vous faire esclaves, de faire vos terres serves au lieu de m’en emparer ; vous serez mes hommes de poest, de main-morte, de poursuite ; vos terres seront mes terres inféodées et me paieront la moitié, le tiers, le cinquième de leur produit. Ce vainqueur avait un fort cheval, un long bras, une longue épée, îl avait une grande influence sur les autres vainqueurs de son temps 5 et bientôt la mode des hommes serfs, de la glèbe ou terre serve, gagne toutes les régions de l’Europe, devient universelle; et par la succession des siècles, l’église même ou du moins ses hauts ministres, se mettant à la mode, acceptent les serfs qu’on leur donne, les gardent, les gardent si bien, qidil faut des arrêts contre le chapitre de Nevcrs pour lui faire lâcher ceux que mal a propos,

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il avait dans ses terres classes comme tels. Le mémoire que ces bonnes gens présentent dit : « qu’ils A sont francs, nës de franc ventre, (puis sont bour- « geois de roi, de duc ou de comte » et ils concluent à la rëintëgrande de leur libertë dont ils ont toujours ëtë en saisine et pleine possession, suivant les termes de leurs dëfenses.

Autre mémoire judiciaire présente* au baillj de Saint-Pierre-le'MoutierjOÜ le chapitre de Nevej^s veut pj^oiwer que la femme de Guillemin tailleur de Nevers est femme serve de leurs terres^ armée 1407, manuscrit original^ sur parchemin» Un vol. in-fol., basane, racine rouge, dentelles. Ces deux manuscrits ensemble . 80 fr.

Une tailleuse de Nevers, peut-être jeune, peut-être belle, ne voulait pas être serve du chapitre; le cha-’ pitre voulait qu’elle le fût; procès devant le baüly de Saint-Pierre-Ie-Moutier qui donne lieu à cet autre mémoire. De même que, dans le précédent mémoire des serfs contre le chapitre, le procureur du chapitre avait répondu, non ! à chaque article de la série des faits avancés parles serfs, de même, dans ce deuxième mémoire, la serve répond rondement, non! à chacun des articles de la série des faits avancés par le chapitre. Les serfs du siècle précédent avaient un habile avocat. L’avocat du chapitre du siècle suivant n’était

pas moins liabile. Il fait la genealogle de Johanne; il examine successivement les exceptions, les jjrivileges qu’elle invoque. Ces deux mémoires , l’un et l’autre fort méthodiquement et fort clairement e'crits, forment un code de servitude fëodale. G^est avec ces deux mémoires qu’on entend bien Beaumanoir, Boutillier et l’ancienne coutume du Nivernais. J’ai pense qu’ils s’éclairaient, ^e commentaient mutuellement et qu’il ne fallait pas les séparer.

Mémoire sur V affranchissement de vingt-trois communautés de serfs appartenant à Vahhaje de Luxeuly munuscrit original de l’annëe 1787, signé Gauniartin de Saint- Ange. Un vol. in-fol., cartonné.

Voici au contraire un mémoire où des serfs aiment le servage et refusent de s’affranchir au prix d’une modique somme d’argent; c’est deux ans avant la révolution.

Homologation de V affranchissement des serfs de la terre de Trépot^ demandée au roi^ année . 1789, manuscrit original. Un vol. in-fol., cartonné. Ces deux mémoires ensemble . 12 fr.

Voici un autre mémoire où les serfs consentent volontiers à s’affranchir au prix de la som meproposée par le seigneur. Ils étaient pour ainsi dire à compter l’argent lorsque la révolution éclate et leur donne

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gratuitement quittance. Je ne sépare pas ces deux mémoires ; ils sont remplis de documents sur l’histoire de la Franche-Comté, sur ses habitants encore serfs à l’époque de la révolution; et ce n’était certainement pas la seule province ou dans ce temps il y eut encore des serfs. Voyez l’édit de Louis XVI donné en 1779^ pour FafTranchissement des serfs du domaine.

Ensuwent les menus cens deus a madame la com tesse d’Eii et les parts de ceux qui lesdoih^ent^ manuscrit sur vélin ^ de l’année i588. Un volume in-foL, cartonné.

Revenons au vainqueur septenlrionaL Le voyezvous entouré de chefs et de soldats impatients d’avoir part a la riche curée de la nouvelle conquête ? eh bien ! il leur distribue à chacun une plus ou moins grande étendue de terres, avec leurs laboureurs ou leurs serfs y attachés , et les y constitue magistrats ou anciens, vieux , sénieurs, seigneurs. Qu’arrivet* il? ou les descendants de ces vieux, de ces seigneurs demandent aux descendants de ces laboureurs attachés à la terre, de ces serfs, plus que ne voulaient les premières lois du vainqueur, ou les serfs se refusent à payer à leurs vieux tout ce que ces premières lois voulaient : ces contestations ne cessent de se multiplier et force est alors d’écrire des terriers QU livres dos droifs dus aux vieux, par les terres des

Serfs. Les premiers terriers, tahulœ territoriî^ red’^ àitus annui àmewi être fort simples. Le plus ancien que je connaisse est celui de Guiliaumede-Conque'* rant. Les cens de l’église de Trojes, qui fait partie delà collection de l’agriculture et qui, sous un autre nom, est' un terrier abrégé, ou peut être un vrai terrier, s’approche de ce temps ; les Menus cens d’Eu, en est moins proche. C’est un autre terrier abrégé, ou peut être un vrai terrier^ suivant la définition de plusieurs anciennes coutumes. Et d’ailleurs notons ici que les terriers variaient dans leur forme, nonseulement suivant les différents âges, mais suivant les différents territoires. On le voit dans ces deux censiers, on le verra encore mieux dans la suite de ce chapitre.

Ce sont les cens rentes et debvoirs deuhz à monseigneur Guy de Lalande seigneur de La^ motte au haïllage de Ceniz baillé au mois de janvier i3g4 , manuscrit original, écrit sur un rouleau en parchemin , long de 4 pieds, renfermé dans un étui.

({ Fiéz et tenemenls que Olivier Libaunier con- « fesse tenir de mon dict seigneur... assavoir... im « hébergement et iiKiisoii contenant journée et ({ demv. Item vu journées et demj de terre... Item « une demy journée de terre... Item un quart de

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«journée... » Si ce n’est pas la un terrier il faut convenir que cela n’y ressemble pas mal.

Reconnaissances des censitaires de la sei~ gneurie des Portes ^ faîtes devant la cour de Rennes^ aimée i453, manuscrit original, e'crit sur un rouleau en parchemin, long de six pieds, renferme dans un ëtui.

Cet autre rouleau-terrier me'rile aussi quelques citations : «... fut présente Gillette veuve... « laquelle sans aucun pourforcement cognut et contt fessa estre hommesse, estagière, justiciable et « obéissante de noble escuyer Simon de Langeau , « seigneur des Portes... w Homme de corps, femme de corps^ homme de foi, hommesse de foi, telle était la langue féodale, du moins en Bretagne. «... Fut en droit devant nous... Michel Gromier « qui cognut et confessa... qu’il et les autres hommes « tenant dudit seigneur doivent être sergents à leur <( tour et rang, et que la fois qu’il sera sergent doit « cueillir et recevoir les rentes dudit seigneur avec U les treaux, ventes et amendes de sa court, et lui <( en rendre compte... )> Dans ce temps il y avait des états pires que celui de seigneur breton.

Ce sont les cens receus en la ville de Blancmesnily pour noble homme sire Jehan T roUet seigneur

dudict lieu aux octas>es Saint-Denis m cccclxxi , manuscrit du temps. Un vol. grand in-4®, cartonne en parchemin.

Je crois que c’est aussi une espèce de terrier, ou de papier terrier , tenant lieu de terrier : « Maistre « Jehan Plinette pour 111 arpens de prë... m de- <( niers... L’eglise de Plessis-Gasset pour trois quar- (( tiers de terre y vu deniers... »

Cens de Compans deuhz à nohle femme Marie Potier, . . à cause du fief de Latournelle^ payable chaque année en Vhostel de Colin Legagneux ^ assis rue de Qlatigny manuscrit de la fin du XV® siècle. Un vol. in-S®, cartonne'.

C’est encore , si je ne me trornpe^, un terrier , une espèce de terrier : « Et premièrement maistre « Jehan de Villeneuve advocat en Parlement , et « Magdelaine sa femme, pour trois quartiers de <c terre assis audit lieu... »

Cens portant lods et ventes^ saisines et amendes deuhz à nohle homme maistre Jacques Potier seigneur de Blancmesnïl y manuscrit de la fin du XVI® siècle. Un vol. petit in-fol., cartonne'.

Autre espèce de terrier où sont menace's de Taraende les redevables qui ne paieraient pas aux octaves Saint-Denis.

DE LA FÉODALITÉ

Cens de Compans^ manuscrit de la fin du xv® siècle. Un vol. d’un pied de long sur trois pouces de la rge, cartonne'.

Autre espèce de terrier ; on y lit : « Item ung « fief qui fut Thibault Grousille Serp , contenant « douze arpents et demi de terre ^ au dict terrouer^ « en trois pièces... » N’ai-je pas dit que le nombre de fiefs e'tait innombrablePEn voilà une preuve, car voilà un fief de douze arpens d’e'tendue ; il devait y en avoir de plus petits.

Liber terrariiis recognitionum tèrrœ de SaiL liens y concessarum coram me notario jurato Montiferrandi ^ anno i49C>7 manuscrit original, sur ve'lin. Un vol. in-fol. max,, basane, racine rouge, filets.

Si les terriers pre'ce'dents sont de vrais terriers, il fallait que dans certains pays, on se fut aperçu que ces abre'gès e'taient sujets à bien des erreurs et des contestations, ainsi qu’on le voit dans le second article du terrier ou liève d’Eu, qui fait partie de cette collection, et qu’on en fût venu à n’admettre des terriers que ceux dont les redevances e'taient reconnues par les redevables devant une cour de justice, comme le terrier pre'ce'dent, ou, comme celui de Sailhans, devant un notaire. Ce terrier si long^ si e'pais est e'crit en latin, il se

recommande et par sa belle écriture et par ses belles majuscules^ il se recommande aussi par sa politesse, non-seulement envers le damoisel de Sailhans et Antoine son frère nommés à chaque article, mais encore envers les clercs redevables. ... Dominus « Petrus presbiter, . . Dominus Desières preshîter « spontesuaconfitenlur lenere... )> Ce terrier divisé en autant de chapitres que de mandements ou territoires, est un des plus beaux qui se soient conservés. C’est un grand tableau d’un grand canton de l’Auvergne au xv® siècle, oit s’offrent à vos yeux les terres,les villages et les habitants qui se montrent tout chargés du blé, de la volaille et de l’argent de leurs rentes. On y voit les tuteurs, les oncles, les mères, conduire les jeunes enfants les maris conduire leurs femmes ; les familles y sont groupées. Pour qui l’étudie à fond et qui n’est pas rebuté par le retour des mêmes formes, une grande partie de ces vieux feuillets porte la vivante histoire du pays.

Ce sont les censes et droitures que les vénéra^hles seigneurs du chapitre de re'glise collégiale Saint-Sam>eur de Metz ont par chacun an en la ville de Xaurej einprés p^pc,., renoiwellez,,, en Van M XX, manuscrit original, sur vélin. Un voL in-4°7 cartonné.

Sous le nom de censes et droitures, ce maouscrit

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est vraiment un terrier renfermant les reconnaissances des censitaires; car le manuscrit , continue ainsi le titre ci-dessus : « Ces cens ont etë renou- <( vellez du consentement et présente la commune de <( Xaurej... à la pétition du vénérable seigneur « inaistre Dedier Laugard , prevost chanoine de (( ladicte églize,.. en la présence m*ejementde moy (I Nicolas Glement notaire de la cour de Metz et « de... temoings à ce... requis par Jehan de Metz U maire... tous eschevins de justice ethabitans dudit « Xaurey et Sébastien Roucel , doyen dudit lieu... » Ce curieux petit terrier est divisé en quatre chapitres; celui de cliapons ^ celui de l’argent celui du blé , celui du gerbaige acquitté alors en blé, mais, sans aucun doute, acquitté antérieurement en gerbes. On lit au verso de la dernière feuille en écriture du temps : « Mon bon amy, je me recommande à vous. U Je vous advertis que les cens de messeigneurs de « Saint-Sauveur de Metz sont difficiles à recevoir... » C’est recouvrer que sûrement ce bon fermier vou ■ lait dire.

Rolle des cens de vin que on doit chascun an en cours de vendange au seigneur ahhé de Saint-Clément, diocèse de Metz , année i5447 manuscrit du temps, sur parchemin. Un vol. in-fol. max., cartonné.

Sous le nom de Rolle des cens c’est encore im vrai terrier ; pour le prouver je n’ai qu’à continuer à

copier le titre : « . lequel rolle a etë renovellë par

a le maire et justice de monseigneur l’ëvesque de « Metz , assavoir Jehan de Grochetal de Sieg maire (f et ëcheviiis , .... qui par ledit temps ëtaient tous

a maires et justice dudit seigneur ëvesque . » Ce

terrier est divisë en chapitres ou tënemenls^ appelës bans, sous-divisës en articles qui dëcrivent et limitent chaque possession , qui nomment i’ancien possesseur, le possesseur actuel , qui tous sont termines par les redevances de deux, trois^ quatre setiers de vin, en moustures de vin en laix. Si quelque Lorrain nrapprend ce que signifie vin en laix , je l’apprendrai au lecteur.

In Qottes namen amen , manuscrit original de l’annëe i5477 vëlin. Un vol. in-fol., cartonnë.

Ce manuscrit est relatif aux droits fëodaux que devait le seigneur George Ingoldt de Strasbourg au Margraviat de Bade. C’est encore un terrier ou une espèce de terrier ; mais comme peu de lecteurs entendent le haut allemand du xvi* siècle^ je ne ferai pas de citation.

ensuit le cordaige esgail du fief de Ruczé appartenant à escujer Raoul du Chastellier

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