LIVRE XII
le fluide soit réduit à l'étal aérifbnne , dans lequel la troisième force devient la seule sensible (*). Dans cet état, la densité du gaz contenu dans un vase, est partout la même, excepté dans les points très voisins des parois, à une dislance égale ou plus petite que le rayon de la sphère d'activité sensible des forces attractives et répulsives.
On doit faire ici une remarque importante. Les phénomènes de chaleur que présentent les passages des corps, de l'état solide à l'état liquide, et de l'état liquide à l'état de vapeurs, ont fait distinguer dans les molécules, deux espèces de chaleur; l'une libre, ou sensible au thermomètre ; l'autre insensible au thermomètre , ou latente. Une quantité considérable de calorique est absorbée dans ces passages et devient latente ; mais elle reparait dans le retour des vapeurs à l'état liquide, et de l'état liquide à l'état solide. Le, calorique absolu d'un corps est la somme de son calorique libre et de son calorique latent. C'est uniquement au calorique libre, ou qui exerce une action sur le thermomètre , qu'il faut attribuer les résultats dont j'ai parlé. On sait que la température des gaz augmente par leur compression, et l'on conçoit que cela doit être; car le rayonnement d'une molécule de gaz étant, comme on l'a vu , proportionnel au produit de la densité du gaz, par le carré du calorique libre de la molécule ; ce rayonnement et par conséquent la température de l'espace dans lequel la molécule serait en équilibre de température, doit croître avec cette densité. Mais la vitesse observée du son , et les expériences sur le calorique abandonné par l'air sous diverses pressions eu se refroidissant, indiquent un accroissement de calorique latent, par le seul efTet de la compression. Il faut donc ajouter aux suppositions que nous avons faites , la considération de la chaleur latente. En modifiant ainsi les hypothèses, d'après l'expérience, on peut découvrir la loi générale des phénomènes, et la soumettre au calcul. •,.
Dans le mélange de divers gaz qui n'exercent point d'action d'affinité
(*) Ne peut-on pas admettre avec vraisemblance , que le calorique des molécules aériennes exerce sur le calorique des molécules d'un corps rédoit en parties très fines, une force répulsive d'au'ant plus grande, que ces molécules se rapprochent plus de la ténuité des molécules de l'air, ce qui doit contribuer a soulever ces parties et à les retenir pendant long-temps dans l'atmosphère? n est-ce pas ainsi que les vapeurs vésiculaires qui formant les nuages, s'y maintiennent suspendues ?
les uns sur les autres , leurs molécules finissent par être mêlées de manière que la plus petite portion du mélange renferme chacun de ces gaz , dans la même proportion que le mélange entier. Chaque molécule de gaz, étant suspendue dans l'espace, par l'action répulsive du calorique des molécules environnantes sur son propre calorique; et cette aclion étant alors égale dans tous les sens ; elle est dans un état stable d'équilibre. Je donne l'expression analytique de la pression que le gaz composé exerce sur les parois de l'espace qui le contient, et celle du rayonnement de chaque molécule de gaz. Il en résulte qu'à températures égales, la pression de ce mélange est comme pour un gaz simple, proportionnelle à sa densité. 11 en résulte encore que l'accroissement de son volume, par un accroissement de température, la pression restant la même, est égal à celui d'un gaz simple. Enfin, la pression que le mélange exerce sur les parois, est à températures égales, la somme des pressions que chacun des gaz exercerait séparément, s'il existait seul dans le même espace. On peut donc concevoir le mélange, comme un gaz simple dont chaque molécule serait un groupe infiniment petit de molécules des divers gaz , mêlées dans la même proportion que dans le mélange total. Cette manière de considérer le mélange dans l'état d'équilibre , peut encore s'étendre à l'état de mouvement.
En appliquant les considérations précédentes, au mouvement des gaz ; je donne les équations différentielles de ce mouvement. Elles différent essentiellement des formules connues, en ce qu'elles contiennent les forces qui résultent du développement de la chaleur par l'accroissement de densité des diverses parties des gaz en mouvement. Ces forces n'ont aucune influence sensible sur les mouvemens de l'air considéré en masse, tels que ses oscillations produites par les attractions du Soleil et de la Lune sur l'atmosphère ; mais elles ont une influence considérable sur ses vibrations. Dans le mélange de plusieurs gaz, les molécules d'un gaz ne sont pas assujetties aux mêmes forces, que les molécules d'un autre gaz; mais ces molécules s'entraînent mutuellement, comme si le gaz composé était formé d'une infinité de groupes dans lesquels les molécules des gaz seraient en même proportion que dans le mélange, et de plus, liées fixement entre elles. Il arrive ici la même chose que pour un corps solide formé de substances magnétiques et non magnétiques : l'adhérence mutuelle des molécules fait que les molécules non magnétiques sont entraînées par l'action d'un aimant , avec les molécules