PARIS
LIBRAIRIE J.-B. BAILLIÈRE et FILS
Rue Hautefeuille, 19, près du boulevard Saint-Germain.
TRAITÉ
DE
HOMOEOPATHIQUE
IGNATIA AMÂRA
Fève de St-Ignace; Ignazbohne (allem)., St Ignatus's bean (angl.), haba de St.-Ignacio(esp.)- — Famille des Loganiacées (').
On prend les semences de VIgnatia amara (')et on les triture avec le sucre de lait d'après le procédé que nous avons décrit pour la préparation de Tarsenic. Il faut avoir soin de plonger le mortier dans de l'eau très chaude; cette sorte de bain-marie le maintient dans un état de chaleur modérée, à l'aide de laquelle ces semences, ainsi que celles de la noix vomique, se laissent assez facilement réduire en poudre fine sans perdre leurs vertus médicinales. Quand on a obtenu la 3" trituration, on la mélange avec l'alcool et on continue de dynamiser le médicament jusqu'à la 30« dilution (').
J'ai indiqué dans les notes, en partie, autant du moins qu'elles sont venues à ma connaissance, les propriétés caractéristiques de cette énergique substance végétale. Grâce à la rapidité avec laquelle
1. Traité de matière médicale pure, t. II, p. 339, édit. allemande; t. II, p. 377, édit. française.
2. Ce nom est celui donné par Linnée au végétal qui fournit la graine expérimentée par Hahnemann. Mais la classification de de Jussieu a modifié depuis les noms d'un grand nombre de plantes et le mot Ignatia a cessé d'être un nom de genre. La semence en question appartient à un végétal du genre Sfrychnos, auquel Lamarck a donné le nom de sirychnos Ignatii {Note des traducteurs).
3. Weber (Codex des médicaments homœopathiqueSf p. 284) obtient la tein- » ture mère par le procédé suivant : « On met les graines entières dans un » verre, on vfrse dessus la quantité nécessaire d'eau distillée pour les couvrir; » après un ou deux jours de macération, les semences ont absorbé toute l'eau » et l'on peut parfaitement bien les diviser. On pèse ensuite toute la masse u broyée et l'on finit de faire la teinture en y ajoutant 3 fois son poids d'alcool. »
Jahr et Catellan (Nouvelle pharmacopée homœopathiquef p. 222) râpent d'abord les semences avec une râpe ad hoc, puis ils préparent soit les triturations en mélangeant la poudre avec le sucre de lait, soit la teinture mère en faisant digérer 1 partie de poudre dans 20 parties d'alcool.
HAHNEMANN, Mat. méd. Mï. — 1
IGNATIA AMARA.
se succèdent les effets alternants auxquels elle donne lieu, on peut conclure qu'elle convient principalement aux maladies aiguës, et même à beaucoup d'entre elles, ainsi qu'on en jugera par la correspondance de ses symptômes avec ceux des maladies qui surviennent fréquemment dans le cours de la vie journalière. On peut donc la considérer à bon droit comme un médicament polychreste.
Habituellement son action s'épuise en peu de jours; il existe cependant des constitutions et des états morbides où la fève de Saint- Ignace ne peut exciter aucune évacuation, alors j'ai vu sa durée d'action se prolonger parfois jusqu'à neuf jours. Elle convient rarement aux maladies chroniques et encore ne doit-elle être employée qu'intercurremment avec un autre remède très bien approprié et doué d'une action plus durable.
On observe quelquefois un phénomène tout à fait insolite dans l'emploi de ce médicament : une première dose n'atteint pas le but qu'on se proposait, parce que, pour une cause inconnue, elle agit d'abord par ses symptômes opposés à ceux de la maladie ; d'où il suit que par son action secondaire elle détermine, à l'instar des palliatifs, une aggravation de l'état morbide. Si l'on donne alors une seconde dose de la même dilution, sans recourir à un autre remède intercurrent, on obtient les meilleurs résultats, de sorte que la guérison est uniquement le résultat de cette seconde dose. Il ne faut attribuer cette anomalie qu'aux effets contrastants (alternants) de ce médicament, sur lesquels je reviendrai plus loin. Mais ce fait ne se présente pas souvent et la première dose obtient habituellement, dans une maladie survenue avec promptitude, tout ce qu'on peut attendre de la fève de Saint-Ignace quand elle a été choisie conformément à la loi homœopathique.
Quoiqu'il y ait une grande analogie entre les effets positifs de la fève de Saint-Ignace et ceux de la noix vomique, analogie qu'explique leur parenté au point de vue botanique, il y a dans la pratique une grande différence entre ces deux végétaux, car l'état moral auquel convient le premier d'entre eux diffère beaucoup de celui dans lequel le second est indiqué. Ce n'est pas en effet contre les états où prédominent la colère, l'emportement, la violence que la fève de Saint-Ignace se montre efficace, mais bien contre ceux où l'on rencontre les brusques alternatives de gaieté et de tristesse, pourvu, bien entendu, que tous les autres symptômes de l'état morbide correspondent à ceux que cette graine peut produire sur l'homme sain.
Méme^ à un haut degré de développement de sa puissance, la fève
GÉNÉRALITÉS
de Saint-Ignace est un remède capital à opposer aux accès de colère chez les personnes qui, loin d'éclater en violents transports de fureur, concentrent habituellement leur mécontentement en ellesmêmes, chez celles, en un mot, dont l'esprit est tourmenté par le souvenir rongeant des offenses qu'elles ont reçues. Elle convient surtout aux états morbides occasionnés par des chagrins. Ainsi des accès d'épilepsie, même chroniques, déterminés chaque fois par des contrariétés ou par une cause quelconque d'irritation^ et jamais par aucune autre circonstance, peuvent très bien être prévenus par l'administration rapide de cette graine. De même Tépilepsie survenue pour la première fois chez les jeunes personnes à' la suite d'une frayeur peut, avant de s'être répétée plusieurs fois, être guérie par deux doses du même médicament. Mais il est fort invraisemblable que celui-ci ait jamais guéri d'autres espèces d'épilepsie chronique. Les faits publiés jusqu'à ce jour et dans lesquels on lui attribue la guérison ne sont pas probants, parce qu'on a presque toujours donné en même temps d'autres médicaments très énergiques ou parce qu'on n'a pas constaté que la guérison ait été durable :
Lorsqu'à la suite d'un événement fâcheux une personne est atteinte, pour la première fois, d'un accès d'épilepsie qui devient menaçant par sa durée ou par la promptitude de ses retours, une seule petite dose de teinture de fève de Saint-Ignace y mettra fin presque certainement et le plus souvent pour toujours (comme je l'ai observé plusieurs fois). Mais il n'en est pas de même des épilepsies chroniques où cette substance ne peut procurer un secours durable, par le même motif qui fait qu'elle est inefficace contre les autres maladies chroniques. Car ses effets primitifs particuliers (effets alternants), qui, le plus souvent, sont directement opposés les uns aux autres, se succèdent, même dans les maladies, avec le même caractère d'opposition. Aussi, lorsque la première dose a fait cesser l'état morbide, il ne faut pas se hâter d'en donner une seconde qui ramènerait la maladie, puisque ce sont les effets alternatifs contraires qui entreraient en ligne, ce qui aurait les inconvénients de l'action consécutive d'un palliatif (^). Il est donc bien
1. C'est ainsi qu'une seconde dosedefeve de Saint-Ignace procure la guérison en agissant en opposition avec la première lorsque celle-ci, pour une cause inconnue, n'a agi que par des effets alternants, palliatifs et passagers, sur un état morbide parfaitement homœopathique à cette substance, ce qui devrait aggraver le mal pendant la réaction.
IGNATIA AMAIIA.
démontré que la fève de Saint-Ignace n'est salutaire que dans les accès subits et les maladies aiguës.
Quand rien ne presse, il est préférable de donner le médicament le matin ; quand on le prend peu de temps avant de se coucher il donne trop d'agitation dans la nuit. Le meilleur mode d'administration consiste à faire prendre un globule imbibé de la trentième dilution; ou encore plus sûrement d'employer l'olfaction une ou deux fois par jour.
Concordances. — Les médicaments qui se rapprochent le plus de la fève de Saint-Ignace sont : NUX VOMICA, PULSATILLA, RHUS, SULFUR;les autres sont: 1*» belladonna, bryonia, calca- REA, LYCOPODiuM, SEPiA; 2° ucoîi-y urs., chaîïi,, chin.j kal., merc.j phos.y siL, staph.;3° arn., caust., cocc, con., graph., hep., natr., mur., ac. phos., plat., spig., vératr.
Antidotes. — Lorsque, chez un sujet très irritable ou peut-être aussi par l'effet d'une trop forte dose, la fève de Saint-Ignace a provoqué une hyperesthésie excessive, une exaltation anxieuse ou une précipitation insolite, le café en est l'antidote. Mais si le médicament était mal choisi, si ses symptômes ne correspondaient pas exactement à ceux de la maladie, les accidents qui en résultent peuvent être apaisés, selon leur nature, par la pii/^a^i//^ ou la camomille rarement par la coque du Levant, Varnica,le camphre ou \e vinaigre»
Liste des auteurs. — Hartlaub(Hb.), Gross (Gr.), Fréd. Hahnemann (F. H.), Trinks (Tr.).
SYMPTOMATOLOGIE
Symptômes généraux. — (596-635 et 13^-1 Ai.) — Une sortc de fourmillement interne dans tous les os du corps. — Engourdissement, fourmillement dans les membres (plus, fois, au b. de 4 h.) — Lassitude des pieds et des bras. — Sentiment de faiblesse et d'accablement dans les bras et les jambes.
On sent en divers points du périoste, au milieu des os longs (non dans les articulations), une pression passagère comme par un corps dur; une douleur contusive, se fait sentir dans la journée, mais plus encore le soir au lit quand on est couché sur le côté ; elle cesse quand on se couche sur le dos (au b. de 20, 36 h.) (*). — La
1. Ce symptôme et le suivant, ainsi que plusieurs douleurs qui ne cessent que dans le dccubitus dorsal, alternent avec d'autres douleurs dans le dos et le membre supérieur, qui se font sentir quand on est couché sur le dos.
nuit, douleur contusive dans les articulations du cou, du dos et de répaule du côté sur lequel on est couché ; elle ne cesse que lorsqu'on se couche sur le dos (au b. de 12 h.) — Douleur comme de foulure ou de luxation dans les articulations de Vépanky de la hanche et du genou (au b. de 8 h.). — Douleur lancinante, continuelle autour des articulations ou un peu au-dessus. — Douleur brûlante profondément lancinante en divers points (par exemple à la commissure des lèvres, sous la première articulation du pouce, etc.), sans prurit. — Douleur brûlante, lancinante et accompagnée de prurit, dans la partie extérieure et saillante des articulations (au b. d' 1 h.). — Secousses et tressaillements à travers tout le corps, le soir en s'endormant (au b. de 96 h.). — Secousses et tressaillements isolés dans les membres (au b. de 10,12 h.). — Spasme tonique de tous les membres, sorte de contracture. — Tressaillements et vibrations dans des points isolés des muscles, çà et là, dans tout le corps (au b. de 2 h.). — Petits élancements innombrables, semblables à des piqûres de puce, tantôt sur un point tantôt sur un autre (surtout au lit). — Les symptômes de la fève de Saint-Ignace sont aggravés par le café et la fumée du tabac— Les douleurs se renouvellent aussitôt après le repas de midi, le soir aussitôt après qu'on s'est couché et le matin aussitôt après le réveil. Il reste une propension à l'engorgement des ganglions cervicaux, à l'odontalgie, au branlement des dents, ainsi qu'à la pression à l'estomac. — Grande faiblesse générale à la suite de légers mouvements. — Aversion pour le mouvement et le travail. — Lassitude et relâchement général le soir. — En marchant au grand air, pesanteur dans les pieds avec anxiété, qui se dissipe dans la chambre, .mais est remplacée par de la mauvaise humeur. — Les genoux fléchissent de faiblesse. — Lassitude qui semble dépendre d'une faiblesse autour du creux de l'estomac; malaise général, on est obligé de se coucher. — Lassitude telle qu'on n'a pas envie de s'habiller ni de sortir; on n'a de goût pour rien et on aime mieux rester couché (au b. de 4 h.). — On chancelle en marchant, on tombe facilement et on fait un faux pas au moindre obstacle qu'on rencontre. — Lassitude, il semble que les paupières vont se fermer. — Tremblement pendant plusieurs heures (S. H.).
Lassitude et accablement après le repas de midi; on se sent incapable d'exécuter ses travaux ordinaires et on dort au-delà de son habitude. — Malaise le matin après s'être levé (le 2"].). — Lassitude dans les membres. — Grande lassitude et accablement, il semble qu'on ait trop marché (Hb et Tr.). — Violente anxiété autour
IGNATIA AMARA
du creux de l'estomac, avec vertige, syncope et sueur très froide (Sympt. produit par une fève entière) (Cam^{/t). — Tremblement de tout le corps (Bergius). — Tremblement de tout le corps pendant trois heures, avec prurit et convulsions effrayantes, de sorte qu'on peut à peine se tenir sur les jambes. C'est dans les mâchoires que les convulsions sont le plus fortes, de sorte qu'on fait des contorsions de la bouche comme pour rire (immédiatem.,sympL produit par un scrupule de graine) (Camelli), — Agitation continuelle (sympt. causé par un gros de graine) (Grimm). — Mouvements convulsifs (Bergius). — Convulsions (Durius). — Insensibilité de tout le corps. — Syncope (Grimm). — Les différentes sensations de pression qu'on éprouve dans plusieurs parties de la tète à la fois rendent morose et maussade (Gr.).
Sommeil. — (636-695). — On a grande envie de dormir, après avoir appris une triste nouvelle. — Étant assis, on s'endort en lisant (au b. de 4 h.). — Envie de dormir qui fait qu'on s'endort quand on est assis, mais, si l'on se couche, on tombe dans un demi-assoupissement plein de rêves (au b. d' 1/4 d'h.). — Sommeil très profond, qui n'est cependant pas réparateur; on croit, en se réveillant, n'avoir pas dormi. — Sommeil profond (^). — Insomnie. — Insomnie:on ne peut s'endormir et on se réveille (la nuit) sans cause appréciable (au b. de 14 h.). — Sommeil si léger qu'on entend tout^ par exemple le bruit d'une cloche éloignée. — Le soir au lit, colique flatulenle; sorte de pression qui circule dans le ventre et se renouvelle chaque fois qu'on se réveille la nuit. — On change souvent de position dans le lit, la nuit. — On bavarde et gémit en dormant et on se retourne de tous les côtés dans son lit (au b. de 2 et 5 h.). — On frappe des pieds en dormant (au b. de 4 h.). — Mouvements de la bouche, en dormant, comme si l'on mangeait (au b. de 3 h.). — En dormant la bouche ouverte on en contracte les muscles dans tous les sens, ce sont des mouvements presque convulsifs et Ton tourne en même temps les mains en dedans (chez une femme, au b. de 2 h.). — Soupirs et gémissements pendant le sommeil (au b. de 4 h.). — Inspiration courte et expiration lente pendant le sommeil (2). — Pendant le sommeil on respire tour à tour de toutes les façons : la respiration est alternativement courte et lente, forte et faible, entrecoupée, ronflante. — Le soir au lit, sorte de bouillonnement du
1. Ces deux derniers symptômes alternent avec les trois suivants.